Devenir autonome en énergie, ça s’apprend

6 janvier 2017 / Clément Barraud (Lutopik)



Dans la Vienne, l’association l’Atelier du soleil et du vent promeut l’autonomie énergétique en proposant des formations pour construire fours, éoliennes, poêles, ou encore séchoirs solaires.

  • Lusignan (Vienne), reportage

Devant le grand hangar qui leur sert de local, les bénévoles de l’Atelier du soleil et du vent accueillent les participants à la formation du jour. Ce vendredi matin à Lusignan, à une vingtaine de kilomètres au sud de Poitiers, Yves, Félix et Jean-Marc sont venus apprendre à construire leur propre cuiseur à bois de type « rocket stove ». Félix, la vingtaine, a le projet d’acquérir un terrain pour y faire du maraîchage et se construire une kerterre, une maison en forme d’igloo à base de terre, de paille, de chanvre et de chaux. « J’utiliserai mon cuiseur pour me faire à manger sur le chantier ! explique-t-il. Je suis venu ici pour apprendre des techniques et pouvoir me débrouiller ensuite. »

Yves, ancien professeur de sport, profite de sa retraite pour faire des travaux chez lui. « Je suis à fond dans une démarche d’autonomie énergétique, j’utilise du photovoltaïque et un chauffe-eau solaire. Je vais me servir de ce cuiseur comme plancha. J’ai découvert ces formations en rencontrant un membre de l’Atelier lors d’une manifestation écologique. Le principe du cuiseur m’a plu et le fait de partager des connaissances avec d’autres est intéressant », estime Yves.

Quant à Jean-Marc, il est un habitué des lieux. Aujourd’hui, il est venu pour transformer son cuiseur en poêle en ajoutant autour une vieille bouteille de gaz pour l’isoler et obtenir plus de chaleur. « L’idée est de chauffer une pièce, et peut-être même faire de l’huile essentielle ensuite avec un système de distillation raccordé au poêle qui chauffera l’eau plus vite. »

Avant de commencer la construction, Antoine Garcia, bénévole à l’association, leur explique le fonctionnement de ce type de cuiseur, qui pèse entre 15 et 20 kilos. Le principe du « rocket stove » peut aussi être décliné pour un poêle de masse, par exemple. « Le cuiseur est en forme de L. La chaleur est plus forte que dans un poêle classique, ce qui réduit la production de CO2 », précise Antoine. La température dans le cuiseur peut en effet monter à plus de 600 degrés, ce qui permet de faire bouillir facilement une casserole d’eau. « Avec son coude en angle droit, il va créer une petite turbulence qui va permettre de mélanger les gaz avec l’oxygène. Il n’y a quasiment pas de fumée, et la combustion est bonne », précise-t-il. « Ce type de cuiseur est beaucoup plus efficace que trois pierres autour d’un feu, avec lesquelles on aura 5 % de rendement. Là, on a un rendement qui peut atteindre 50 %, on utilise donc 10 fois moins de bois pour arriver à la même quantité de chaleur », assure Antoine.

« L’objectif est d’aider professionnels et particuliers à devenir autonomes en énergie »

Toute la journée, les participants alternent entre soudure et découpe de métal, en utilisant les matériaux et outils mis à disposition par l’association (blocs de métal, meuleuse, poste à souder...). Antoine et Jean, un autre bénévole de l’association, les guident dans les étapes de fabrication de leur propre cuiseur qu’ils pourront rapporter chez eux à la fin de la journée. « J’aime le fait de rencontrer des gens autour des questions d’énergie, de consommation ou de récupération. En venant ici, on profite non seulement des outils qu’on n’a pas chez nous, mais on partage aussi nos connaissances, on se donne des idées… » confie Jean-Marc, qui échange des conseils avec les autres participants tout en restant concentré sur son projet.

Le « rocket stove » en forme de L.

Comme eux, des dizaines de personnes viennent se former aux techniques de construction de systèmes d’énergie alternatifs. « L’objectif est d’aider professionnels et particuliers à devenir autonomes en énergie, explique Antoine. On veut leur faire découvrir l’utilisation que l’on peut faire des énergies renouvelables, pour que les gens connaissent leur fonctionnement et l’intérêt qu’il y a à réduire la part des énergies fossiles. » À l’image de cette journée, l’association incite donc à l’autoconstruction et à l’auto-installation.

D’abord installé dans un petit garage, l’Atelier du soleil et du vent loue aujourd’hui un local de 170 m² à la mairie de Lusignan. L’association repose sur huit bénévoles actifs, une personne en service civique pour la communication, et compte entre 50 et 100 adhérents selon les années. Outre la fabrication de cuiseurs et de poêles, l’association propose plusieurs formations pratiques : fabrication d’éoliennes, de fours à pain en terre-paille, installation de panneaux solaires, conception de séchoirs ou de concentrateurs solaires… Elle dispense aussi une formation théorique autour de l’autonomie énergétique. « Pendant cette journée, on demande aux participants ce qu’ils savent sur les énergies. On leur explique comment on mesure une énergie, puis le fonctionnement des appareils électriques, les besoins énergétiques d’une maison… » poursuit Antoine. C’est la formation qui a le plus de succès et l’Atelier la programme quatre ou cinq fois par an, pour une dizaine de personnes présentes à chaque fois.

