Sanofi a caché les rejets toxiques de son usine Dépakine
L’usine Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), qui produit de la Dépakine, rejetait des substances toxiques, et Sanofi le savait. - © Iroz Gaizka / AFP
L’usine Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), qui produit de la Dépakine, rejetait des substances toxiques, et Sanofi le savait. - © Iroz Gaizka / AFP
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Sanofi savait depuis de nombreuses années que l’usine Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), dans laquelle il fabrique 80 % de la production mondiale de Dépakine (nom de marque du valproate de sodium), rejetait des substances toxiques au-delà des normes autorisées. C’est ce que révèle Libération dans un article du 15 septembre. Le média a pu consulter le dossier de l’enquête judiciaire actuellement menée par le pôle santé publique du tribunal de Paris.
Cette enquête concerne les rejets de deux substances qui entrent dans la composition du valproate de sodium : le bromopropane et le toluène, classés par l’Union européenne et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme reprotoxiques et cancérogènes probables.
« Non seulement les responsables du site semblent avoir été conscients de la dangerosité des rejets de bromopropane et de toluène, écrit Libération, mais ils en auraient surtout eu connaissance depuis 2012. Ils auraient ainsi sciemment occulté leur existence aux services de l’État jusqu’en mars 2018, n’hésitant pas à modifier des rapports, à cacher des données ou à mentir au moment des inspections. »
Jusqu’à 190 000 fois la norme autorisée
Révélés en 2018, les rejets de bromopropane auraient atteint, certains jours, jusqu’à 190 000 fois la norme autorisée. Il aura donc fallu attendre six ans avant que le groupe pharmaceutique fasse un signalement auprès de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal).
Cette révélation intervient quelques jours après une décision judiciaire importante dans l’affaire des malformations d’enfants nés de mères sous Dépakine : le tribunal judiciaire de Paris a en effet condamné le 9 septembre le laboratoire français à verser près de 285 000 euros d’indemnités à Marine Martin et à ses deux enfants. Ce médicament antiépileptique a en effet provoqué depuis sa commercialisation dans les années 1960 des malformations et des troubles de développement neuronal chez des milliers d’enfants de mères traitées pendant leur grossesse.
Marine Martin se battait depuis douze ans pour faire reconnaître son préjudice. Le juge a déclaré Sanofi « responsable d’un défaut d’information des risques malformatifs et neurodéveloppementaux de la Dépakine, qu’elle commercialisait, du maintien en circulation d’un produit qu’elle savait défectueux, et d’une faute de vigilance au moment des grossesses de Mme Marine Martin, entre 1998 et 2002 ».