« Dans trois ans, nous serons dans l’opposition »

16 septembre 2014 / Entretien avec Jean-Vincent Placé



Sénateur et figure éminente d’Europe Ecologie Les Verts, Jean-Vincent Placé s’entretient sur le fond avec Reporterre. Son choix : l’alliance avec le PS et le gouvernement, seul moyen selon lui de faire avancer l’écologie en politique. Il juge qu’au centre, l’écologie peut devenir l’axe de recomposition de la politique française. Mais plus tard : car la cure d’opposition est annoncée.

- Actualisation - jeudi 11 février 2016 - Jean-Vincent Placé a été nommé le 11 février secrétaire d’Etat auprès du premier ministre, chargé de la réforme de l’Etat et de la simplification. L’occasion de relire l’interview réalisée en septembre 2014.


Reporterre – Les scientifiques viennent d’annoncer une amélioration de la situation de la couche d’ozone. Un sujet complexe que beaucoup de gens confondent avec le changement climatique. Vous arrive-t-il d’avoir à expliquer ce genre de problématiques environnementales ?

Jean-Vincent Placé - Nous avions fait un sondage sur les priorités parmi les sympathisants écologistes : les sujets « pollution » ou « gaspillage alimentaire », qui touchent à la vie quotidienne, arrivaient en sujet prioritaire, alors que la transition énergétique et le changement climatique, dont nous faisons l’un des premiers éléments de notre action, finissaient en dernier. Pourquoi ? Parce que c’est trop global, et surtout, parce que ce n’est pas bien compris.

Sur le dérèglement climatique, sur la question des ressources naturelles ou de la biodiversité, il y a une complexité qui rend difficile la pédagogie. Un grand mérite du Grenelle de l’environnement avait été de populariser les sujets globaux comme ceux de la vie quotidienne. Quand c’est porté par des associations et des ONG, le global apparaît sympathique, mais quand on le porte à des élections, cela paraît éloigné des sujets quotidiens.

Mais pourquoi le Grenelle de l’environnement a-t-il réussi et pas les Conférences environnementales de M. Hollande, qui bénéficiaient de la participation des écologistes à la majorité ?

Pour trois raisons : la première est que le bilan législatif du Grenelle de l’environnement n’est pas flamboyant en raison du poids des lobbies. Les Français sont sceptiques. Ils n’ont pas vu grand chose changer. La seconde, c’est qu’avec François Hollande les promesses de campagne sur l’écologie comme dans d’autres domaines tardent à venir. Il n’y a pas eu de portage politique. Les trois ministres de l’Ecologie qui ont précédé Mme Royal n’avaient pas de poids politique. Et puis il y a un problème de logiciel politique du président de la République. Le 14 juillet, il a encore fait un discours de quarante minutes sans dire un mot d’écologie, alors que la loi de transition énergétique venait d’être présentée par une de ses ministres principales et qu’elle est censée être un des actes majeurs du quinquennat.

Le vote de confiance de ce mardi engage la responsabilité du gouvernement Valls. Que voteriez-vous si vous étiez député ?

Je m’abstiendrais. Cela fait deux ans que je dis que malheureusement, cette politique austéritaire et excessivement rigoureuse va nous amener à cette situation : on fait des impôts qui ne rentrent pas, on met de l’argent sur des entreprises qui ne sont pas efficaces, on reste dans le même modèle productiviste qu’auparavant.

Quand on me dit, « Ah, vous dites la même chose que les frondeurs socialistes », je réponds non, parce que nous n’essayons pas seulement d’agir sur la consommation, et sur la production, nous voulons dégager des marges de manœuvre pour la conversion écologique de l’économie, et pour faire en sorte que des outils comme la recherche-innovation sur l’écologie, sur les renouvelables, sur les transports collectifs, sur la rénovation thermique des bâtiments, aident à une autre économie qui, elle, a des vertus très simples, c’est de créer des emplois non délocalisables. Et aussi de concourir à améliorer le portefeuille des Français, notamment dans la facture énergétique, parce que cela permet de faire des gains dans la vie quotidienne. Emploi et pouvoir d’achat économique, c’est une politique que nous voulons promouvoir et elle n’a pas été dans l’agenda du gouvernement dans les deux premières années.

