Decathlon, arrêtez de détruire la vie sur Terre

Durée de lecture : 7 minutes

11 mai 2020 / Collectif Oxygène



Sur un terrain de 24 hectares près de Montpellier, Decathlon veut édifier un vaste complexe commercial, « Oxylane ». Les auteurs de cette tribune demandent au directeur général de l’entreprise de tirer les leçons de la crise sanitaire et de mettre fin à ce projet, qui sacrifie des terres agricoles à l’obsession de nouveaux profits.

Le collectif Oxygène regroupe des associations de protection de la nature et des associations agissant pour un aménagement du territoire plus respectueux de l’environnement, ainsi que des citoyens individuellement. Il est indépendant de toute formation à caractère politique.


Monsieur le directeur général de Decathlon France,

« Le jour d’après ne peut pas ressembler au jour d’avant… »

En ces temps de confinement, de pause obligée, où la pratique sportive est limitée à un espace restreint, vous regardez le chemin, le très long chemin parcouru depuis 1976 quand Michel Leclercq, cousin germain de Gérard Mulliez, fondateur d’Auchan, a ouvert la première grande surface d’articles de sport. Quelle réussite, quelle fierté de compter aujourd’hui plus de 1.200 magasins Decathlon sur tous les continents et plus de 300 en France ! En février 2020, de manière concomitante avec la pandémie, vous annonciez un accroissement des ventes mondiales de plus de 9 %, et un chiffre d’affaires de 12,4 milliards d’euros.

Et vous ne manquez pas de projets…

En 2014, au nord de Montpellier (Hérault), sur la commune de Saint-Clément-de-Rivière, vous avez repéré un magnifique espace de 24 hectares en grande partie cultivé et coiffé d’un superbe bois de pins. Et pourquoi pas, sur ce terrain des Fontanelles, construire un nouveau centre commercial ? Même si Montpellier en regorge, même s’il existe déjà la zone commerciale Trifontaine, à un kilomètre à peine ? Mais vous voulez un troisième Decathlon et avez lancé le projet Oxylane.

Toujours plus de croissance, toujours plus de magasins, toujours plus d’appétit pour avaler les concurrents, quitte à éliminer les commerces de centre-ville et de proximité, avec l’obsession de nouveaux profits.

Non, le jour d’après ne peut pas ressembler au jour d’avant 

Oui, Monsieur le directeur général, le choc provoqué par la pandémie nous rappelle que cette croissance effrénée, l’artificialisation des sols, la destruction des terres agricoles, la perte de la biodiversité, conduisent la planète à sa perte. La rapidité de modification des espaces naturels ces 50 dernières années, par le bétonnage à outrance, est sans précédent dans l’histoire humaine. Dans cette logique sans horizon, les arbres sont coupés, les animaux sont chassés de leur espace de vie, les écosystèmes gravement perturbés, et les virus inoffensifs dans la faune sauvage migrent de leurs hôtes naturels vers nous.

Sur ce bel espace des Fontanelles que vous convoitez, il y a justement des espèces protégées et le tribunal administratif de Montpellier, le 8 février 2018, a rejeté partiellement votre projet pour non-respect de leur protection.

Situation du projet Oxylane de Saint-Clément-de-Rivière et des centres commerciaux voisins.

Le coronavirus qui a déjà fait de centaines de milliers de morts sur la planète n’est-il pas la conséquence de ce mode de développement destructeur, induit par une vision à court terme ?

Non, le jour d’après ne peut pas ressembler au jour d’avant !

Monsieur le directeur général, mettons à profit ce temps de retrait, ce temps suspendu, pour réfléchir à un futur souhaitable.

Et le futur, ce ne sont plus les zones commerciales en périphérie des villes. Vous avez sans doute pris connaissance des 50 propositions de la Convention citoyenne pour le climat qui viennent d’être transmises au Président de la République ; voilà ce que recommandent ces 150 citoyens tirés au sort et qui ont travaillé pendant des mois :

Stopper immédiatement les aménagements de nouvelles zones commerciales périurbaines très consommatrices d’espaces… »

Ne serait-il pas sage de suivre cette recommandation ?

Depuis cinq ans, le collectif Oxygène a multiplié les initiatives, juridiques et citoyennes, pour demander le retrait de votre projet. S’il est légitime et nécessaire de vendre du matériel de sport, vous ne pouvez pas le faire à n’importe quel prix. Vous ne pouvez pas bétonner des terres indispensables à l’alimentation de proximité sur des espaces qui permettent à tous les vivants, humains ou non, de vivre et respirer librement. Vous ne devez pas construire un nouveau centre commercial, dont la nécessité est plus que discutable. Sur les 24 ha du domaine des Fontanelles, à la place des bâtiments, des parkings, des milliers de voitures, il vaudrait mieux y voir du blé, des oliviers, de la vigne ou des fruitiers, des fraises et des poireaux, et même quelques roses, pour la beauté du monde.

