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Énergie

Dès 2035, l’Allemagne sortira du nucléaire... et des fossiles

Des éoliennes en Allemagne, illustration.

En Allemagne, la coalition au pouvoir a présenté un vaste plan d’accélération du développement des renouvelables. Objectif : en finir avec l’énergie fossile dès 2035.

Berlin (Allemagne), correspondance

Un mix électrique composé à 80 % d’énergies renouvelables en 2030, à 100 % en 2035 : l’Allemagne veut atteindre la neutralité carbone quinze ans plus tôt que prévu, sans nucléaire. Le nouvel objectif « revêt une double urgence », a déclaré l’écologiste Robert Habeck, ministre allemand de l’Économie et du Climat, en conférence de presse. « D’une part, la crise climatique s’intensifie. D’autre part, l’invasion russe en Ukraine montre à quel point il est important de sortir des énergies fossiles. » Si le renouvelable représentait en 2021 42 % de sa consommation d’électricité, la première économie d’Europe continue en effet de faire tourner ses centrales à gaz (10,4 %) et charbon (29,7 %), à partir, notamment, de combustibles russes.

Afin d’atteindre ses ambitions « d’indépendance » et de « sécurité énergétique », le gouvernement a présenté le 6 avril un vaste plan d’accélération du développement des renouvelables. Il est le fruit d’un compromis entre les trois partis au pouvoir depuis décembre dernier : les sociaux-démocrates (SPD), les écologistes (die Grünen/Bündnis 90’) et le petit parti de droite libérale FDP (Freie Demokratische Partei). Il entérine, de fait, la fin du nucléaire cette année, celle du charbon en 2030, celle du gaz en 2035.

La mine de Garzweiler, près de Cologne. La coalition au pouvoir a fixé la sortie du charbon à 2030. © Violette Bonnebas / Reporterre

Dans un imposant projet de 600 pages, la coalition met l’accent sur le soleil et le vent : la production d’électricité solaire doit être multipliée par quatre d’ici 2030, de même pour la production d’éolien en mer ; l’éolien terrestre doit être doublé, avec la construction de plus d’un millier d’éoliennes par an.

Les énergies renouvelables seront désormais classées d’« intérêt public prépondérant », au service de « la sécurité publique ». Un changement majeur qui doit permettre d’accélérer les procédures administratives, régulièrement bloquées par des recours d’opposants aux parcs éoliens et photovoltaïques devant la justice. Les règles d’installation vont aussi être assouplies : à terme, les éoliennes pourront couvrir 2 % de la surface du pays, y compris dans des réserves naturelles, contre moins de 1 % aujourd’hui.

Soutien massif de la société civile et des ONG

En parallèle, Berlin veut augmenter l’acceptation du solaire et de l’éolien auprès de la population. Ainsi, de nouvelles incitations financières à l’injection d’énergie verte dans le réseau doivent encourager à installer des panneaux solaires sur les toits, dans les zones agricoles et de tourbières. Les projets municipaux, ainsi que ceux portés par des coopératives de particuliers, bénéficieront d’une réglementation simplifiée. Enfin, le développement des infrastructures ne sera plus financé par le consommateur via sa facture d’électricité. Un fonds climat de 106 milliards d’euros a été créé par l’État. Des mesures complémentaires de sobriété énergétique, notamment pour réduire la consommation d’électricité, sont attendues dans les prochaines semaines.

Le projet bénéficie d’un soutien massif de la société civile. L’ONG Deutsche Umwelthilfe parle d’un « grand pas en avant », Bund d’un « bon début », Greenpeace Allemagne du projet de loi « le plus déterminé que tout ce que nous avons vu à ce sujet au cours des dernières années ». 87 % des Allemands y sont favorables, selon un sondage réalisé la semaine dernière pour la chaîne de télévision ARD. Le ministre de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, peut aussi compter sur sa popularité pour faire avancer le chantier : le Vert est désormais la personnalité politique préférée des Allemands, devançant même le chancelier social-démocrate, Olaf Scholz.

« Un grand pas en avant »

Mais le parcours pourrait être semé d’embûches dans un régime parlementaire où les députés ont le dernier mot. Le parti FDP, pourtant partenaire de coalition, a déjà annoncé qu’il tenterait de faire modifier le texte au Bundestag — jugeant l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables dès 2035 trop ambitieux. Il faudra également convaincre certaines régions allemandes tenues par les conservateurs, qui rechignent à accorder davantage de place à l’éolien sur leur territoire : la Bavière, par exemple, préfèrerait prolonger la durée de vie des dernières centrales nucléaires du pays.

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