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Énergie

Écoles, gymnases, églises... Pour développer les renouvelables, le Royaume-Uni mise sur les projets citoyens

Les panneaux solaires installés sur la Regent High School, à Londres. Julian Race (à g.), responsable administif de l'école, avec Tanuja Pandit et Paul Allen de Power Up North London.

Alors que les Britanniques se désintéressent des objectifs climatiques, des groupes de citoyens s’allient pour apprivoiser les énergies renouvelables à l’échelle locale. Ces projets coopératifs sont de plus en plus nombreux.

Londres (Grande-Bretagne), correspondance

Au Royaume-Uni, il n’est pas rare de passer devant des pubs, des centres sociaux ou même des bureaux de poste qui s’affichent fièrement « propriété de la communauté ». Une étiquette signifiant qu’ils ont été sauvés par le voisinage, qui a mis la main à la poche pour les acheter, et les traite depuis comme des biens d’intérêt public. « À l’occasion d’un changement de carrière, en 2017, j’ai découvert que ce modèle existait aussi dans le monde des énergies renouvelables », dit Tanuja Pandit.

Après avoir occupé des postes dans le management pour de grandes entreprises, elle s’est alors intéressée à Power Up North London, une coopérative de 240 membres qui tente d’impliquer les citoyens dans les énergies renouvelables, et a fini par en prendre la tête.

Désormais, lorsqu’elle se promène dans les rues du nord de Londres, elle ne voit plus des bâtiments, mais des occasions où développer l’énergie citoyenne. Ici, c’est le toit plat d’une salle de sport ou d’une maison médicale. Là, une église qui pourrait améliorer son isolation, son éclairage, et probablement bénéficier d’une pompe à chaleur. Plus loin, c’est aussi une, deux, trois écoles où elle a réussi à faire installer des panneaux solaires ces dernières années, en demandant aux gens du quartier de s’impliquer dans le projet.

Une école avec des panneaux solaires

Ce lundi matin de mars, dans la grisaille, elle monte sur le toit de l’école secondaire Regent High School pour inspecter les rangées de panneaux solaires alignés au-dessus du hall principal, installés par ses équipes à l’été 2024. « Ces panneaux produisent environ 10 % de l’électricité consommée par le bâtiment. Dans d’autres constructions, on arrive à la neutralité carbone — c’est un peu plus difficile pour les écoles », explique-t-elle.

Le conseil d’arrondissement de Camden a mis Power Up North London en relation avec l’établissement, et les bénévoles se sont occupés de définir les besoins, d’obtenir le permis de construire, de trouver les artisans, de financer le projet…

Une solution « clé en main » qui a complètement ravi Julian Race, le responsable administratif et financier de l’école : « Notre spécialité à nous, c’est l’enseignement, et c’est ce sur quoi on veut se concentrer. C’est Power Up North London qui a géré le projet de A à Z. »

Les panneaux solaires installés au-dessus de la Regent High School. © Juliette Démas / Reporterre

Les weekends et semaines de vacances scolaires, l’électricité est revendue aux fournisseurs d’énergie, pour quelques milliers de livres sterling par an. Le reste du temps, l’école achète à la coopérative l’énergie produite à un prix fixe. « Pour vingt ans, nous fournissons un espace, et [la coopérative] opère les infrastructures, les nettoie et veille à ce que tout soit en bon état de fonctionnement », ajoute-t-il. Un bénéfice net pour l’école, qui polit son image écologique, réduit ses émissions, sensibilise les élèves, et débloque un revenu supplémentaire — le tout sans avoir à y consacrer trop de temps, ou d’argent.

Ces projets citoyens d’énergie verte sont financés par un éventail de solutions hybrides : des fonds fournis par les sites qui en bénéficient, des bourses publiques, mais aussi un actionnariat local. « On donne au public la possibilité d’investir dans ces infrastructures en achetant des actions dans ces initiatives. Il ne s’agit pas de dons, il y a bien un retour sur investissement », souligne Tanuja Pandit, qui a offert des actions à ses enfants à Noël dernier.

En février, Ed Miliband, le secrétaire d’État à l’Énergie, a également annoncé jusqu’à 1 milliard de livres sterling (1,15 milliard d’euros) de fonds pour soutenir jusqu’à 1 000 projets d’énergie citoyenne. Une annonce bien reçue par les acteurs du secteur, qui remarquent toutefois qu’initialement, la somme promise s’élevait à 1 milliard de livres par an, et non par mandat.

