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Agriculture

Des Maisons pour faire vivre les semences paysannes... libres

Une quarantaine de Maisons des semences paysannes existent à ce jour en France, dont celle du Lot. Elles ont pour but de conserver, multiplier et mettre à disposition des paysans et jardiniers des variétés locales de légumes, céréales et fourrages bannies des catalogues des semenciers industriels.

Carmen, Cesena du Maroc, Merveille de Vérano, Rougette de Montpellier, sans parler de cette petite mâche qu’est la coquille de Louviers… Autant de noms évocateurs pour des variétés de salades, et il y en a pour tous les goûts, toutes les saisons, tous les terroirs.

Oui mais voilà, difficile de les dénicher dans les catalogues du commerce, les jardineries ou les coopératives agricoles, totalement uniformisés par les grands semenciers. Une seule solution : leurs construire une maison, non pour les enfermer dans un grenier poussiéreux, à l’abri de la vie extérieure, mais au contraire pour les faire vivre et prospérer.

Reconquête des semences sur les industriels

Une Maison des semences paysannes (MSP), c’est d’abord un lieu de conservation, de multiplication et d’échanges de semences et de savoir-faire. C’est le symbole de la reconquête des semences sur les industriels. C’est aussi une protection pour les paysans vis-à-vis de la loi.

La plus ancienne de ces structures est l’émanation d’Agrobio Périgord, en Dordogne, qui met à disposition des paysans adhérents des lots de semences de maïs et de tournesol reproductibles (dits « de population »). Les Bretons ont donné naissance à Koal Kohz (= chou vieux !) qui leur a permis de reconquérir leurs graines et de répertorier plus de 500 variétés de choux.

Dans le Tarn et la Haute-Garonne, ce sont des jardiniers qui ont aidé les paysans du Larzac et des Grands Causses à retrouver et cultiver des variétés de sainfoin (esparcette) et de céréales à pain. Ces variétés de blé sont certes moins productives, mais elles n’exigent pas leurs doses d’engrais et de pesticides, tout en donnant plus de paille ! Du blé pour installer des paysans boulangers, heureux de sortir de leur four un pain qui se conserve et offre une grande variété de saveurs.

La Maison du Lot

Dans le Lot, la dynamique est née de la volonté des adhérents de l’Adear du département [1] – pour l’essentiel membres de la Confédération paysanne - de rejoindre le Réseau Semences Paysannes. Plusieurs réunions ont permis d’exprimer les besoins en semences potagères, céréalières et fourragères.

Les objectifs de la MSP du Lot rejoignent ceux de la quarantaine de Maisons des semences déjà constituées : la conservation et la multiplication de variétés locales pour les mettre à disposition des paysans et jardiniers soucieux d’adapter leurs cultures à leur terroir.

Mais aussi la communication en participant ou en organisant des fêtes, des trocs de graines et de plantes, des rencontres, des formations techniques pour les adhérents. Une Maison des semences paysannes se doit également de participer à des travaux de recherche et d’évaluation, en lien avec le réseau national, pour obtenir une reconnaissance juridique et scientifique des semences paysannes. Vaste et passionnant programme, nécessitant beaucoup de détermination face aux intérêts des semenciers de l’agro-industrie.

A l’origine de cette initiative, l’Adear du Lot en assume la responsabilité dans un premier temps, pour des raisons pratiques et juridiques. En espérant que cette maison et ses habitants voleront rapidement de leurs propres graines. La Maison a son PDG - Petit Donneur de Graines - composé des membres fondateurs. Elle a également ses sympathisants et ses donateurs.

Souveraineté alimentaire

La période hivernale permet de préparer sereinement mais activement la saison 2015 et son organisation : les besoins, le choix des variétés « porteuses de graines », les parcelles disponibles, qui héberge et s’en occupe… Lors d’une assemblée en janvier, une charte a été proposée, votée, et sera bientôt signée par les adhérents, pour que chacun soit bien conscient de ses droits mais aussi de ses devoirs vis à vis de cette aventure paysanne.

La MSP envisage l’achat de matériel, que ce soit des tamis, des trieurs pour maraîchers et céréaliers, ou pour pouvoir récolter de façon autonome toutes ces semences porteuses d’espoir. On cherche aussi un local car, pour l’instant, la Maison... n’en a pas encore un.

Le 28 septembre dernier, une fête de la biodiversité a attiré quelques centaines de Lotois pour échanger, tamiser, décortiquer, faire voler la balle de blé ou charger les gerbes…Une forte mobilisation autour des semences paysannes, les semences de demain, graines de la résistance aux multinationales et à leurs sinistres OGM. Les semences paysannes sont les seules capables de garantir un jour la souveraineté alimentaire partout sur la planète.


LE LIVRE DES MAISONS

Après le cadre général et la théorie, place à la pratique : voilà les Maisons des semences paysannes ! On ne peut être que réellement épaté par la somme de travail produit en une dizaine d’années par le Réseau Semences Paysannes et ses 80 associations.

Mode d’emploi : « Les semences paysannes sont sélectionnées et reproduites par les paysans dans des fermes et des jardins menés en agriculture paysanne, biologique ou biodynamique ». La multiplication s’effectue en pollinisation et/ou en sélection massale.

En conséquence, les « Maisons » sont des « organisations collectives de gestion des semences paysannes ». Avec les échanges de graines et le partage de savoirs et de savoir-faire, au final, il s’agit bien pour les paysans, les jardiniers et autres citoyens de se prendre en charge collectivement. Sans les firmes semencières, rien de moins. Et ça marche !

Partout ? Pas tout à fait, bien sûr… Les semences paysannes sont mieux représentées dans un grand arc géographique allant de la Bretagne au Sud-Ouest, puis au grand Sud et remontant vers l’Est via Rhône-Alpes et Franche-Comté. La diversité d’organisations collectives est liée aussi à l’état de la prospection et recherche de variétés locales. Le cahier central recense les expériences de 28 Maisons paysannes.

Au total, il faut saluer la mise au « Net » (sans brevet et téléchargeable !) d’une telle somme de travail à contre-courant du modèle dominant. Ce travail s’inscrit à la fois dans un cadre scientifique de recherche, dans un cadre réglementaire argumenté et dans un cadre de revalorisation du métier d’agriculteur. Bravo, les Maisons des semences paysannes ! Car on peut être légitimement fiers de la constitution de tels outils.

« Les Maisons des Semences Paysannes » (Regards sur la gestion collective de la biodiversité cultivée en France), ouvrage collectif édité par le Réseau Semences Paysannes, octobre 2014, 50 pages, 10 euros, mais aussi téléchargeable sur www.semencespaysannes.org.


-  Lire aussi : Tout comprendre de la guerre entre semences contrôlées et paysannes.

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