Des artistes s’engagent pour Notre Dame des Landes

25 janvier 2014 / Isabelle Rimbert (Reporterre)



Un poing levé gravé sur du bois, une peinture de trois grâces nues devant les gendarmes, une sculpture de lapin zadiste entouré de grenades lacrymo… C’est le fruit du travail passionné d’un collectif informel d’artistes engagés contre le fâcheux aéroport de Notre Dame des Landes. On peut le voir dans une exposition itinérante en Bretagne.

Ils sont dix-huit artistes de la région rennaise, amateurs ou professionnels. Ils pratiquent la sculpture, la gravure, la peinture, la sérigraphie, la poésie, la photographie…Et ils mettent leurs talents au service de la lutte contre l’aéroport.
L’aventure a débuté fin 2012, sous l’impulsion de Jean-Françoic Graugnard, passionné de linogravure, une technique proche de la gravure sur bois, qui se pratique sur un matériau particulier, le... linoléum.

Boulanger en Ile et Vilaine, Jean-François façonne son pain au sein de l’association La P’tite Boulange, qui lui permet de partager son savoir-faire dans des écoles, maisons de retraites et fêtes diverses. « Mon engagement se traduit par une implications dans des associations, pas dans des partis politiques. En-dehors de mon travail, les combats des minorités ethniques et la protection de l’environnement sont des questions qui m’ont toujours intéressé ». Comment en est-il venu à s’engager artistiquement dans le combat contre l’aéroport ? « Le point de départ, c’est une sérigraphie créée par un collectif du centre Bretagne, qui m’a tapé dans l’oeil. J’avais vu de belles affiches, des tracts et des chansons, mais peu d’autres moyens d’expression dédiés à la lutte. Parmi mes connaissances, pas mal d’artistes sont sensibilisés à la question de NDDL. L’idée de monter une sorte de collectif s’est vite imposée. Début 2013, nous n’étions encore qu’une dizaine, et on est allés à la Zad. Se retrouver sur place a été un véritable déclic : découvrir les lieux, les gens, l’occupation policière, sentir l’ambiance… » De quoi stimuler les artistes, impressionnés par la créativité tous azimuts déployée par les occupants.


- sans titre, Dimitri Bernard -

Flore Angèle-Monnerais, peintre et fresquiste professionnelle, vit quant à elle dans un petit village d’Ile et Vilaine, où elle a créé un lieu dédié au spectacle vivant, la Grange-Théatre, qui œuvre pour une présence artistique et culturelle en milieu rural. « La visite à Notre Dame des Landes m’a conforté dans mes convictions. Quand on vit à la campagne, on se rend compte de l’importance de la terre. Ce gâchis est inacceptable et les autorités n’entendent pas. Je n’ai pas l’âme d’une militante, mais pouvoir parler de la terre et de l’humain à travers l’art me semble important ». A la suite de sa visite sur la Zad, elle produit une toile en couleur représentant la terre en patchwork vue de haut, comme menacée par un ennemi invisible.


- sans titre, Flore Angèle -

Petit à petit, le groupe d’artistes s’étoffe, de nombreuses créations voient le jour. La première expo a lieu dans un café de Noyal sur Seiche, dans l’Ille-et-Vilaine, en juin 2013. De locaux associatifs en troquets, de librairies en salons bio, la trentaine d’œuvres poursuit son bonhomme de chemin, principalement en Bretagne, avec pour point culminant une exposition à la ferme de Bellevue sur la Zad en juillet dernier.
Selon les endroits, l’expo peut donner lieu à des rencontres et des débats avec le public, comme ce fut le cas avec le collectif vannetais de soutien aux opposants à l’aéroport en septembre. Pour Jean-François Graugnard, « l’art peut parfois être plus parlant qu’un tract, et cela permet de toucher les gens différemment, tout en faisant passer un message fort ». Malgré cet engagement politique et artistique, le collectif tient à rester « informel », n’a pas de site Internet et revendique son côté bon enfant. « C’est une initiative spontanée qui n’a pas d’autre prétention que celle d’être un témoignage de lutte parmi tant d’autres », résume Jean-François.

Avec « de l’humour et peu de moyens », Annick Sterkendries, artiste plasticienne professionnelle depuis 25 ans, a produit une œuvre emblématique de l’exposition : « King Pong à NDDL », un montage en impression numérique.


- "King Pong à NDDL", Annick Sterkendries -

Débarquée de sa Belgique natale en 1989 pour vivre à Joué-sur-Erdre (Loire-Atlantique), celle qui se qualifie de « chercheuse de rêves » est une militante de longue date pour la décroissance. Artiste protéiforme, Annick perçoit l’art comme un outil de médiation. Elle a notamment réalisé une série d’œuvres en peluche évoquant les dérives de l’industrie agro-alimentaire, des « monstres-Santo », une expo qui a donné lieu à des rencontres avec des scolaires. « Cela a permis de toucher des instituteurs et des enfants, et les inviter à s’interroger. Je ne juge pas, je donne à voir ma position, et j’interpelle ». Elle laisse donc ses productions parler d’elles-même et infuser dans l’esprit du public.


- "Notre Dame des Landes", Jean-François Graugnard -

L’aventure NDDL ? « C’est d’abord une envie commune, celle de mettre en avant le message et le thème plus que les personnes. On ne se prend pas au sérieux, mais on passe par le biais de l’art pour exprimer notre engagement. Je ne saurais pas faire de discours à une tribune, mais avec mes moyens de plasticienne, je fais passer des idées. Aujourd’hui comme hier, Les artistes ont un rôle à jouer dans les luttes. A chacun de trouver sa façon de faire ».


- sans titre, Tyco -


Ouverte à toutes proposition de lieu et aux nouveaux arrivants, l’exposition se tient jusqu’à fin janvier au « Barzouges café » à Bazouges sous Hédé (Ille-et-Vilaine), avant de prendre ses quartiers au Gorvello Café, à Theix (Morbihan) pour tout le mois de février.

Contact : art.et.nddl@gmail.com



- sans titre, Sapiens -


- sans titre, Philo -


- "Bououh !", par Myriam Aiglehoux -


- sans titre, Gérard Hocquet -


- "Notre Dame des Landes et des Pis Noirs", Jean-François Graugnard -




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Lire aussi : L’art contemporain est-il une arme de l’oligarchie ?

Source : Reporterre

Ouvre présentée dans le chapô : « Chom’tai » (Lève toi), par Cédric Malaunais.

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