Moins de 24 heures après avoir nommé son gouvernement, Lecornu démissionne
La majorité des ministres nommés par Sébastien Lecornu étaient déjà présents dans le gouvernement de François Bayrou. - © Alain Jocard / Pool / AFP
La majorité des ministres nommés par Sébastien Lecornu étaient déjà présents dans le gouvernement de François Bayrou. - © Alain Jocard / Pool / AFP
Durée de lecture : 7 minutes
Alors qu’il venait de nommer un gouvernement contre l’écologie, Sébastien Lecornu a démissionné lundi 6 octobre. Les nouveaux et éphémères ministres restent chargés des affaires courantes.
Actualisation du 6 octobre 2025 à 10 heures : Alors qu’il avait nommé son gouvernement la veille au soir, Sébastien Lecornu a remis sa démission au président de la République, qui l’a acceptée. La nouvelle équipe était « critiquée de toutes parts », note le journal Le Monde. Les ministres nouvellement nommés restent en charge des affaires courantes dans l’attente d’une nouvelle décision du Président de la République.
Vingt-six jours après sa nomination en tant que Premier ministre, Sébastien Lecornu a enfin, un dimanche soir, présenté son gouvernement. On ne sait encore combien de temps il survivra au contexte politique instable. Dix-huit noms, correspondant aux principaux postes, ont été rendus publics. Et à défaut de mettre à l’ordre du jour l’écologie, Sébastien Lecornu aura au moins démontré une appétence pour le recyclage.
Douze ministres démissionnaires ont été reconduits. Parmi eux, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher et la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. À l’Économie, en revanche, un nouvel entrant : Roland Lescure.
Reporterre revient sur les tenants de ces trois postes clés pour l’écologie.
Agnès Pannier-Runacher, l’insubmersible de la macronie
Motion de censure et remaniements ne semblent pas avoir prise sur elle. Agnès Pannier-Runacher reste ministre de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche. Nommée à ce poste sous Michel Barnier, renouvelée avec l’arrivée de François Bayrou —avec un intitulé redéfini, la Forêt en plus, l’Énergie en moins — elle avait avant ça écumé les ministères : secrétaire d’État à l’Économie, ministre déléguée à l’Industrie, ministre de la Transition énergétique, ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture...
Mais comme nous l’écrivions en septembre 2024, Agnès Pannier-Runacher est aussi connue pour ses conflits d’intérêt et ses liens avec des multinationales. La haute fonctionnaire de 50 ans est la fille de Jean-Michel Runacher, qui a dirigé la société Perenco, le deuxième producteur français de pétrole après TotalEnergies.
Si elle répète à l’envi qu’elle n’a pas à être tenue responsable pour le passé de son père, les associations environnementales avaient été nombreuses, en mai 2022, à dénoncer l’incongruité de sa nomination au ministère de la Transition énergétique — à l’époque affilié au ministère de la Transition écologique —, alors qu’elle est liée à une entreprise climaticide.
Lire aussi : Qui est Agnès Pannier-Runacher, nouvelle ministre de la Transition écologique ?
La ministre avait même autorisé en 2016 ses enfants à entrer au capital d’une société créée par Jean-Michel Runacher pour leur transmettre un héritage de 1,2 million d’euros, qui proviendrait de fonds spéculatifs domiciliés en partie dans des paradis fiscaux, et dans lesquels Perenco détiendrait aussi des investissements avait révélé Disclose.
Elle défend « une écologie qui croit au progrès et à l’incitation, une écologie qui compte sur l’innovation et la science pour changer notre modèle de production et trouver de nouvelles solutions », écrivait-elle dans une tribune publiée en 2021 par Les Échos.
Si elle s’est affirmée « à titre personnel » être contre la réintroduction des néonicotinoïdes, elle aurait pourtant soutenu au printemps 2024 la réintroduction partielle de l’acétamipride, un insecticide interdit en France, comme le relevait une note confidentielle dévoilée par Contexte. Un document que son cabinet a tenté de contextualiser en indiquant qu’il était destiné à « évaluer la faisabilité » d’une réintroduction de l’acétamipride, tout en rappelant les « risques scientifiques et politiques » associés.