Il y a une possibilité avec cette loi de transition énergétique, sur laquelle nous comptons beaucoup, de retrouver les fils de la confiance, et puis il y a la loi sur la biodiversité. Ça fait toujours rire mes collègues car je n’ai pas le look de l’emploi, mais je suis un environnementaliste : j’aime la faune, la flore, la nature, l’environnement.

Quand j’étais jeune, j’étais à la Société protectrice des animaux et à la Ligue de défense des oiseaux. Chez moi, il y a toujours eu beaucoup d’animaux, j’ai même trait des vaches avec mon père qui me réveillait le dimanche matin. C’est comme ça que je suis entré dans le monde de l’écologie, et pas comme certains par le trotskysme, le gauchisme ou les luttes sociales et solidaires.

Que pensez-vous du Testet ? Vous devez le suivre attentivement si vous vous intéressez à la biodiversité

Oui, on est très mobilisé. José Bové y est allé.

Sur cette question, que vous dit Manuel Valls, que vous avez rencontré récemment ?

Qu’il y a des procédures en cours, que ceux qui défendent les recours ont légitimité à le faire car c’est la procédure, mais que le droit également s’applique dans la mise en place des constructions de ce qui doit être entrepris sur le cours d’eau en question.

Et que vous comptez faire, maintenant ?

Je n’ai pas envie de raconter des bobards : les militants écolos, en particulier ceux d’EELV, se sont réveillés un peu tard, et la tâche du politique pour freiner le projet est très difficile. Au vu de l’état d’avancement, c’est la mobilisation sur le terrain qui peut agir et plus tellement nous, politiques.

Après Notre-Dame-des-Landes, ce gouvernement, auquel vous êtes alliés, agit à nouveau très violemment

Ce n’est pas un scoop, ce gouvernement n’est pas écologiste, c’est un gouvernement socialiste, qui écoute d’abord sa technocratie, ses grands élus ou ses lobbys industriels. Dans le cas de NDDL, ces trois composantes depuis trois décennies essaient par tous les moyens d’imposer envers et contre tout , cet aéroport. Cet entêtement est absurde. Je l’ai dit maintes fois au Président et au Premier Ministre.

Pourquoi s’allier avec lui, alors ?

Parce que je ne suis pas une ONG, pas une association environnementale. Je fais de la politique.

Je suis écologiste, j’ai fait ce choix sur des convictions, très sincèrement. Celles-ci sont simples : la finitude de la planète, de la terre, des océans. Là est la question : comment fait-on, dans un monde qui devient de plus en plus brutal, pour protéger l’eau, la terre, l’air, pour arrêter le pillage des matières premières, pour garantir une alimentation saine, pour organiser une régulation qui sauvegarde la fois l’humanité et la nature ?

Jean-Vincent Placé.

C’est ça l’idée simple de l’écologie : la terre, la nourriture et l’énergie ne sont pas des marchandises comme les autres. Ce sont des biens communs. Après, il y a deux façons de faire. Je respecte tous les amis investis dans les ONG, mais j’assume le fait de vouloir asseoir et crédibiliser l’écologie en construisant un parti majeur et responsable, qui devienne l’axe de recomposition de la vie politique française car l’écologie est la seule politique d’avenir. Nous avons vocation de substituer la sociale écologie à la sociale démocratie, un peu à la manière où Mitterrand a embrassé tellement fort les communistes à partir de 1971 qu’il les a rattrapés puis dépassés, et pratiquement enterrés. Cela explique en grande partie mon positionnement dans cette phase politique. Ce n’est pas de l’extérieur que l’on se fera comprendre de l’électorat de la gauche profonde. C’est en restant les deux pieds dans la majorité, mais bien ancrés sur nos positions.

