123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

Luttes

« Les projets routiers, c’est fini » : une autoroute prévue depuis 50 ans ne verra pas le jour

Des manifestants participent au festival organisé contre le projet de contournement est de Rouen, à Léry, en mai 2023, par le collectif Non A133-A134, les Soulèvements de la Terre et l'association Naturalistes des terres.

Après la métropole et la ville de Rouen, la région Normandie annonce à son tour qu’elle ne financera pas le contournement est de Rouen. Une position qui pourrait marquer la fin d’un projet routier très contesté.

Clap de fin pour le contournement est de Rouen. Lundi 4 mai, Hervé Morin, le président de la région Normandie, a indiqué que la collectivité ne financerait pas cette infrastructure routière, selon Paris Normandie. « Les projets routiers, c’est fini », a-t-il déclaré en ajoutant que la région allait se concentrer « exclusivement sur le ferroviaire ». Contacté par Reporterre, le service presse de la région assure qu’Hervé Morin maintient ses propos.

Cette annonce marque la fin d’un projet vieux de cinquante ans et particulièrement contesté. Il aurait détruit 270 hectares de surfaces agricoles et menacé la viabilité de 78 fermes, dont celle de Saveur Sauvage que Reporterre avait visité. Le tout, pour un budget d’au minimum un milliard d’euros.

« Je pense que c’est vraiment fini, il faudrait tomber sur un fou pour relancer ce projet », explique à Reporterre Stéphanie Cubaud, membre de l’association Non à l’autoroute. Mais les opposants restent sur leurs gardes, car la déclaration d’utilité publique (DUP) est valable jusqu’en 2027.

Gaz à effet de serre et risque d’étalement urbain

Pensé à l’origine pour désengorger le centre-ville de Rouen, ce contournement était soutenu par certains élus, notamment Hervé Morin. En 2021, il avait déclaré que « cela fait plus de quarante ans que la Normandie attend le contournement est. On ne peut sacrifier un tel investissement stratégique ».

En 2023, il avait adressé un courrier à Élisabeth Borne, alors Première ministre, dans lequel il vantait « l’intérêt départemental, régional et national de ce projet est indiscutable ».

Lire aussi : Un projet d’autoroute hors de prix fâche Rouen

Alors que s’est-il passé ? Hervé Morin a-t-il été convaincu par l’avis du Conseil d’orientation des infrastructures (COI), pas encore rendu public, mais révélé en avril par Contexte ?

Cette instance, placée sous la tutelle du ministère des Transports, avait dénoncé les impacts environnementaux du contournement, notamment l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, liée à la hausse du trafic routier. Le rapport redoutait également « le risque induit d’accentuation de l’étalement urbain » et concluait à « l’impossibilité de le conduire en l’état » compte tenu de l’opposition de la ville de Rouen et de la métropole.

Seul le département de Seine-Maritime reste dans la course

Les élus de la métropole avaient en effet refusé d’allouer les 66 millions d’euros prévus pour le contournement en 2021. La région Normandie avait alors sorti son chéquier pour compenser ce retrait, promettant 205 millions d’euros d’investissements. Désormais, seul le département de Seine-Maritime reste dans la course avec ses 40 millions d’euros de financement. « Aucun concessionnaire ne voudra s’engager dans de telles conditions et mettre 80 % de l’investissement », assure Stéphanie Cubaud.

À Rouen, le maire de la ville et actuel président de la métropole, Nicolas Mayer-Rossignol, s’est toujours déclaré opposé au contournement. Il avait rencontré le ministre des Transports à ce sujet en avril 2024 pour dénoncer le coût rédhibitoire du futur tronçon, rappelant que l’estimation d’un milliard d’euros était « bien en deçà de ce qu’elle coûterait ».

Pour lui, mieux vaut investir ces sommes « sur les liaisons ferroviaires pour développer les mobilités de demain. Et non pas sur un projet dont le coût environnemental, en matière de destruction de terres agricoles et qui génère 50 000 tonnes de CO2 supplémentaires, n’est pas tenable », comme le rapporte Le Parisien.

legende