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ReportageAutoroutes

« Elles empoisonnent le territoire » : les riverains de l’A69 veulent stopper les centrales à bitume

Face à la centrale de Villeneuve-lès-Lavaur, dans le Tarn, le 8 novembre 2025.

Des opposants à l’autoroute A69 se sont rendus à la centrale à bitume de Villeneuve-lès-Lavaur, dans le Tarn, pour dénoncer sa mise en route avant même le jugement en appel sur la légalité du chantier.

Villeneuve-lès-Lavaur (Tarn), reportage

« L’objectif aujourd’hui, c’est de s’approcher de la centrale à bitume pour délivrer pacifiquement notre message », a lancé Marc à la cinquantaine d’opposants à l’autoroute A69 qui patientait devant l’église du village de Villeneuve-lès-Lavaur, dans le Tarn, samedi 8 novembre vers 11 heures du matin. « Nous ne voulons pas de ces usines qui empoisonnent le territoire », a poursuivi sobrement ce membre des « sans-bitumes », un mouvement regroupant une dizaine de collectifs le long du tracé de l’A69.

Pour théâtraliser cette action, certains opposants ont sorti de leur voiture des poussettes, des fauteuils roulants et des poupées maculées de noir. Pour compléter la mise en scène, la cinquantaine de personnes présentes a enfilé un masque blanc, afin de symboliser, selon eux, la toxicité de ces centrales à bitume pour la population.

Les opposants ont marché sous la pluie jusqu’à la centrale. © Antoine Berlioz / Reporterre

Après quelques minutes de marche, le groupe, composé en majorité de riverains des alentours, est arrivé près de la centrale de Villeneuve-lès-Lavaur. Les tas de fraisats [1] de plusieurs mètres de haut trônent sur le site et bordent l’imposante cheminée de la centrale, floquée à l’effigie du constructeur de l’autoroute, le groupe NGE.

Cette usine permettra de chauffer du granulat et des fraisats avec du bitume à haute température, (entre 180 et 260 degrés) pour créer de l’enrobé chaud qui pourra être ensuite coulé sur le tracé de l’autoroute. Les opposants craignent que, durant cette étape, des particules toxiques s’échappent de la cheminée avec la vapeur d’eau, notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques dont certains sont cancérigènes selon l’OMS.

D’après des documents transmis aux élus du territoire par le concessionnaire Atosca le 7 octobre, et que Reporterre a pu consulter, la centrale d’enrobage de Villeneuve devrait partiellement entrer en service à partir de la semaine du 10 novembre. Une seconde centrale, à Puylaurens, doit suivre début décembre. Ensemble, elles produiront près de 500 000 tonnes d’enrobés pour les 54 kilomètres de l’autoroute A69.

Leur mise en scène visait à représenter les dangers sanitaires que représenteraient les centrales à bitume pour leurs riverains. © Antoine Berlioz / Reporterre

« On ne comprend pas comment le concessionnaire peut commencer à produire du bitume alors que l’audience sur la légalité ou non de l’autoroute se tient dans un mois. Pourquoi ne pas attendre ? Le concessionnaire souhaite aller le plus vite possible pour faire valoir aux juges l’argument du fait accompli. C’est un nouveau passage en force, et je trouve cela désolant », dénonce Sabine, dont la maison se situe à seulement deux kilomètres de la centrale d’enrobage.

Les chaussures pleines de boue, sous leurs parapluies et leurs capuches, les opposants sont arrivés à quelques mètres de la centrale, sur une petite butte, et ont déployé une banderole sur laquelle était inscrit « Bitume ? À votre santé ! »

Un petit groupe autonome a alors décidé d’entrer sur le site désert. Des graffitis comme « NGE assassin » ont été apposés sur certains éléments de la centrale à bitume. De la boue a été lancée sur une pelleteuse. Après une vingtaine de minutes sur le site, les opposants sont repartis ensemble.

Le mot «  assassin  » a été tagué sur des structures de la centrale. © Antoine Berlioz / Reporterre

« Ce qu’on souhaite, c’est avertir la population. Le programme de surveillance de l’air promis par la préfecture et Atosca est largement insuffisant. Ces centrales sont un véritable problème de santé publique, d’autant plus qu’il y a des écoles et des habitations juste à côté », assure Marc.

Pour pallier ce manque de transparence, les collectifs ont conçu leur propre capteur, baptisé Zéphyr, afin de mesurer de manière indépendante la qualité de l’air autour des centrales de Villeneuve et de Puylaurens.

Cette mise en service, qui devrait se dérouler dans les jours à venir, arrive alors que la justice vient de fixer au 11 décembre la date de l’audience en appel concernant la légalité de l’autoroute A69. En février dernier, les juges du tribunal administratif de Toulouse avaient annulé l’autorisation du chantier en première instance.

Pour les opposants, la mise en service de la centrale avant le jugement en appel sur la légalité du projet d’autoroute vise à forcer la main de la justice en la plaçant devant le fait accompli. © Antoine Berlioz / Reporterre

« On croit toujours en la victoire finale, sinon on ne serait pas là. Plus le chantier avance, plus on doute, mais il n’y a pas de raison pour que la justice change d’avis par rapport à février dernier, dit Sabine. Après deux ans de combat, notre détermination est intacte. Ces actions, comme celle d’aujourd’hui, nous redonnent le moral et nous galvanisent collectivement. »

D’autres mobilisations sont prévues pour dénoncer la mise en service des centrales à bitume, avec notamment une réunion publique au Faget le 14 novembre et une mobilisation devant la centrale à bitume de Puylaurens le 22 novembre. « Au-delà du bitume, c’est la santé, la justice et la démocratie locale qui se jouent sur le tracé de l’A69 », dit l’un des opposants.

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