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Dans ce village, on transforme les légumes bio en conserves gratuites

Lily Guillaume a cofondé ce groupe dans l’espoir de lutter contre le gaspillage alimentaire.

À Najac, dans l’ouest aveyronnais, des bénévoles se retrouvent chaque lundi d’été pour transformer les surplus des maraîchers et des jardins familiaux. Les conserves sont ensuite distribuées gratuitement aux plus démunis.

Najac (Aveyron), reportage

Sur un salon de jardin en plastique blanc, à l’arrière de la salle des fêtes de Najac (Aveyron), Lily, Maryse, Delphine et Francine épluchent et découpent des dizaines de courgettes. «  On ne sait pas comment s’habiller  » en ce lundi gris de juillet, dit cette dernière, tee-shirt à fleurs bleues et polaire assortie sur les épaules. Les mains sont vertes et les bouches rieuses. À côté, dans la cuisine collective, de la vapeur s’échappe d’une grande marmite posée sur une araignée en fonte, elle-même reliée à une bonbonne de gaz. À peine 11 heures, les premiers bocaux sont prêts.

Comme tous les lundis, de juillet à novembre — « juste après la récolte des châtaignes » — les bénévoles mettent en conserve fruits et légumes pour les distribuer aux habitants les plus démunis.

Les produits sont, la plupart du temps, des invendus provenant de maraîchers bio. © Caroline Peyronel / Reporterre

La conserverie associative de ce village dynamique de moins de 800 habitants est née il y a trois ans. Lily Guillaume, l’une des cofondatrices, faisait partie de la commission sociale de la mairie. « À la base, on voulait lutter contre le gaspillage alimentaire, raconte-t-elle. Et nous voulions atteindre des gens en difficulté, qui n’ont pas les moyens ou le temps de cuisiner de bons produits. »

Derrière cette démarche antigaspillage se cache ainsi une lutte contre la précarité alimentaire, qui gagne du terrain dans les campagnes. D’après une étude des Banques alimentaires publiée en février, 1 personne aidée sur 4 vit en milieu rural, contre 1 sur 5 il y a deux ans. Face à la hausse des prix, le loyer, les factures d’électricité et d’eau à payer, le budget nourriture devient la variable d’ajustement.

Francine Blanc est retraitée et très active dans la vie associative du village. © Caroline Peyronel / Reporterre

Du jardin à la marmite, une solidarité de proximité

Un bénévole soulève le stérilisateur brûlant, torchons en main et retire les pots de courgettes « au naturel ». Les recettes sont choisies collectivement selon l’arrivage. Ratatouilles, pickles de radis, coulis de tomates, compotes de pommes… Les bocaux favorisent un accès à une alimentation de qualité et à l’autonomie alimentaire. Une partie de la production revient aux bénévoles, l’autre est disposée sur une «  étagère à dons  », dans le centre du bourg. Ce libre accès permet de se servir anonymement, sans avoir à se justifier.

Toutes les denrées sont bio et issues des surplus des jardins familiaux et de deux maraîchers locaux. «  Si les agriculteurs n’ont pas de poules ou de cochons, ils vont jeter leurs surplus », explique la sexagénaire, sacoche en travers du corps. Ces invendus sont souvent déclassés ou fanés et nécessitent du tri et une revalorisation pour être consommés. En échange des dons, les membres de l’association donnent un coup de main pour les récoltes. Un troc de services qui satisfait tout le monde. «  C’est ce qu’on appelle de l’entraide et de la solidarité  », dit Maryse Audibert, deux tresses grises encadrant son visage. Cette année, un paysan a même planté une rangée de haricots verts destinés à la conserverie.

Les produits sont, la plupart du temps, des invendus provenant de maraîchers bio. © Caroline Peyronel / Reporterre

Pour échapper à « la paperasse », le groupe d’habitantes [1] a refusé de créer une structure dédiée. C’est l’association des Lieux communs qui chapeaute le projet. Ce « petit tiers-lieu rural » permet de faire des photocopies et de travailler dans un bureau partagé, comme l’explique Florence Vallot, la coordinatrice. «  Nous aidons aussi à développer des projets d’habitants qui n’ont pas envie de monter une asso.  »

La mairie de Najac met la cuisine de la salle des fêtes à la disposition du petit groupe. © Caroline Peyronel / Reporterre

Le local associatif entrepose également les bocaux prêts à être consommés. De petites étiquettes blanches estampillées «  Betteraves au naturel 2022  » ou «  Pommes 30 septembre 2024  » sont collées sur les couvercles. On y trouve aussi pestos, veloutés, compotes et légumes lactofermentés, une technique de conservation à base d’eau et de sel.

«  On passe toutes les semaines pour réapprovisionner à partir du stock  », explique Francine Blanc, retraitée de la finance, désormais investie à plein temps dans les associations locales. Sur le sol, un bac bleu contient plusieurs pots en verre vides, les dons des habitants. 

Faire ensemble, transmettre, créer du lien

Pour acheter les petites fournitures comme les rondelles en caoutchouc et les épices, le collectif compte sur une tirelire à dons laissée en évidence. Les bénévoles glissent aussi 1 euro symbolique lors de chaque atelier. L’an dernier, 94 euros ont été réunis. La conserverie reçoit le soutien des élus locaux. La mairie met à disposition la salle des fêtes, offre le gaz et l’électricité. La communauté de communes rémunère en complément le groupe pour des ateliers de lactofermentation organisés lors d’événements du projet alimentaire territorial (PAT) de l’intercommunalité Ouest Aveyron Communauté.

Lily Guillaume explique les étapes de stérilisation aux nouveaux venus à l’aide de fiches techniques. © Caroline Peyronel / Reporterre

C’est l’heure de la pause-café. Dans le salon de thé anglais, les quatre femmes se remémorent les ateliers de l’an passé, les échanges, les rires, les rencontres. «  C’est le plaisir de faire ensemble qui nous motive  », résume Delphine Caby, montures noires sur le nez et tasse de thé à la main. En 2023, plus de 70 personnes ont participé à la confection de quelque 250 bocaux. Pour Lily, ces ateliers sont aussi un moyen de raviver « des savoir-faire qui se perdent ».

Chaque lundi de l’été, les bénévoles se retrouvent à l’arrière de la salle des fêtes de Najac. © Caroline Peyronel / Reporterre

Maryse enchérit : « Depuis l’arrivée du congélateur, on fait de moins en moins de conserves.  » Toutes évoquent les gestes appris auprès de leur mère et de leur grand-mère, dans une lignée de femmes longtemps cantonnées à ces tâches domestiques. Aujourd’hui, ces modes de subsistance reviennent par choix dans ce collectif majoritairement féminin. Contre le gaspillage, la précarité et l’effacement des savoirs, ces bocaux faits main racontent d’autres manières d’habiter un territoire, de s’entraider, de penser l’alimentation comme un bien commun.

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