Les formations sont animées par Florent Dupont, président de la structure et artisan dans les énergies renouvelables, ou Antoine, qui prépare un CAP de thermicien après avoir suivi des études de physique théorique et de mécanique à l’université. Les personnes qui viennent à l’Atelier ont des profils différents, même si beaucoup sont déjà convaincues par les énergies renouvelables. « Le plus souvent, les gens font appel à nous quand ils s’installent. Certains professionnels de la construction écologique, par exemple des constructeurs de yourtes, dirigent aussi leurs clients vers l’Atelier », précise Antoine.

Une formation d’une semaine, par exemple pour apprendre à construire une éolienne, coûte 450 euros. La journée de formation sur le cuiseur « rocket stove » coûte 50 euros, auxquels il faut ajouter 15 euros de cotisation à l’association. « Cela nous permet de rembourser les frais de déplacement, la nourriture, les outils… » explique Antoine. Hormis quelques prix gagnés à sa création qui lui ont rapporté 8.500 euros, l’Atelier ne touche pas de subventions de la part des collectivités locales. « On ne veut pas être dépendants des pouvoirs publics au risque de tout perdre, indique Florent. Notre budget oscille entre 5.000 et 20.000 euros par an, en fonction de notre activité. » Une activité qui se partage entre formations pures et chantiers plus ouverts. « Les formations concernent des travaux sur lesquels on est bien rodés, avec un déroulé bien établi, précise Florent. Les gens paient, car il s’agit de transmettre des compétences. Sur les chantiers en revanche, la personne ne paie que son matériel, car on intervient sur des choses nouvelles pour nous aussi. »

« On les a aidés à installer une éolienne Piggott » 

Si la plupart des formations ont lieu dans les locaux de l’association, les chantiers concernant de grosses installations sont organisés directement chez les personnes inscrites. C’est par exemple le cas de Pascal Depienne, qui habite avec sa femme et ses deux enfants dans la Vienne, et accueille de nombreuses personnes de passage venues faire des stages en permaculture ou des chantiers de construction avec son collectif Terre-Paille. « On les a aidés à installer une éolienne Piggott [1], un système de production d’eau chaude avec une cuisinière à bois et des panneaux photovoltaïques d’une puissance de 720 W, couplés à quatre batteries pour lisser l’intermittence », indique Antoine. « La chaudière est en thermosiphon, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de pompe, donc pas besoin d’électricité. La source de chaleur est située plus bas que le ballon. En chauffant, l’eau monte dans le ballon tandis que l’eau froide descend. La température augmente alors sans avoir besoin d’un circulateur comme sur un système classique », explique Pascal Depienne. L’Atelier du soleil et du vent a pensé le système avec un ballon de récupération, et monté l’installation avec les personnes présentes sur place. Grâce à ces installations, la maison est complètement autonome en énergie, et n’est pas raccordée au réseau.

Après avoir connu des périodes de faible activité, l’Atelier du soleil et du vent s’oriente de plus en plus vers ce type de projets collectifs « On s’est rendu compte qu’il n’y a pas assez de personnes prêtes à payer pour apprendre des choses qu’ils peuvent retrouver ailleurs, précise Florent Dupont. Quand l’association venait chez un particulier pour installer une éolienne ou des panneaux solaires, soit il ne s’impliquait pas, soit il s’investissait, mais estimait qu’on n’apportait pas plus qu’un tutoriel sur Internet… On poursuit l’accompagnement, mais à condition que ce soit de l’expérimentation. On s’adresse donc de plus en plus à des associations ou collectifs qui ont un objectif plus vaste, comme Terre-Paille. »

Dans leur volonté de toujours expérimenter, les membres de l’Atelier recherchent des nouveaux projets, à l’image d’Antoine. « Une de mes idées est de pouvoir exploiter l’énergie de l’eau avec une turbine électrique qu’on placerait sur une planche de surf, par exemple. La planche flotterait à la surface de l’eau, une tige en métal la traverserait avec d’un côté une hélice et de l’autre un alternateur. Le courant ferait tourner l’hélice puis l’alternateur, ce qui générerait de l’électricité. Le système fonctionnerait comme un barrage. Cela pourrait dégager une puissance de 100 W maximum. Mais c’est encore au stade d’ébauche. On imagine sans cesse des installations, jusqu’à ce que quelqu’un nous suive ! »




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[1Ce modèle de petit éolien inventé il y a 40 ans par l’Écossais Hugh Piggott est relativement facile à construire et a une puissance qui peut aller jusqu’à 2 kW avec un diamètre de rotor de 3,6 mètres.


Lire aussi : Irène et Fabrice, autonomes dans un havre de permaculture

Source et photos : Article transmis amicalement à Reporterre par Lutopik.

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