Alors Monsieur le directeur général, regardez vers un autre horizon, abandonnez un projet inutile et néfaste. Dans la balance de la vie, notre oxygène vaut mieux que votre Oxylane.
 


Parmi les premiers signataires

Geneviève Azam, économiste, essayiste, enseignante-chercheure à l’Université de Toulouse, retraitée

Dominique Bourg, philosophe, Professeur honoraire à l’Université de Lausanne

Dominique Meda, sociologue, Professeure à l’Université Paris-Dauphine, Directrice de l’Irisso

Marc Dufumier, agronome, Professeur Honoraire Agro ParisTech

Robert Levesque, agronome, président d’AGTER, auteur de « Terre et Humanité, la voie de l’Ecolocène », membre de CARMA
Stéphane Linou, Conseiller en développement local, pionnier du mouvement locavore, auteur de « Résilience alimentaire et sécurité nationale »

Edgar Morin, sociologue et philosophe

Corinne Morel-Darleux, écrivaine, Conseillère régionale Auvergne Rhône Alpes

Cécile Renouard, philosophe, Présidente du Campus de la Transition

Jacques Tassin, chercheur en écologie végétale au CIRAD, auteur de « Pour une écologie du sensible »

Jacques Testart, biologiste, essayiste, Directeur de Recherche honoraire à l’INSERM, Président d’honneur de la Fondation des Sciences Citoyennes

Jean Ziegler, Politologue, ancien rapporteur auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation
Aurel, dessinateur de presse (Le Monde, Politis, CQFD, etc)

Jean-Christophe Avarre, Écologie microbienne, Chercheur à l’IRD

Aliénor Bertrand, philosophe, chercheuse au CNRS
Daniel Bartement, géographe, Maître de conférences à l’Université de Montpellier 3 Paul Valéry

Frédéric Borne, ingénieur des mines, chercheur au CIRAD
Thierry Boulinier, écologie évolutive, Directeur de Recherche au CNRS CEFE
Alain Braumann, écologie des sols, Directeur de Recherche à l’IRD
Anne-Cécile Brit, Bénévole Alternatiba, Les Greniers d’Abondance

Christophe Coillot, ingénieur de Recherche au CNRS
Marie-Claude Dop, médecin nutritionniste, ancienne fonctionnaire des Nations Unies, ancienne chargée de Recherches IRD

Christian Dupraz, chercheur en agroforesterie, INRAE

Gérard Duvallet, entomologiste médical, Professeur Émérite à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3

Paul Frete, porte-parole de la Confédération paysanne du Gard

Ève Fouilleux, sciences politiques et agronomie, Directrice de Recherche au CNRS et CIRAD

Pierre Gasselin, géographe, ingénieur de recherche à l’INRAE
François-Régis Goebel, agroécologie, Directeur de Recherche au CIRAD
Henri Hocdé, agronome, chercheur au CIRAD
Pierre Jay-Robert, écologie fonctionnelle, Professeur à l’Université Montpellier 3 Paul Valéry

Alain Karsenty, économiste, chercheur au CIRAD
Carole Kerdelhué, Biologiste, Directrice de Recherche à l’INRAE
Marilyne Laurans, chercheuse en écologie au CIRAD
Philippe Lavigne-Delville, socioanthropologue, Directeur de Recherche à l’IRD
Yves Le Bissonnais, sciences du sol, Directeur de Recherche à l’INRA, retraité

Pierre-Yves Le Gall, agronome, chercheur au CIRAD
Ronan le Velly, sociologue, professeur à Montpellier SupAgro

Estelle Masseret, Ecologie microbienne, Enseignante-Chercheuse à l’Université de Montpellier, UMR MARBEC

Laura Michel, sciences politiques, maîtresse de conférences à l’Université de Montpellier

Gérard Miclet, agronome et économiste, président de l’association Lez Vivant

Jean-François Molino, botaniste et écologie, Chargé de Recherche à l’IRD
Marylène Mougel, Biologiste moléculaire et cellulaire, directrice de recherche CNRS
Jean-Louis Pham, phytogénéticien, chargé de recherche à l’IRD

Alessandro Pignocchi, Auteur de bandes dessinées

Valérie Pommeret, directrice de Terres de Liens Languedoc-Roussillon

Michel Raymond, Directeur de Recherche CNRS

André Robinet, Président de Terres de liens Languedoc-Roussillon

Estienne Rodary, géographe, Directeur de Recherche à l’IRD
Thierry Ruf, agronome et géographe, Directeur de Recherche à l’IRD
Robert Siegel, Ancien Directeur des Études et de l’Aménagement de la CCI de Montpellier

Serge Tostain, génétique des plantes, Chargé de Recherche à l’IRD, retraité

Isabelle Touzard, agronome, Sup Agro et maire





Lire aussi : Près d’Orléans, les opposants au béton remportent la victoire sur Decathlon

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : magasin Decathlon à Vélizy-Villacoublay en 2017. Wikimedia (Lionel Allorge/(CC BY-SA 3.0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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