EDITO - La vraie nature de l’actuel pouvoir

Durée de lecture : 3 minutes

31 août 2015 / Hervé Kempf

Ce que craint le plus le pouvoir oligarchique, qu’il soit de « gauche » ou de « droite », c’est l’alternative. Et pour la détruire, il appuie sans sourciller l’alliance du capital et de l’extrême-droite.


On peut prendre des vacances, mais la planète, elle, n’en prend pas et l’activité humaine continue son inflexible marche. Parmi le tourbillon des événements de l’été, l’un est très significatif : l’évacuation de la Ferme des Bouillons, près de Rouen, le 19 août, par la police.

Vous vous rappelez sans doute l’histoire : depuis plus de deux ans, des activistes, paysans et simples citoyens se battent pour qu’une ferme de plusieurs hectares, à l’abandon, ne soit pas remplacée par un énième centre commercial construit par le groupe Auchan, plus précisément par sa filiale Immochan. Lutte contre le gaspillage des terres, installations de jeunes paysans, animations vivantes et largement ouvertes sur l’extérieur, le mouvement de la ferme des Bouillons progressait magnifiquement, de manière pacifique, et avait emporté une victoire : la fin du permis de démolir accordé à Immochan et le classement du terrain en Zone naturelle protégée.

Dans la foulée, le collectif montait son projet d’exploitation d’agriculture biologique, avec installation d’un jeune paysan sans terre. Un projet assis sur la force du mouvement social, appuyé par la Confédération paysanne et Terre de liens. Mais soudain, en juillet, sort du chapeau un projet concurrent, dont il apparaîtra bientôt qu’il est soutenu par Immochan et porté par des personnes proches de l’extrême-droite, avec le soutien de la FNSEA. Immochan, toujours propriétaire du terrain, a choisi de le vendre aux sieurs Megard.

Pour arbitrer entre les deux projets, la SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural). Celle-ci se retranche derrière l’Etat : pour exercer son droit de préemption, elle indique qu’il lui faut l’aval du préfet, donc du gouvernement.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Le gouvernement « de gauche », comme continuent à ressasser les médias dominants, allait-il soutenir une belle alternative, portée par un incontestable mouvement citoyen ? Ou avaliser l’alliance d’une multinationale et de l’extrême-droite ? Suspense insoutenable… La décision n’a pas traîné. Alors que la discussion aurait pu courir jusqu’en septembre, la SAFER tranche le 18 août, et dès le lendemain, le préfet dépêche ses forces de police expulser les habitants de la ferme des Bouillons et y installer les impétrants – qui d’ailleurs ne sont pas agriculteurs mais paysagistes.

Cette fable sinistre révèle une réalité politique qui ne l’est pas moins : ce qui fait vraiment peur au pouvoir oligachique, qu’il soit de « droite » ou de « gauche », c’est la possibilité que les gens s’organisent de façon autonome, qu’ils élaborent des alternatives vivantes au productivisme qui étouffe la société, qu’ils montrent la possibilité d’alliances solidaires. Ce qui fait peur au pouvoir, c’est qu’une autre voie apparaisse. Alors, pour l’éviter, sa solution est simple : l’alliance de l’argent et de l’extrême-droite, de la finance et de la réaction.


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Lire aussi : Le mauvais coup de l’été : l’Etat évacue la ferme des Bouillons et la cède à des proches du groupe Auchan

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : A Santiago du Chili (© Hervé Kempf/Reporterre)

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