Journal indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité ni actionnaire, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info
Photographe dans les Vosges / © Mathieu Génon

Parce qu’informer sur le péril écologique est une priorité.

Reporterre publie quotidiennement,
en accès libre et sans publicité.
Le journal ne vit que des dons de lecteurs comme vous.

1 donateurs soutiennent Reporterre ce mois-ci.

Objectif de 12 000 donateurs

Soutenir Reporterre

Culture et idées

« Écologies déviantes », jardins à sauver, Greta Thunberg… À lire, à voir en octobre

Suivre l’actualité écologiste, c’est aussi s’intéresser à la culture. Dans cette nouvelle sélection de Reporterre : les « écologies déviantes », une « requalification » urbaine à Marseille, un dossier « Se battre » ou encore des luttes contre le bétonnage.

LIVRES

Écologies déviantes — Voyage en terres queers

Quels liens tisser entre les luttes LGBTQI [1] et le mouvement climat ? Pourquoi est-il difficile de militer en tant que queer [2] dans les luttes écologistes ? Voici quelques-unes des passionnantes questions qu’explore le journaliste Cy Lecerf Maulpoix dans Écologies déviantes — Voyage en terres queers. Mêlant reportage, cheminement personnel et réflexion politique, il signe là un ouvrage important : parce qu’il nous fait connaître des précurseurs et précurseuses écologistes « déviantes » — l’artiste jardinier Derek Jarman, les activistes Radical Faeries –, parce qu’il nous invite à déconstruire une écologie politique moulée dans l’hétéropatriarcat, et parce qu’il esquisse des pistes stimulantes « pour construire un mouvement écolo réellement inclusif ».

Écologies déviantes — Voyage en terres queers, de Cy Lecerf Maulpoix, aux éditions Cambourakis, septembre 2021, 272 p., 22 euros.


Ventes d’armes, une honte française

Les sous, les sous, les sous-marins. La France s’est taillé une belle part sur le marché de la vente d’armes depuis des décennies. Et elle ne compte pas abandonner le filon. Est-il possible de croire que le commerce d’armes puisse avoir la moindre éthique ? Difficile, et pas seulement parce qu’il est très polluant. Et c’est encore pire lorsque l’on sait quel est le créneau commercial qui fait le bonheur des vendeurs d’armes nationaux — cocorico — et de ses VRP, qui comprennent tous nos présidents depuis les années 1960 et l’omniprésent Jean-Yves Le Drian. La doctrine est simple : il y a de l’argent à se faire (et on parle en milliards) en vendant aux régimes bafouant ouvertement les droits humains, sans s’embarrasser des scrupules de nos concurrents. Égypte, Arabie saoudite, Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid... La France ne trouve pas ses bons clients parmi les grandes démocraties. Forcément, dans le prétendu « pays des droits de l’Homme », cela fait tache. Alors l’État fait de son mieux pour la cacher, cette tache, qu’on imagine plutôt rouge très sanglant. Soumis au secret-défense, seule la lucrativité de ce commerce rivalise avec son opacité. Mais des ONG à quelques pugnaces députés, on estime que ce trafic volontairement feutré a assez duré. Qu’il est plus que temps qu’il reçoive l’éclairage qu’il mérite, afin qu’il puisse être publiquement décidé s’il doit continuer.

C’est l’ambition que poursuit ce livre clair et pédagogique concocté par le journaliste Sébastien Fontenelle, et Aymeric Elluin, responsable du plaidoyer Armes et peine de mort à Amnesty International France.

Ventes d’armes, une honte française, aux éditions Le Passager clandestin, septembre 2021, 192 p., 14 euros.




REVUES

La Déferlante — Se battre

Nouvelle vague impétueuse de La Déferlante, « la revue des révolutions féministes ». Avec, pour ce troisième numéro, un dossier « explosif » intitulé « Se battre ». Il explore la question de la violence dans les luttes féministes — celle qu’on subit, celle qu’on utilise — avec un regard inédit et stimulant. Du cortège de tête aux combattantes kurdes en passant par l’autodéfense féministe, la revue s’interroge. Et nous interpelle : en quoi la violence peut-elle être un « outil d’émancipation » ?

Également au menu de cette édition automnale, une bande dessinée sur la révolte des orangères — des ouvrières qui menèrent une des premières grèves féministes au début du XXe siècle —, un entretien fleuve avec la dessinatrice Pénélope Bagieu, une plongée dans les tribunaux espagnols spécialisés dans les violences de genre, et un débat autour de l’intersectionnalité — pourquoi fait-elle si peur ? À feuilleter sans modération !

La Déferlante no 3 — Se battre, aux éditions La Déferlante, septembre 2021, 160 p., 19 euros.


• Replica no 1

Lancée par le média indépendant montpelliérain La Mule du pape, la revue Replica dépasse largement le cadre du sud-est de la France. Ce numéro inaugural nous emmène de la Seine-Saint-Denis jusqu’au Chili, en passant par le féminisme dans la rue et l’extrême droite dans les commissariats. L’écologie y est bien présente, au cœur de deux des longs formats qui composent ce trimestriel engagé de plus de 120 pages. On y revient sur la passionnante lutte contre les éoliennes industrielles de l’Amassada, dans l’Aveyron, et sur les résistances au bétonnage en vue des Jeux olympiques 2024 dans les banlieues nord de Paris. Ces terrains d’écologie en actes connus des lectrices et lecteurs réguliers de Reporterre sont ici explorés sur papier dans des reportages richement illustrés.

