Dermatose bovine : face à une gestion « catastrophique », des soutiens aux éleveurs dans toute la France
Manifestation d'éleveurs à l'appel de la Confédération paysanne contre la dermatose bovine et la gestion du gouvernement, à Nantes, le 9 décembre 2025. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
Manifestation d'éleveurs à l'appel de la Confédération paysanne contre la dermatose bovine et la gestion du gouvernement, à Nantes, le 9 décembre 2025. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
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Plusieurs mobilisations de solidarité avec les éleveurs touchés par l’abattage de troupeaux atteints par cette maladie virale ont lieu cette semaine. Elles dénoncent une gestion « catastrophique » de la crise.
Nantes (Loire-Atlantique), reportage
Deux policiers en veste jaune fluo font la circulation et aident les tracteurs à prendre place sur le cours des 50-Otages, faisant face à l’Erdre qui coule à Nantes et à la préfecture de Loire-Atlantique. Cet encadrement dans le calme, le 9 décembre, vise à permettre l’expression d’une colère pourtant attisée depuis le 2 décembre par certains de leurs collègues CRS à 700 km d’ici.
Dans le Doubs, l’intégralité d’un troupeau de 83 bovins a été euthanasié, après la détection sur l’une des vaches de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie fortement virale détectée fin juin en France, en Savoie. Le troupeau avait pourtant été vacciné un mois plus tôt. Malgré les recours, l’abattage a été confirmé. Et 175 CRS ont employé grenades lacrymogènes et tirs de LBD pour dissuader 300 personnes venues en soutien à la famille d’éleveurs. La préfecture du Doubs a indiqué le 4 décembre que la contamination avait aussi été constatée sur trois autres bovins du troupeau.
Cet épisode dramatique est « l’élément déclencheur » d’une mobilisation nationale lancée cette semaine par la Confédération paysanne, troisième syndicat représentatif de la profession agricole en France. Le 9 décembre, Montpellier et Tulle accueillaient aussi des convois. À Nantes, plus de 80 éleveurs et éleveuses étaient présents. Le département n’est pourtant pas touché par la maladie. « Pas encore », hochent certaines têtes, tout en croisant les doigts.
La solidarité est de mise avec les éleveurs du Doubs et des autres départements touchés. « La gestion humaine est catastrophique », souffle Antoine Baron, président de la Confédération paysanne 44. Au point où il voit « une vraie terreur s’installer » chez ses adhérents. Ce qu’il réclame, comme l’ensemble des personnes sur place et la Confédération paysanne au niveau national : « l’arrêt de l’abattage total dans les zones vaccinales » — où ils estiment moindre le risque de propagation — et la mise en place d’un « plan de vaccination préventive sur l’ensemble du territoire ».
La ministre de l’Agriculture a réuni le même jour le « Parlement de l’élevage » et le gouvernement a indiqué que « des réflexions » sur la vaccination préventive avaient été lancées. Pas de quoi apaiser la colère : le 10 décembre, 200 agriculteurs sont mobilisés sur une ferme ariégeoise où des bovins doivent être abattus.
« Si on laisse faire la maladie, c’est la cata absolue »
Même si le Grand Ouest n’est pas encore touché par la DNC, les craintes sont vives. Et justifiées par le nombre : les Pays de la Loire, la Bretagne et la Normandie comptent les plus gros cheptels de vaches en France. « Si on laisse faire la maladie, c’est la cata absolue. Avec 5 à 10 % de mortalité, entre 300 000 et 600 000 bovins pourraient mourir dans nos régions. Et un peu plus de 2 millions être très amoindris. »
Sur le parvis, Pol Chailloux, éleveur laitier bio, trace des symboles rouges avec un pochoir. « Cela représente le rond réalisé par les vétérinaires lors de l’injection pour l’euthanasie et la croix ajoutée lorsqu’ils ont vérifié que l’animal est bien mort. » Il partage le poids qui pèse sur les épaules des éleveurs : « J’ai repris un élevage avec un associé il y a trois ans et on a déjà fait face à trois maladies : FCO [fièvre catarrhale ovine] 3, FCO8 et la MHE [maladie hémorragique épizootique]. Au printemps, neuf de nos vaches ont été euthanasiées. On ne va pas tenir s’il y a une quatrième maladie. »
Sur place, des liens sont faits avec la crise écologique. Devant la rangée de tracteurs, Rachel Perez partage ses difficultés : « Les crises sanitaires s’enchaînent aux difficultés liées au changement climatique, qui lui-même entraîne des crises sanitaires. »
À la solidarité entre agriculteurs à travers le pays s’ajoute aussi, à Nantes, la solidarité entre syndicats. Une passante, visiblement au fait des différends, s’étonne à la volée : « Vous manifestez ensemble, la Coordination rurale [syndicat proche de l’extrême droite] et la Confédération paysanne ? » Élu à la chambre d’agriculture du département, Pierre Bretagne confirme : « Malgré nos divergences sur certains sujets, on a décidé de répondre positivement à l’invitation de la Confédération paysanne, car nous sommes d’accord sur l’encadrement calamiteux de cette épidémie. Les leçons de la grippe aviaire n’ont pas été tirées. La gestion humaine est désastreuse. »
Un syndicat brille donc par son absence : la FNSEA. La veille, la délégation départementale du syndicat productiviste partageait un communiqué se félicitant de la reprise des exports d’animaux vaccinés vers l’Italie. Pol Chailloux soupire : « La mondialisation, c’est une potentialité pour les marchés, mais c’est aussi une possibilité de transmission pour les maladies... » Comme un air de Covid-19.