Un changement culturel

Au Royaume-Uni, le marché de l’énergie a été privatisé et libéralisé à partir des années 1980. S’il s’organise autour de grands acteurs (les Big Six), et que l’État joue un rôle de régulateur, il reste moins centralisé qu’en France, ce qui permet à de petites structures d’émerger et de combler un vide.

Dès 1997, des habitants avaient acheté une partie du parc éolien d’Harlock Hill, dans le nord-ouest de l’Angleterre, et ouvraient ainsi la voie aux projets citoyens. Depuis, des coopératives et associations de toutes tailles investissent : en 2024, le secteur comptait 614 organisations et 212 000 membres dans tout le Royaume-Uni — des chiffres qui ont respectivement augmenté de 24 et 46 % depuis 2021 —, selon le dernier rapport de Community Energy England.

Malgré une croissance rapide au cours de la dernière décennie, leur poids reste limité : le secteur représente 0,5 % de la capacité de production électrique britannique. Mais leur effet est aussi culturel, notamment à une période où les conservateurs et l’extrême droite prennent pour cible les fermes éoliennes ou solaires, et où le public se désintéresse des objectifs de transition énergétique.

Selon une récente étude de King’s College London et Ipsos, seuls 29 % des Britanniques pensent aujourd’hui que le gouvernement devrait atteindre ses engagements en matière de zéro émission nette avant la date de 2050, quand ils étaient 54 % à se prononcer pour en 2021. En parallèle, une analyse de l’University of Manchester indique que la participation des citoyens aux projets d’énergies renouvelables, la propriété collective et les bénéfices collectifs peuvent en favoriser l’acceptation par un public autrement réticent à ces installations.

S’engager localement

Paul Allen, ingénieur et bénévole auprès de Power Up North London, voit dans ce modèle une réponse, pour « tous ceux qui voudraient s’engager localement et en faire plus pour combattre le réchauffement climatique à travers les énergies vertes ».

Pour lui, il ne s’agit pas que de projets de niche aux effets limités. « Ce qu’on fait ne change pas seulement un bâtiment. On développe la demande, on stimule l’entrepreneuriat, on fait travailler les professionnels du secteur… On mobilise tout un réseau de professionnels qui nous conseillent pro bono [à titre gracieux] — cela représente des milliers de livres sterling d’effort non rémunérés, mais sans lesquels les sites d’accueil n’iraient pas au bout de la démarche. Ce soutien n’est tout simplement pas disponible ailleurs. »

Tanuja Pandit et Paul Allen de Power Up North London. © Juliette Démas / Reporterre

À ces projets d’installations s’ajoutent des actions de vulgarisation, ainsi qu’un travail sur l’isolation des bâtiments et sur la précarité énergétique, qui concerne jusqu’à 6 millions de Britanniques (11 % des foyers en Angleterre, ou 34 % en Écosse).

Les questions des prix et de la dépendance énergétique se sont posées avec une urgence renouvelée au début de la guerre en Ukraine, lorsque les factures énergétiques triplaient, et forçaient le gouvernement à fixer des plafonds et à distribuer des aides. À nouveau, le conflit en Iran accroît cette pression sur les prix et, le 16 mars, le Premier ministre travailliste a annoncé 53 millions de livres (61 millions d’euros) d’aides pour les foyers en difficulté.

Ces projets se placent à mi-chemin entre militantisme et activité économique, et ont un véritable effet sur la concurrence, selon Pierre Wokuri, professeur junior à Sciences Po Rennes et auteur de l’essai Une énergie verte et démocratique ? Les projets coopératifs d’énergie renouvelable au Danemark, en France et au Royaume-Uni. Les freins restent cependant nombreux et il identifie quatre défis. « Il faut maîtriser l’incertitude, supporter les coûts, s’implanter sur le marché et sécuriser un flux de revenu. »

En France, on compte un peu moins de 500 projets d’énergie citoyenne — un développement plus lent lié à la prégnance d’EDF, et « au fait qu’il n’y ait jamais eu de stratégie spécifique pour soutenir ces projets ». Au Royaume-Uni, observe-t-il, « des fonds et soutiens dédiés ont permis de créer des structures et de fédérer les acteurs. Même s’ils ont disparu sous les conservateurs, tout cela a laissé des traces positives ».

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