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ReportagePolitique

Démission de Lecornu : dans ce café, on rêve déjà d’une VIe République

Manifestation lors de la grève nationale lancée après l'appel du mouvement Bloquons tout, le 2 octobre 2025, à Toulouse.

Au « bar des luttes » à Nîmes, la démission du Premier ministre a fait l’effet d’un énième signe d’usure du pouvoir. Les habitués y voient la preuve d’un système politique à bout de souffle qui doit, d’urgence, être repensé.

Nîmes (Gard), reportage

À la terrasse du Bar du midi, épicentre des discussions militantes à Nîmes, l’actualité fait l’effet d’une mauvaise blague en cette fin d’après-midi du lundi 6 octobre. Josépha, surveillante dans un collège, a d’abord trouvé « ridicule » la démission du Premier ministre, Sébastien Lecornu, et de son gouvernement, moins de vingt-quatre heures après sa nomination. « Même mes élèves tiennent mieux en classe », lâche-t-elle, ses courses entre ses pieds.

Pour elle, le plus inquiétant n’est pas tant l’instabilité politique que l’apathie qu’elle semble susciter : « C’est comme une téléréalité à laquelle les citoyens assistent, passifs. »

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Assis en cercle autour d’elle, ses camarades débattent avec ferveur. Les idées jaillissent — « nationaliser les banques », « rouvrir les carnets de doléances », « recréer une bourse du travail » —, autant de pistes pour une reprise en main citoyenne du pouvoir.

Mais aussi pour mener la bataille culturelle et lutter contre l’amnésie collective : « Trop de personnes ont oublié que les avancées sociales sont issues des luttes », regrette Romain, cogérant du bar. Avec ses amis, l’historien de formation s’apprête à organiser des rencontres mensuelles autour de l’histoire populaire, « pour mener la bataille culturelle face à cette révolution néolibérale ».

Un président « déconnecté »

« C’est une crise grave », ajoute Pascal. Le musicien sirote son verre tout en saluant des connaissances qui défilent sur le boulevard Gambetta. Le regard grave, il redoute l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir et d’un système autoritaire que les technologies modernes rendraient d’autant plus facile à instaurer.

Pour contrer ce mouvement, il réclame des mesures fortes : « L’encadrement des loyers et la nationalisation de l’eau et de l’électricité, de quoi assurer les besoins de base. » Mais, surtout, « de vrais moyens dans l’éducation pour développer l’esprit critique », rempart essentiel contre les manipulations.

Les luttes locales s’organisent au Bar du midi, ici le 6 octobre 2025. © Estelle Pereira / Reporterre

Si Pascal pointe la responsabilité des médias de masse dans la montée des idées d’extrême droite, Mohsen, client fidèle du bar et passionné de politique, pointe celle d’Emmanuel Macron. Le président a sapé les fondations démocratiques en rompant le « front républicain » pour s’appuyer sur « un parti moribond », Les Républicains, qui « en a profité pour faire sa loi ». Une dissolution de l’Assemblée ne changerait rien dans un paysage politique éclaté. La vraie solution, selon lui, serait la démission du chef de l’État.

Vers une VIe République ?

Entre les tables, la critique du pouvoir en place s’élargit vite : au-delà des personnes, c’est le régime lui-même qui est remis en question. L’idée centrale de créer une convention citoyenne avec tirage au sort pour élaborer une nouvelle Constitution revient sans cesse dans les discussions.

Clément, cogérant du bar et ancien designer social, est séduit par l’idée. Il cite la Convention citoyenne pour le climat, où 150 citoyens tirés au sort avaient proposé des mesures concrètes pour la justice sociale et écologique. « Quand on fait travailler des citoyens formés, ça fonctionne », affirme-t-il.

Il plaide pour une pétition en faveur d’une VIe République, même s’il reconnaît que rien n’avancera sans l’appui de l’Assemblée et du Sénat. « On ne sait plus trop quoi faire », soupire-t-il, sous les hochements de tête de ses camarades.

L’espoir des révolutions de la Gen Z

La déconnexion entre les gouvernants et les aspirations des citoyens semble désormais totale. Comment passer de la posture du simple constat à l’action concrète et rétablir un rapport de force ? Ce soir-là, les militants de Nîmes qui ont aussi participé au mouvement citoyen Bloquons tout, le 10 septembre, avant de le voir s’essouffler, se posent la question de la méthode. C’est là que leurs regards se tournent vers une autre génération.

« Comment s’inspirer de la Gen Z [les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010] qui mène en ce moment des révolutions au Népal, au Maroc, à Madagascar ? » s’interroge Josépha. Cette jeunesse, capable de s’organiser au-delà des cadres traditionnels, invente de nouvelles formes de mobilisation qui sont parvenues à ébranler des régimes politiques.

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