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ReportageLuttes

Détruite par les gendarmes, la zad de l’A69 résiste

Un militant fait face au champ retourné par la pelleteuse, le 21 janvier 2024.

Le 21 janvier, de nombreux militants se sont rassemblés sur la zad contre l’A69 à Saïx, pour la reconstruire. La veille, près de 200 gendarmes et une pelleteuse avaient détruit toutes les cabanes au sol et saccagé le terrain.

Saïx (Tarn), reportage

« Cela ressemblait à une expédition punitive ! » Dimanche 21 janvier, la stupéfaction marquait toujours les visages des zadistes présents sur le site de la Crem’arbre, à Saïx, dans le Tarn. La veille, environ 200 gendarmes accompagnés par une pelleteuse ont déferlé sur la dernière forêt encore debout sur le tracé de l’autoroute A69 pour détruire méticuleusement les cabanes, outils, nourriture et divers objets présents sur place.

« Cela s’est passé de manière très rapide, confie Laura, qui était sur place, alors qu’elle slalome entre les trous béants creusés par la pelleteuse. Environ 200 gendarmes sont arrivés en courant et nous ont nassés. Ils ont commencé à tout détruire à la main avec des masses qu’ils ont trouvées sur place ou des piolets. Les dortoirs, la cuisine… ils se sont vraiment défoulés. Ensuite, la pelleteuse est arrivée pour écraser les tas d’affaires que les gendarmes avaient rassemblées. »

© Justin Carrette / Reporterre

En plus de la destruction des affaires et des cabanes, la pelleteuse a creusé des trous partout, donnant désormais au terrain des allures de champ de bataille. Une volonté de rendre inhabitable et inaccessible la zone, mais qui ne semble pas décourager les militants. « Le préfet veut clairement nous miner le moral, assure Cami derrière son bandeau qui lui couvre la moitié du visage. C’est vrai qu’on a mis plusieurs mois à construire ce camp, mais ce n’est que du matériel. On a déjà construit et on reconstruira, ils ont juste renforcé notre détermination et notre rage à mener ce combat jusqu’au bout. »

Après le passage de la pelleteuse, le terrain ressemble à un champ de bataille. © Justin Carrette / Reporterre

En déambulant sur ce terrain privé, on croise des éclats de verre, des clous éparpillés entre les buttes, des bocaux alimentaires, des bouteilles de gaz percées, des cabanes éventrées… autant d’objets qui témoignent de la vie qui animait le camp de la Crem’arbre. La préfecture n’a pas donné suite aux questions de Reporterre, assurant n’avoir « aucun élément à communiquer sur cette opération ».

« Reconstruire et continuer la lutte »

Durant l’intervention des forces de sécurité, les « écureuils », nom donné aux militants perchés dans les arbres, n’ont pas été inquiétés. Les coupes des arbres ne devraient de toute manière pas reprendre avant le 15 février.

Baca, un écureuil qui était descendu de son arbre dimanche 21 janvier, raconte avoir assisté à cela depuis là-haut : « On était en sécurité depuis nos cabanes, mais on voyait tout ce qui se passait en bas. On avait la rage de ne pouvoir rien faire et de voir les gendarmes détruire tout ce que l’on avait construit. Après le départ des forces de l’ordre vers 18 h 30 samedi [20 janvier], on s’est tous retrouvés autour d’un grand feu. On était tous d’accord pour reconstruire et continuer la lutte dès le lendemain. »

Malgré le dépit, les militants ont commencé à réparer et réinvestir les lieux le 21 janvier. © Justin Carrette / Reporterre

De nouvelles barricades sont d’ores et déjà sorties de terre le 21 janvier grâce à la centaine de personnes venues prêter main forte, mais les militants appellent à la mobilisation pour défendre la dernière forêt encore debout sur le tracé de l’A69. « Ils ont voulu enterrer la Crem’arbre, mais on vient de la déterrer », lance un militant en tirant une banderole de sous la terre.


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