Je suis partisan d’exercer des responsabilités dans l’exécutif. On le fait plutôt bien dans les mairies, dans les régions, et c’est pour ça que je souhaitais qu’on reste au gouvernement. J’ai d’ailleurs failli y rentrer, mais les conditions politiques n’étaient pas réunis. La place réservée au message porté par les écologistes n’était pas prise en compte. Les signes attendus sur le budget de l’écologie, ou sur Notre Dame des landes étaient absents. En ne les faisant pas, le gouvernement a restreint sa base politique et s’est tiré une balle dans le pieds. Dommage. Mais je ne désespère pas de le convaincre. La politique est aussi l’apprentissage du temps long. Ce qui aujourd’hui n’est pas possible peut l’être demain avec l’aggravation de la crise. Si je m’abstiens sur la confiance, je vais continuer sur la loi de transition énergétique avec Ségolène Royal, je vais continuer sur la loi de biodiversité, je vais essayer de peser encore sur le budget. Mes combats sont concrets. Je ne suis pas comme certains dans la posture. Je veux des résultats pour l’écologie. C’est ça le réformisme social écologique. Et nous sommes aussi présents dans les luttes. C’est normal qu’on ait un pied dans le mouvement social et un pied dans les institutions, mais je ne veux pas remplacer le mouvement social. Ce n’est pas mon job. Chacun à sa place.

Mais si l’on suit votre engagement sur ces différents dossiers, pourquoi ne pas voter contre ?

Parce que nous ne sommes pas dans l’opposition. Voter contre, c’est être dans l’opposition. Voter contre ne permet plus de continuer la discussion avec le gouvernement pour peser sur le texte. Je préfère cette politique des petits pas. Je n’ai jamais cru au grand soir, je suis un réformiste.

Je ne veux pas être dans l’opposition, aujourd’hui. Quelle serait l’utilité de ce changement de pied ? Ce n’est pas la peine de se précipiter, car tel que c’est parti, on sera dans l’opposition dans trois ans. Je ne désespère pas que le moment vienne où un compromis social écologique devienne la seule porte de sortie par le haut pour François Hollande. C’est pour ça que les rares moments où l’on peut encore agir, il faut les utiliser à plein.

Ce qu’on a réussi à faire à Notre-Dame-des-landes, c’est la juste alliance des deux : une victoire politique et institutionnelle, mais aussi sur le terrain, grâce à la mobilisation, qui fait ralentir tellement le projet qu’il va devenir encore plus obsolète que ce qu’on nous raconte et surtout, économiquement, plus du tout rentable.

Cette position de « ni-ni » ne présente-t-elle pas le risque de n’avoir aucune
responsabilité politique sans pour autant regagner la confiance des citoyens

Il faut penser au Front National. On ne peut pas tous être dans la contestation et dans la critique du gouvernement sans présenter de réelle alternative. Une opposition stérile sans propositions ne sert qu’au Front national. Comme il y a encore une barrière psychologique pour l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir, c’est en plus l’UMP qui touche les dividendes politiques. Pourquoi jouerais-je l’idiot utile de Sarkozy et de Le Pen ?

Dans cette situation, je veux éviter les amalgames. A Villejuif par exemple, Alain Lipietz s’est allié à l’UMP pour apporter une réponse à ce que fut le communisme municipal. D’autres à la gauche du parti, comme Gilles Lemaire, disent préférer Juppé à Hollande. Il y a une telle perte de repères qu’on arrive à des réponses qui ne sont même plus iconoclastes, mais absurdes. La gauche et les écologistes ont des valeurs communes qui ne sont pas celles de la droite et de l’extrême-droite. Je souhaite rester dans cet espace politique, même si je vois les faiblesses des avancées écologiques du gouvernement.

Pour 2017, vous défendez une primaire avec le parti socialiste, donc vous acceptez l’idée de ne pas voter écologiste au premier tour

Si, je voterai écologiste à la primaire socialiste.

Mais ça veut dire que vous seriez prêt à voter Hollande, Valls ou Montebourg, qui sait, au premier tour de l’élection présidentielle ?

Qui vous dit que ce n’est pas l’écologiste qui gagnerait la primaire ? Qui, en 1965, aurait pensé que Mitterrand ferait un aussi bon score ? Il faut se rappeler qu’il était seul, à l’époque, sans base politique. Aujourd’hui, l’élection présidentielle est une élection catastrophique pour les écologistes. C’est dû à la difficulté de vulgariser la complexité du message écolo, mais aussi au système de l’élection, très brutal, très marketté, tourné vers les personnes, où les programmes sont assez simplistes… Pour nous écologistes, c’est très difficile. En fait, les 7 ou 8 % qui représentent notre potentiel vont directement chez le candidat socialiste depuis le 21 avril 2002. Et il y aura peut-être, malheureusement, un 21 avril 2017. C’est dans ce sens-là que je me suis prononcé en faveur d’une primaire de la gauche et des écologistes. En revanche, aux élections proportionnelles – les régionales, les grandes villes, les européennes –, je continue de soutenir des listes écologistes autonomes.

