Dans les Pyrénées, bataille contre la réouverture d’une mine d’or et de tungstène
Environ 400 personnes se sont réunies le 24 mai pour dire leur opposition à la réouverture de la mine de Salau (Ariège). - © Antoine Berlioz / Reporterre
Environ 400 personnes se sont réunies le 24 mai pour dire leur opposition à la réouverture de la mine de Salau (Ariège). - © Antoine Berlioz / Reporterre
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Le projet de réouverture d’une mine a poussé plusieurs centaines de personnes à manifester à Foix, en Ariège. La société Neometal veut extraire de l’or et tungstène, un matériau plébiscité par l’industrie nucléaire et militaire.
Foix (Ariège), reportage
« La mine propre et heureuse n’existe pas ! » Dans des combinaisons blanches de chimistes, des membres du collectif Stop Mine Salau se passent le micro, samedi 24 mai, près de la mairie de Foix. Environ 400 personnes, selon le décompte de Reporterre, se sont réunies dans cette ville à 100 kilomètres au sud de Toulouse pour manifester leur opposition à un nouveau projet d’exploration minière.
L’entreprise Neometal a déposé une demande de permis d’exploration en juin 2024 pour prospecter une ancienne mine de tungstène sur les hauteurs des hameaux de Couflens et Salau. Fermée il y a quarante ans, celle-ci continue d’alimenter la controverse, alors que 900 000 m³ de résidus miniers, contenant notamment de l’amiante, de l’arsenic ou du plomb, infusent toujours les sols et les rivières de la vallée. Selon les opposants, une vingtaine d’anciens mineurs seraient morts, après la fermeture du site en 1986, de cancers du poumon ou d’asbestose, une maladie respiratoire liée à l’amiante.
Ce nouveau permis permettrait l’exploration de 100 km² de gisements durant cinq ans dans les montagnes ariégeoises et concernerait, en plus de la commune de Couflens, celles d’Ustou, d’Aulus-les-Bains et d’Auzat. Selon les chiffres des promoteurs de ce projet, les gisements pourraient représenter jusqu’à 50 000 tonnes de tungstène.
« On a trop souffert de la mine dans notre région »
Ce matériau, extrêmement résistant à la chaleur, est notamment utilisé comme composant pour les réacteurs de fusion nucléaire et plébiscité par l’industrie militaire pour fabriquer des cartouches, blindages et obus.
« Pour l’instant, on est très peu informés de ce qu’il se passe, déclare Françoise, du collectif Stop Mine Salau, sous sa blouse blanche. Mais on sait ce qu’un potentiel permis d’exploration veut dire. On a trop souffert de la mine dans notre région et on continue à en payer les conséquences avec la pollution de nos sols et de nos rivières. On nous dit qu’il n’y a pas d’amiante dans les roches, que l’exploitation minière est sans danger. Je connais un ancien mineur qui est mort de mésothéliome, et on sait que c’est lié à l’amiante », raconte l’habitante de la commune de Seix, une cinquantaine de kilomètres à l’ouest.
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L’appétit pour les minerais de la mine de Salau ne date pas d’hier. Après une première exploitation entre 1971 et 1986, la société Variscan Mines avait obtenu en octobre 2016 un permis d’exploration, annulé par la justice administrative en 2019, après le combat acharné de plusieurs associations.
« Souveraineté de la France »
Dans les rues de Foix, ce samedi, de nombreuses associations, collectifs et syndicats étaient également présents. « On se retrouve régulièrement au sein d’une assemblée des luttes, raconte Christine, présente lors de la manifestation. En ce qui me concerne, je suis opposée à cette mine dans une perspective anti-militariste. On est contre la guerre et contre l’extraction du tungstène », déclare-t-elle, avec un faux baril « produits toxiques » sous le bras.
Au milieu du cortège, où des prises de parole ont eu lieu devant l’Agence régionale de santé, puis sur le parvis de la préfecture, quelques drapeaux « Apra-Le Chabot » flottent au-dessus de la foule. Serge fait partie de cette association qui milite pour la protection des rivières ariégeoises. « Dans la vallée du Lez, les sols et les rivières sont contaminés au plomb, au zinc et à l’arsenic, jusque dans les cours d’écoles et les jardins potagers, déplore—t-il. Nous connaissons déjà le prix de ces résidus miniers dans la région. »
« Ce n’est pas un avenir pour nos cours d’eau, ce n’est pas un avenir pour nos vallées »
En plus du tungstène, Neometal serait également intéressée par l’exploration des gisements d’or. « Sur toute la planète, il n’y a pas un seul exemple de mine d’or qui n’ait pas eu sa catastrophe humaine et environnementale. Ce n’est pas un avenir pour nos cours d’eau, ce n’est pas un avenir pour nos vallées. Le tungstène sert pour la guerre, et l’or pour les spéculateurs », réagit Serge, avec son drapeau posé sur l’épaule.
Les dirigeants de Neometal mettent également en avant la « souveraineté de la France » pour justifier un tel projet, alors que nous importons la plupart de ces minerais de pays où l’extraction se fait souvent dans de terribles conditions.
Pour Serge, « ce n’est pas parce que nous ouvrirons des mines dans nos montagnes que nous rendrons justice aux mineurs congolais, indiens ou andins. C’est la folie extractiviste et coloniale, c’est le capitalisme guerrier que l’on doit contester ».