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Monde

Élections en Turquie : le catastrophique bilan environnemental d’Erdogan

Le gouvernement Erdogan rêve d'un horizon de gratte-ciels. Ici, Istanbul, la capitale.

Dimanche 14 mai, le président turc est candidat à sa réélection. Pendant vingt ans, il n’a pas eu de politique environnementale, et a bétonné à tout va.

Istanbul (Turquie), correspondance

En Turquie, l’été 2021 a eu des petits airs d’apocalypse. Du 28 juillet au 12 août, les côtes du sud-ouest ont été envahies par les flammes. Des feux puissants et rapides, entretenus par une sécheresse record, ont brûlé des milliers de kilomètres carrés de forêts. Le courage de bénévoles turcs, armés de simples pelles et de pioches, n’a pas suffi. Désemparés, ils ont appelé à la rescousse les autres pays sur les réseaux sociaux. C’est grâce à cette aide internationale que la catastrophe a été endiguée. Car juste avant l’apparition de ces mégafeux, le gouvernement turc avait démantelé l’organisation responsable de la lutte contre les incendies dans le but de faire des économies.

Au lieu d’assumer cette décision, l’exécutif islamo-conservateur, qui ne tolère aucune critique, a interdit la diffusion en direct d’images des feux dans les médias. Les publications sur les réseaux sociaux ont été tout autant scrutées, afin d’éviter tous messages visant « à créer de l’anxiété, de la peur et de la panique au sein de la population ou à humilier le gouvernement turc ».

Vingt ans de construction effrénée

Cette histoire illustre les stratégies du gouvernement Erdogan confronté aux enjeux environnementaux. Située à l’est de la Méditerranée, la Turquie est particulièrement vulnérable au dérèglement du climat. Ces dernières années, les catastrophes naturelles se sont enchaînées : mer Marmara envahie de mucilage — mousse visqueuse asphyxiant l’écosystème marin—, inondations massives, glissements de terrain entraînant la mort de dizaines de personnes, pollution plastique… Pourtant, les autorités turques font trop peu pour anticiper ou gérer ces catastrophes, amenées à prendre de l’ampleur avec les conséquences des changements climatiques.

En vingt ans, le président turc a multiplié les projets de construction d’envergure, dont un troisième pont sur le Bosphore. Unsplash/Adnan Uludag

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle se tient le 14 mai et que l’avenir de Recep Tayyip Erdogan est incertain, l’héritage environnemental du leader du parti conservateur AKP est bien maigre. Bien que le pays ait renforcé sa flotte pour combattre les incendies, « des problèmes structurels subsistent toujours au sein de l’organisation responsable », observe Cihan Erdönmez, professeur associé au département de foresterie à l’Université d’Istanbul-Cerrahpaşa.

Et les nouvelles extensions urbaines ne tiennent toujours pas compte des multiples risques de pollutions et d’inondations. Car, en Turquie, le béton est roi. Envers et contre tout, le gouvernement Erdogan, afin de satisfaire une partie de son électorat, continue sa marche forcée selon sa vision du développement : un horizon de gratte-ciels et de mégastructures. « Les gens veulent voir de l’asphalte, des routes, des éléments visibles. Faire des investissements dans les infrastructures pour la gestion des déchets, ça ne rapporte pas plus de soutien [aux élections] », déplore Sedat Gündoğdu, biologiste marin et spécialiste de la pollution plastique à l’Université Çukurova, à Adana.

Redémocratiser les institutions turques

Ainsi, au cours de ses mandats successifs, le président turc a multiplié les projets de construction d’envergure, souvent réalisés dans des temps records et générant divers dommages environnementaux, comme la destruction d’habitats pour la faune, ainsi que d’importantes émissions de CO2.

M. Erdogan a, par exemple, inauguré un troisième pont sur le Bosphore ainsi que le plus long pont suspendu du monde sur le détroit des Dardanelles. À Istanbul, la capitale économique, un nouveau tunnel passe désormais sous le détroit du Bosphore, un troisième aéroport a été construit et bientôt, le chantier du controversé canal Istanbul, un projet qui vise à dédoubler le détroit du Bosphore, devrait commencer.

Les élections pourraient-elles changer la donne  ? Pour la première fois en vingt ans, Recep Tayyip Erdogan pourrait être battu, selon les sondages, par la coalition d’opposition qui promet de redémocratiser les institutions turques. Cihan Erdönmez se dit confiant : « Je regarde l’avenir de la Turquie avec espoir. Il y a des indices qui amènent à penser qu’un changement est très proche. »

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