Pourquoi ne pas s’allier avec d’autres partis de la gauche, tel que Nouvelle Donne, le Parti de gauche et une partie des frondeurs du PS ?

Je ne suis pas comme mes amis Bayou et Joly qui veulent faire la primaire de la « petite gauche ». Cela ne participe qu’à un morcellement plus important. Les gens n’ont pas bien mesuré ce qu’était la percée du Front National aux élections européennes. 25%. Je suis désolé de dire que le premier ministre a raison : dans la situation actuelle, la réponse des Français n’est pas de dire « plus d’écologie » ou « plus de gauche ». Il y a un insuccès aux européennes, c’est nous, EELV ; mais il y a une débâcle, c’est le Front de gauche. Ils contestent tout, mais ils ne convainquent personne.

Le succès du Front national ne peut-il pas être vu comme une conséquence de l’échec de la politique gouvernementale ?

Comment expliquez-vous, alors, le succès de l’UKIP, l’extrême-droite anglaise ? Il faut essayer de raisonner au niveau global. Arrêtons d’avoir des réponses franco-françaises, où la gauche française renvoie la faute de la montée du FN à ces « traîtres du gouvernement ». Le gouvernement pouvait mieux faire, certes, mais le problème est global. Regardez l’Angleterre et la France, ces deux grands pays qui ont gagné la seconde guerre mondiale, les deux grands pays de la Révolution industrielle, qui ont produit toutes les innovations du début du XXe siècle : l’aviation, les vaccins, le cinéma…

Sauf que depuis, nous sommes redevenus des puissances moyennes. Il y a eu la crise de la production, qu’on a financé avec de l’argent qu’on n’avait plus – cela a donné les trente ans de dette. Bien sûr, le message sur le désendettement à tout prix est excessif, mais aujourd’hui, il faut prendre acte de cette perspective historique et engager la mutation du pays. La différence que j’ai avec ce gouvernement c’est que la mutation doit être sociale et écologique. On ne reviendra jamais aux Trente glorieuses. Regardez ce qui est en train de se passer au Brésil. La candidate du Parti de Lula est dépassée dans les sondages par une candidate écologiste, Marina Silva, qui a fait alliance avec un parti centriste. Les deux candidates ne s’opposent pas au marché. On les taxerait ici de sociales libérales. Mais ce qui fait la différence, c’est l’écologie.

La montée du FN serait dû au refus du glissement historique de la nation ?

Je veux dire que les responsables politiques doivent arrêter de raconter à chaque élection présidentielle que ça va aller mieux sans faire aucun effort. Notre avenir est dans l’Europe. Le souverainisme est une valeur refuge, mais une impasse.

Mais en quoi cela explique-t-il cette poussée de l’extrême-droite également en Grèce, en Suède, en Allemagne ?

Parce qu’il n’y a aucune pédagogie sur la crise économique, sur la crise écologique, sur les difficultés. On est à un stade où il faut arriver à dire au pays qu’il faut muter profondément. Le modèle industriel qui s’effondre, mais sur lequel on continue de s’appuyer ne produira plus de richesse. Mais comme personne ne veut toucher à son statut – on le voit dans les débats sur les professions règlementées, les huissiers, les notaires, qui prônent le libéralisme alors que ce sont les derniers héritiers de corporations quasiment socialistes –, ce pays a beaucoup de mal à bouger.

Et que pensez-vous de l’hypothèse selon laquelle le désaveu des électeurs manifesté par l’abstention massive et par le vote FN s’expliquerait par le fait que c’est la même politique néo-libérale qui est menée, que ce soit M. Valls ou M. Sarkozy ?

Les éléments fondamentaux de la politique se ressemblent beaucoup, c’est vrai. Avec la chute du mur de Berlin et la fin de l’opposition entre le modèle communiste et le modèle libéral, on s’est calé sur une politique européenne qui prend des allures néo-libérales.

