Pourriture et champignons : après les crues, les maraîchers tentent de sauver leurs légumes
Florent Cuch a perdu 100 % de ses cultures avec les crues et la tempête. - © Timothée Buisson / Reporterre
Florent Cuch a perdu 100 % de ses cultures avec les crues et la tempête. - © Timothée Buisson / Reporterre
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Dans le Lot-et Garonne, les crues ont ravagé les cultures maraîchères. Les eaux se sont retirées, mais les chances de sauver les récoltes s’amenuisent. La possibilité d’une nouvelle crue inquiète.
Aiguillon (Lot-et-Garonne), reportage
Pas de répit pour Sylvain Delamare, maraîcher à Aiguillon, dans le Lot-et-Garonne. Pas le temps de digérer ces longs jours d’angoisse face à cette double crue, celle du Lot puis celle de la Garonne, qui a inondé sa Ferme des Aigrettes où il cultive en bio, sur 4 hectares, quelque 40 cultures différentes.
Les retentissements des sirènes d’alerte à chaque seuil de la montée des eaux ont rythmé le quotidien de l’exploitation, qu’ils ont dû déserter pendant dix jours avec sa compagne et associée, Karina Thiroux, et leur fille de 8 ans. Aujourd’hui, les eaux, qui sont montées jusqu’à 30 cm sous la serre de 4 000 m2, se sont retirées. Et il faut agir vite.
Dans le Lot-et-Garonne, Aiguillon et Meilhan-sur-Garonne figurent parmi les 63 communes du département où l’état de catastrophe naturelle a été reconnu, à la suite des inondations et coulées de boue.
Chrystèle, salariée sur l’exploitation, file, après une rapide pause-café, les mains chargées d’outils : « L’humidité va commencer à détériorer les cultures, on va ramasser autant que possible, en espérant que le temps nous aide. Il suffit encore d’un peu d’eau pour que ça déborde encore », explique-t-elle, en désignant du menton la Garonne qui coule à 300 m de là.
Développement de maladies
Les chaleurs sont revenues brutalement dans le Sud-Ouest, après des records de pluviométrie ces deux derniers mois et le passage de la tempête Nils, le 11 février. La veille, il a fait jusqu’à 30 °C sous la serre — idéal pour le développement des maladies. Déjà, de premières traces de mildiou sur les épinards sont apparues. Les aillets doivent être récoltés, sans quoi ils vont pourrir. Les oignons comme les choux rouges, sous le stress, menacent de monter en graine. Le mesclun, culture trop sensible à la qualité de l’eau, ne sera pas vendu.
Il est encore trop tôt pour chiffrer les pertes , il reste encore quelques espoirs que tout ne soit pas à jeter. Mais l’année va être rude pour le couple qui a lancé l’exploitation en 2020 et ne parvient pas encore à en tirer des salaires. Les assurances auxquelles ils ont souscrit au tiers ? Les aides de l’État qui a déclaré l’état de catastrophe naturelle ? Sylvain Delamare sourit amèrement : « En 2021, lors de la dernière crue, nous n’avions eu droit à rien. »
Il ne s’éternisera donc pas au téléphone avec son assureur. Il s’active pour tout remettre en ordre, redresser les arceaux d’une petite serre et ceux du pignon sud de la grande, tordus par la tempête, aller chercher quelques machines et matériels mis à l’abri, certains chez des amis restés au sec. « À cette époque, on devrait relancer la saison », peste-t-il.
Des cultures sous 2,60 m d’eau
Chez Florent Cuch, à la tête d’une exploitation maraîchère en conventionnel de 13 ha, dont deux sous serres, le temps est suspendu : les eaux de la Garonne, montées jusqu’à 2,60 m au milieu des serres, ont dévasté l’exploitation située en zone inondable à Meilhan-sur-Garonne, en aval de la Ferme des Aigrettes.
Le maraîcher, qui a repris la ferme de ses parents il y a treize ans, semble prendre son mal en patience, devant un paysage de désolation. La vase a recouvert les planches de culture et le local technique, les logements des saisonniers sont désormais insalubres, les bâches de certaines serres ont été éventrées par Nils.
« Dans notre malheur, au moins, inondation et tempête ont eu lieu en même temps », philosophe-t-il, les bottes à demi-immergées dans le limon. Habitué aux remous de la Garonne, il avait commencé à mettre à l’abri l’essentiel, une semaine avant la crue : les tracteurs, chariot élévateur, engrais, pompes et ordinateur d’arrosage ont été rangés au sec.
Malgré toutes ces précautions, il estime à 150 000 euros de dommages. Il s’est bien assuré et dit être « confiant ». Quant aux récoltes perdues, il est lucide : il n’aura droit à rien. L’un des critères pour être éligible à l’état de calamité impose qu’une seule production représente 60 % des pertes. Impossible pour le maraîcher qui veille sur 80 cultures différentes. Il anticipe au moins trois mois sans rien vendre, à condition que la terre sèche rapidement et qu’une crue ne vienne pas noyer à nouveau son exploitation. Compte tenu des neiges tombées en abondance sur les Pyrénées cet hiver, rien n’est à exclure.