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Donald Trump renonce à construire en Irlande un mur contre la montée des eaux

17 décembre 2016 / Charles Dannaud (Reporterre)



L’homme d’affaires Donald Trump possède un complexe hôtelier et un golf dans un village irlandais. Pour protéger ses installations de l’érosion liée au changement climatique, il projetait la construction d’un mur colossal. Les opposants ont rendu la cause internationale. Le groupe Trump a reculé.

Le « mur de Trump » ne défigurera pas la plage de Doughmore, sur la côte ouest de l’Irlande. Surfeurs et amoureux de la nature se réjouissent. Avec 2,8 km de long, 5 m de haut, 200.000 tonnes de pierre, pour un coût de 10 millions d’euros, l’ouvrage devait protéger le golf du milliardaire étasunien de l’érosion provoquée par les tempêtes atlantiques. Las, le 6 décembre, le directeur du Trump International Golf Course annonçait l’abandon du projet, arguant que les études scientifiques demandées par les autorités locales retarderaient la construction « de trois à quatre ans », alors que la « menace » de l’océan n’attend pas.

Profitant de la crise immobilière, c’est pour « une bouchée de pain », selon ses dires, que l’homme d’affaires a fait l’acquisition, en 2014, de ce terrain de golf et du complexe hôtelier adjacent, en périphérie du hameau de Doonbeg. Le golf de M. Trump est construit sur une côte sableuse remarquable, les dunes de Carrowmore, une zone spéciale de conservation de l’Union européenne, ce qui a justifié la demande d’études approfondies. Ces dunes sont l’habitat d’un escargot préhistorique, Vertigo angustior, classé comme quasi menacé sur la liste de l’UICN et inscrit à l’annexe II de la directive Habitats-Faune-Flore européenne. La plage de Doughmore est aussi un site très apprécié des surfeurs et des amoureux de l’Irlande sauvage. Ils se sont mobilisés pour contrer le projet du magnat de l’immobilier étasunien avec campagne en ligne et une pétition qui a recueilli près de 100.000 signatures. Les militants ont expliqué que la construction de cette barrière allait « détruire l’habitat que représente la dune sableuse, restreindre les possibilités d’accès du public, affecter la qualité des vagues, et, à terme, faire disparaître la plage ».

La plage de Doughmore et, à l’arrière-plan, le complexe hôtelier du Trump International Golf Course.

Pourtant, l’issue de ce bras de fer n’avait rien d’évident. En toute illégalité, des travaux avaient commencé en 2014, mais le gouvernement avait sommé le groupe Trump de tout remettre en l’état. En avril 2015, le projet de fortification de Trump fut à nouveau rejeté par les autorités. En novembre, les opposants ont craint que l’élection du milliardaire à la tête de la première puissance mondiale ne pèse sur l’issue de cette lutte locale. L’un des premiers chefs d’État à féliciter « The Donald » fut celui du gouvernement irlandais, Enda Kenny, « au nom de tous les Irlandais », raconte Marjorie Deleuze, maître de conférences au Trinity College de Dublin. Et l’universitaire de préciser le rôle essentiel des États-Unis à l’économie de l’île : plus de 700 entreprises y sont implantées, employant près de 130.000 personnes.

« Notre gratitude envers la communauté internationale » 

À Doonbeg même, le poids économique du Trump International Golf Course est considérable : il emploie jusqu’à 300 personnes en été, sur les 900 habitants que compte le village. La présence du groupe Trump « est extrêmement importante pour tout le monde dans le comté de Clare, pas seulement pour Doonbeg », a assuré à l’AFP John O’Dea, président du Doonbeg Community Development, une organisation à but non lucratif dont le but est de promouvoir les commerces dans le village. L’opposition au projet de Trump a provoqué des remous parmi les habitants, nombreux à tenir le milliardaire étasunien en grande estime.

« Notre soulagement aujourd’hui est considérable — tout comme notre gratitude envers la communauté internationale », a expliqué Tony Lowes, de Friends of the Irish Environment, une des associations mobilisées contre le projet de mur. Celle-ci va étudier avec attention le nouveau projet de protection du golf, bien plus modeste et « qui ne se verra pas », a expliqué le directeur du Trump International Golf Course à l’Irish Times. Car le golf doit être préservé des conséquences du changement climatique, notamment « l’augmentation du niveau de la mer et de la fréquence des tempêtes », comme ont argumenté les représentants du groupe Trump auprès des autorités locales pour défendre leur mur. Oubliant les positions climatosceptiques de leur patron.




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Lire aussi : Donald Trump : le président de l’anti-écologie

Source : Charles Dannaud pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

Photo : © Save The Waves

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