Le slogan de l’« UM-PS », que la fille a tiré du père, pose incontestablement un vrai sujet de fond : cela interroge le poids de la technocratie – les élites françaises à Bercy et à l’industrie et les nombreux conflits d’intérêts qui y règnent – et le fait que le personnel politique soit majoritairement issu de cette classe dirigeante oligarchique. Malgré tout, le clivage droite-gauche, s’il est de moins en moins pertinent, existe encore, ce qui n’implique pas pour autant de délaisser le combat écologique, le premier que nous menons.

Et c’est pour ça que je veux garder un lien personnel et politique fort avec le président de la République et le Premier ministre, parce que je veux obtenir une rénovation institutionnelle de la République. La monarchie de la Ve, le pouvoir dans les mains d’un seul, ce n’est plus possible.

Qu’ont gagné les écologistes depuis 2012 ?

Sans nous, il y aurait les gaz de schiste et une relance du nucléaire, peut être même des reculs sur les OGM. La loi Duflot reste une bonne loi qui a permis de débloquer le dossier de l’isolation thermique des logements , repris et amplifiés par Ségolene Royal.

L’arrêt au gaz de schiste, n’est-ce pas plutôt grâce à la mobilisation sur le terrain ?

Lorsqu’il y a une victoire, c’est la responsabilité du mouvement social, et lorsqu’il y a une défaite, celle du parti écologiste, ça je l’ai bien compris (rire).

Aucune ligne rouge ne vous convaincra que le PS ne peut plus être un allié politique

Je ne veux pas être inutile avec le Front de Gauche, je ne veux pas faire la passerelle avec le Front National. Ce que raconte Jean-Luc Mélenchon en insultant Hollande, ou sa violence verbale de son lieutenant à l’encontre Moscovici, ce n’est pas acceptable. Il faut un débat structuré sur les priorités, ce qu’on critique, ce sur quoi on est pour et les gains que l’on va chercher.

Moi je veux des gains sur la transition énergétique, qu’on engrange le passage de la part du nucléaire dans le bilan électrique de 75 % à 50 %, la division par deux de l’énergie finale d’ici 2050, la baisse de 30 % de consommation des énergies fossiles d’ici 2030 et le passage de 12,7 des énergies renouvelables à 32 % d’ici 2030… J’ai répété depuis six mois à François Hollande, à Manuel Valls et à Ségolène Royal qu’ils devaient apprendre ces quatre chiffres, c’est simple.

C’est un cap, que la France dise ça. Les associations contre le nucléaire disent qu’on est des traîtres. Mais qu’ont-elles obtenu depuis trente ans ? On verra si ça se fait ou pas, mais c’est la première fois qu’un président de la République dit qu’il est pour le mix énergétique. Avant, il ne faisait que la promotion de l’EPR. Il continue de le faire, certes, mais il augmente aussi les énergies renouvelables. C’est mieux, non ?

C’est cela, la stratégie Placé : une petite amélioration vaut tant de renoncements ?

Mais ce n’est pas une petite amélioration, l’histoire de la transition énergétique ! C’est une grande avancée. En revanche, je vais me battre sur le budget sur le programme d’investissement d’avenir, sur les 300 millions, sur des budgets pour l’Ademe, sur l’agence de la biodiversité, etc. ça, ce sont des petits pas. Mais la loi de transition énergétique, c’est le noeud de notre discussion, ça passe ou ça casse. D’ailleurs, la non-fermeture de Fessenheim serait une ligne rouge, et je l’ai déjà dit.

Pourquoi Fessenheim et pas un autre ? Parce que c’est le plus caricatural, avec le lieu, la proximité de l’eau, le risque sismique, etc. Mais surtout, avec ses quarante ans d’âge. Fermer Fessenheim, c’est le premier pas sur l’arrêt de fonctionnement des réacteurs à quarante ans. En termes de ligne, soit on est pour le nucléaire parce que ce serait simple, c’est sûr, économe, soit, comme le disent les écologistes, c’est dangereux et il faut fermer. Il n’y a pas de ligne médiane.

Mais comme on ne va pas virer les 58 réacteurs d’un coup, il faut engranger le premier. Et dès que tu l’as eu, c’est déjà une bataille de gagné.

- Propos recueillis par Barnabé Binctin et Hervé Kempf




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Lire aussi : « L’heure est à la construction d’une alternative »

Source : Barnabé Binctin et Hervé Kempf pour Reporterre

Photos : Romain Guédé

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