De Rennes à Marseille, Nuit Debout prend racine

11 avril 2016 / par Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)



Samedi 9 avril, plus d’une soixantaine de villes françaises, mais aussi belges, espagnoles et allemandes, ont passé la nuit dehors à débattre en ce 40 mars, 9e nuit de mobilisation pour Paris, 5e pour les autres. Reporterre fait ce tour d’Europe et de France.

- Rennes, correspondance

A Rennes, c’était la 5e nuit d’occupation de l’esplanade Charles de Gaulle, une nuit qui a regroupé près d’un millier de personnes, une nuit indissociable de la journée de mobilisation nationale contre le projet de loi sur le travail. Elle a rassemblé dans la capitale bretonne entre 1.700 personnes selon la préfecture et 4.000 selon les syndicats, bien moins que la mobilisation du 31 mars qui avait réuni entre 6.000 et 10.000 personnes. La manifestation de samedi s’est soldée par des interpellations et des blessés, dont un photographe-reporter et deux élus de Rennes métropole qui ont reçu des coups de matraque. Au point que le responsable départemental du syndicat Force ouvrière se réserve « le droit de porter plainte pour violences policières ».

Aux alentours de 18 h, la Nuit debout prend le relais sur l’esplanade Charles de Gaulle, la rebaptise « place du Peuple », et commence le compte-rendu de la manifestation. Rapidement, deux groupes se forment, l’un va discuter du bilan et des actions à venir, l’autre veut poursuivre les débats en petits groupes. La scission perdurera toute la nuit, un groupe de chaque côté de la place, l’un regroupé autour d’un feu, l’autre plus éclaté entre les différents groupes de discussions.

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A Rennes, deux groupes se sont formés et ont discuté séparément

Pour cette cinquième assemblée générale de Nuit debout, l’ambiance était bien différente des soirs précédents. La manifestation de la journée, qualifiée de violente, voire très violente par bon nombre de militants, était dans tous les esprits, et la violence policière au cœur des échanges. Le public aussi a évolué. Aux premiers jours de Nuit debout à Rennes, on trouvait surtout des personnes d’une vingtaine d’années en études supérieures ; samedi soir, il y avait des salariés, des chômeurs, des syndicalistes, des élus, des habitants des quartiers populaires, des jeunes, des vieux, des militants aux horizons et méthodes variés. Le dialogue a eu du mal à se mettre en place : les participants se coupaient la parole, s’énervaient, le ton a monté, les différentes composantes du mouvement ne sont pas parvenues à faire corps et l’assemblée s’est divisée en deux groupes.

Malgré cela, la nuit et sa programmation initiale s’est poursuivie avec la projection de la version courte du documentaire Comme des lions, la distribution du numéro un de la gazette Nuit debout Rennes, tandis que la radio associative Canal B ouvrait son studio aux personnes présentes, et que musiciens et artistes animaient la place.

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Cracheurs de feu et autres artistes pour réchauffer la nuit

UNE SOIXANTAINE DE NUITS DEBOUT EN FRANCE ET EN EUROPE

On dénombre pour samedi soir 9 avril une soixantaine de Nuits debout (carte) en France, mais aussi en Espagne, en Belgique et en Allemagne.

- A Bruxelles, troisième soirée de rassemblement avec plusieurs centaines de personnes mobilisées.

- A Barcelone, 80 personnes se sont réunies selon le groupe organisateur sur les réseaux sociaux.

- A Marseille, c’était la deuxième Nuit debout. La première a eu lieu dès le 31 mars mais a pris plusieurs jours avant de se lancer dans le mouvement. Samedi, des gradins ont été mis en place pour faciliter la tenue des débats : « Nous étions entre 300 et 600 personnes aux profils très très variés », relate au téléphone Gérald. Pour lui, ce qui compte est que « des habitants des quartiers Nord sont venus parler de la précarité, on a pu échanger et on veut approfondir ce lien. » La Nuit debout espère d’ailleurs se délocaliser dans ces quartiers pour au moins une nuit dans les dix jours à venir.

- A Toulouse, samedi entre manifestation contre la loi travail, le traditionnel carnaval et Nuit debout, il était difficile de s’y retrouver mais le rassemblement, qui a commencé mardi 5 avril, s’est poursuivi avec l’arrivée de nouveaux visages et la projection de Merci patron !. Plus de 400 personnes se sont retrouvées.

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A Toulouse, on ne « capitole » pas

- A Avignon, près de 200 personnes se sont regroupées. Le film Merci Patron ! a été projeté sur la place du Palais des papes.

- A Lyon, pour cette première Nuit debout, un millier de personnes se sont rassemblées.

- A Rodez (Aveyron), la première Nuit debout a commencé dès midi. Au fil de la journée, environ 200 personnes sont passées, selon Antoine : « Maintenant, on veut multiplier les contacts, se structurer et surtout que les gens sachent que nous serons là, tous les jours, à heure fixe. »

- A Metz, c’était la 2e Nuit debout. La veille, pour la première, près de 400 personnes s’étaient rassemblées, le lendemain une soixantaine. Un recul attribué à une organisation perçue comme trop cadenassée : « C’était une phase test », dit un organisateur. La Nuit debout a pris un nouveau départ, plus ouvert, samedi, et compte se tenir chaque jour à 18h « sur un temps court afin de se focaliser sur des gros rassemblements le week-end ».

- A Rouen, la Nuit debout a du faire face aux forces de l’ordre pour pouvoir s’installer. Les militants voulaient apporter des constructions, et se sont heurtés au refus des autorités. Finalement, au bout de deux heures de tension, la Nuit debout a eu lieu avec une centaine de participants.

- A Dijon, après une première tentative avortée le 31 mars, le Nuit debout a pu se tenir samedi. Elle a réuni entre 500 et 700 personnes. Sa force est d’avoir rassemblé au-delà des étudiants, avec la présence des intermittents et de militants de la CGT.

- A Grenoble, belle ambiance :

Nuit Debout Grenoble // 40mars from nuit debout Grenoble on Vimeo.


Pour suivre le mouvement Nuit debout :

- Nuit Debout sur Internet : les liens, les adresses

- Le dossier de Reporterre sur Nuit debout




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Source : Julie Lallouët-Geffroy, avec Marine Vlahovic à Toulouse et Marion Chevassus à Dijon, pour Reporterre

Photos :
. Rennes (dont photo de chapô) : © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre
. Toulouse : © Marine Vlahovic/Reporterre
. video à Grenoble : Stéphane Trouille et équipe automédias.

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