Derrière les rails de la gare d’Aix, le potager prospère

Durée de lecture : 4 minutes

3 février 2015 / Joséphine Christiaens (L’Âge de faire)

La gare d’Aix a désormais son oasis : un jardin géré par un collectif d’associations, où les passants peuvent s’initier aux techniques de culture écologiques. Voyageurs, conducteurs de train, adolescents viennent y flâner.

Aix-en-Provence, deux minutes d’arrêt ! A deux pas des quais, un petit coin de verdure attise la curiosité des voyageurs. Cachées dans les feuillages, il y a des tomates, des aubergines… « Regardez comme celle-ci est superbe ! Il est temps de la cueillir », lance Brigitte.

Et Gilles de se lancer dans une visite guidée : « Ici, la bourrache attire les abeilles qui pollinisent ensuite ces courgettes. Tomates et basilic sont sous l’ombrage mouvant des haricots grimpants enroulés au palissage. Là-bas, on a mis les tomates pour qu’elles aient le soleil dans l’après-midi. Et puis on a planté quelques vivaces, comme cette cardère que nous voulons multiplier. »

Brigitte anime la vie du jardin, tandis que Gilles contribue à l’entretien et au design. Tout en discutant des nouveaux plans d’agencement du lieu, les deux complices dégustent une carotte tout juste déterrée : « Ça c’est de la carotte, de la vraie ! »

Un conducteur de train s’approche et vient bavarder quelques instants. « Alors, comment va notre petit potager ? Ça m’a redonné envie de cultiver un peu de légumes dans mon jardin. Et puis c’est sympa comme endroit, pour les voyageurs. »

D’autres membres du personnel de la gare viennent, le temps d’une pause, humer quelques fleurs... Pour mettre la main à la pâte ou tout simplement s’accorder un moment de détente au pied d’un arbre, tout le monde a accès au jardin. « La gare permet de faire participer tout le monde, et pas que les écolos ! On a vraiment envie que les gens puisse expérimenter le « rapport » avec la terre, la nature », dit Brigitte.

Plus tard dans la journée, une bande de jeunes s’installe au soleil, sur les petits bancs en pierre. « C’est super comme endroit, dit l’un d’entre eux. Quand on attend quelqu’un ou qu’on a juste envie de traîner un peu à la gare, ça fait plaisir de pouvoir se poser ici. Ça change des gares habituelles et ce serait chouette de faire ça un peu partout ! »

- Dans le jardin de la gare, chacun peut faire une pause, « traîner » au soleil, découvrir l’agro écologie… Et pourquoi pas, goûter les légumes. -

« Même en ville, un sol vivant »

A l’origine du Gar’den, un projet intitulé « Gare à toi », dont l’objectif était d’« ouvrir la gare à la ville », grâce à la collaboration entre un groupe d’étudiants et diverses associations. C’est dans le cadre de forums ouverts (méthode de réunion participative, favorisant la réflexion collective), réunissant des adhérents de nombreuses organisations, que l’idée a émergé.

Gérée par l’association E-quilibres et animée par le collectif Pays d’Aix en Transition, qui a déjà lancé une douzaine de jardins collectifs dans la région, l’initiative est soutenue par la fondation SNCF, et notamment la branche « Gares et Connexions ».

« C’est un succès auprès des clients, du comité de quartier et des agents SNCF, résume Eric Chave, gestionnaire de la gare. Le jardin donne une image atypique de la gare, dans la lignée des autres aménagements réalisés, comme l’installation des pianos et autres expositions. »

Compostage, paillage forestier, arrosage goutte à goutte, végétation étagée, récupération et redistribution des graines pour pérenniser certaines plantes en voie de disparition… La conduite du jardin a été étudiée pour faire découvrir aux passants des techniques écologiques.

« L’idée, c’est de montrer que même en étant en ville, on peut bénéficier d’un sol vivant, explique Brigitte. Les gens sont massivement coupés de la nature, et on veut les amener à renouer le contact avec elle ! » Au Gar’den, on ne sème pas pour récolter soi-même, mais pour donner envie de produire localement et en abondance.

Une douzaine de bénévoles réguliers se relaie pour prendre soin des plantations, et les associations partenaires se partagent l’organisation d’animations. Les nouvelles idées ne manquent pas : amélioration du design pour créer un véritable « nid végétal », ateliers cuisine, préparation d’une ratatouille solaire… « Il est important de garder le contact avec des choses essentielles et simples, souligne Gilles. Il n’est pas question de retourner à « l’âge de fer », mais de jouer avec toutes les possibilités que la nature nous offre. »


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Source et photos : Joséphine Christiaens. Article amicalement transmis à Reporterre par la revue L’Âge de faire.

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