Plus récemment, Agnès Pannier-Runacher a signé le 8 septembre un décret qui a considérablement réduit la portée de la loi votée en février sur les PFAS, aussi surnommés polluants éternels.
Roland Lescure, le nouveau ministre de l’Économie qui n’aime pas débattre
Sébastien Lecornu a fait appel à un revenant pour diriger le ministère de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle et énergétique. Le chef du gouvernement a nommé à Bercy le député (EPR) Roland Lescure, déjà ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie de 2022 à 2024. Cet économiste et polytechnicien de 58 ans aura la tâche de faire voter le prochain budget sans recourir au 49.3.
Un défi pour celui qui, en 2024, a acté la programmation pluriannuelle de l’énergie par décret, plutôt que par un projet de loi débattu au Parlement. « C’est une vision étrange de la démocratie de n’accepter de débattre devant le Parlement que quand on est certain qu’il adoptera les mesures que l’on souhaite », critiquait alors auprès de Reporterre Nicolas Nace, chargé de campagne énergie chez Greenpeace France.
Le texte proposé par Roland Lescure montrait une vision de la transition énergétique farouchement pronucléaire et peu ambitieuse sur les énergies renouvelables. Pour diminuer la consommation d’énergies fossiles d’ici à 2050, il a annoncé la construction de six nouveaux EPR2. Côté renouvelables, il souhaitait alors multiplier par 5 la production de gaz renouvelables d’ici à 2035, par 5 également celle du photovoltaïque, par 2 celle des éoliennes terrestres et de la chaleur renouvelable. Un objectif « au minimum de ce qui doit être fait au niveau européen », soulignait alors Nicolas Nace.
Annie Genevard, « le passe-plat de la FNSEA »
Annie Genevard garde son poste de ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire. « Elle sera le passe-plat de la FNSEA », avait estimé la députée écologiste Lisa Belluco lors de sa nomination fin septembre 2024. À l’époque, sa proximité avec le syndicat agricole dominant le laissait déjà présager. Son suppléant, qui a repris son poste de députée, est l’éleveur Éric Liégeon, ex-secrétaire général et vice-président de la FDSEA du Doubs.
Un an plus tard, l’affirmation s’est vérifiée. La ministre a accompagné sans faillir l’accouchement de la proposition de loi Duplomb : « Un signal fort, attendu et nécessaire, adressé à nos agriculteurs », avait-elle déclaré. Ce texte facilite l’agrandissement des élevages, la construction de mégabassines, affaiblit l’Office français de la biodiversité (OFB) et avait prévu de réautoriser l’acétamipride — une disposition censurée par le Conseil constitutionnel.
Ses autres actions et déclarations n’ont cessé d’aller dans le même sens. Apôtre de la « simplification », elle a pressé l’Anses d’examiner plus vite les demandes d’autorisation de pesticides et les préfets d’autoriser plus vite les élevages, demandé aux agents de l’OFB — qui contrôlent le respect des normes environnementales sur les fermes — de cacher leur arme de service lors des contrôles. Elle a également mis des bâtons dans les roues du Nutri-score nouvelle version, contrariée par exemple que certains fromages puissent être mal notés. Elle a ainsi joué « la stratégie des lobbies », regrettait le père du Nutri-score Serge Hercberg.
En seulement un an, elle a même eu l’occasion de confirmer ses penchants réactionnaires — députée, elle avait par exemple voté contre la constitutionnalisation de l’IVG. Ses équipes ont été prises en flagrant délit de racisme par nos confrères de Libération, demandant un « casting caucasien » et du cassoulet au menu pour une publicité de l’Agence bio.
Cette dernière a d’ailleurs été malmenée par la ministre. Sans cesse a plané la menace de sa suppression. Finalement, c’est une coupe budgétaire drastique de 15 millions d’euros (64 % de ses moyens de fonctionnement) qui a été actée. Les budgets de la politique agricole commune ont également été rabotés. De quoi entraver la timide sortie de crise du secteur.