Replica no 1, par La Mule du pape, 124 pages couleurs, 10 euros.




FILMS & DOCUMENTAIRES

I am Greta

« Quand votre maison brûle, vous n’attendez pas quelques années pour éteindre le feu. » Mars 2020. Alors que la Commission européenne présente son projet de loi Climat, Greta Thunberg, sur scène, lui renvoie sans détour ces mesures qui sonnent comme une « capitulation ». Interventions dans les sommets internationaux, grèves de l’école devant le Parlement suédois, marches pour le climat... la jeune lycéenne n’en est — malheureusement — pas à sa première action. Depuis 2018, elle a fait du dérèglement climatique son cheval de bataille. Et depuis, des millions de jeunes lui ont emboîté le pas.

Ce documentaire fort en émotion, dont Reporterre — premier média français à avoir interviewé Greta Thunberg en 2018 — est partenaire, revient sur les débuts militants de Greta Thunberg, mais aussi l’écriture et les discours de celle qui est désormais l’une des icônes de la lutte contre le dérèglement climatique.


I am Greta, de Nathan Grossman. Le 29 septembre 2021.


Les vies intérieures du jardin

On imagine volontiers Marseille dans les embouteillages et un brouhaha urbain. Là, c’est un plaisir de découvrir ce beau coin de vert, d’arbres, d’ombre et de vie populaire. Dans les jardins familiaux Joseph Aiguier poussent potagers et cabanons, servant de maison de vacances à l’occasion, entretenus par une communauté de jardiniers bien consciente d’avoir là un bout de paradis... À protéger, alors qu’un projet de boulevard urbain pourrait détruire cultures, arbres et vivre-ensemble. Photoreporter à la retraite, Claude Paris s’est laissé embarquer par les témoignages et l’histoire du lieu, et c’est ainsi qu’il s’est retrouvé à réaliser en indépendant ce documentaire d’une heure, en accès libre sur YouTube.



La Bataille de la Plaine

Un épisode tragique et intense : une quarantaine d’arbres abattus ou « déplacés » par des bûcherons défendus par des CRS, en octobre 2018. Une scène à peine croyable, en février 2019 : l’édification d’un mur de béton de 2,5 mètres de haut pour « protéger » un chantier d’aménagement d’une population qui n’en veut pas. Deux moments marquants de la longue et mouvementée « bataille de la Plaine ». Entre 2016 et 2019, des habitantes et habitants de cette célèbre place marseillaise (officiellement place Jean-Jaurès) se sont opposés au projet de « requalification » urbaine porté par la majorité municipale Les Républicains (LR) alors en poste.

Assemblées quotidiennes, manifestations, carnaval, affichage, fêtes... le mot d’ordre « pour un quartier vivant et populaire » a résonné dans les rues de Marseille. Il a rassemblé au sein d’une « commune » proclamée celles et ceux craignant les conséquences de la transformation « non concertée » de cette vaste esplanade, épicentre d’une vie de quartier bigarrée : « Virer les pauvres », changer les liens, détruire l’alchimie particulière qui opère ici.

Embarquée dans la contestation dès ses débuts, la « téloche de rue » locale Primitivi a sorti ses caméras et ses micros, a filmé, discuté, enregistré. Elle s’est interrogée aussi sur son rôle : « Comment raconter et être acteur de la lutte ? Comment produire des imaginaires politiques enthousiastes ? De quelle manière le cinéma peut-il se saisir de ces questions ? »

Le résultat de ces années de travail, jusqu’en 2020, est un film stimulant, La Bataille de la Plaine. Entre documentaire et fiction, il mêle récit de la lutte, réflexions sur l’engagement cinématographique et perspective historique en faisant vivre la mémoire des communes libres fleuries sur le terreau de la Commune de Paris : autant d’« inoubliables lucarnes ouvertes sur une fraternité qui bouleverserait la rengaine d’un ordre du monde inébranlable », selon les mots des trois réalisateurs.

Projeté lors d’avant-premières à l’automne 2020, le film n’a pas pu sortir en salles du fait des contraintes imposées au monde de la culture au nom de la crise sanitaire. Mais, cette fois, c’est bon, avec une sortie nationale prévue le 13 octobre 2021 et des rencontres en France avec l’équipe du film.


La Bataille de la Plaine, par Sandra Ach, Nicolas Burlaud et Thomas Hakenholz, autoproduit par Primitivi — télévision de rue marseillaise et collectif de production audiovisuelle. Le 13 octobre 2021.


Une fois que tu sais

Le nouveau film d’Emmanuel Cappellin propose une lecture personnelle des effets du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources. À travers ses rencontres avec des spécialistes de la collapsologie, du climat et de l’énergie — tels Saleemul Huq, Pablo Servigne, Jean-Marc Jancovici ou Susanne Moser — et avec des militants de la société civile, le réalisateur met en scène ses réflexions sur ces questions. Tous témoignent d’une lassitude à vivre en ayant conscience de ce « déclin incontrôlé », et certains l’expérimentent quotidiennement. Alors « une fois qu’on sait, qu’est-ce qu’on fait, collectivement ? » interroge le film. Au fil des constats, celui-ci explore des pistes concrètes pour vivre dans un monde qui s’écroule. Allié à une rigueur scientifique et à un esthétisme des images, le film donne envie d’agir pour changer les choses.


Une fois que tu sais, d’Emmanuel Cappellin. Le 22 septembre 2021.

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende