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En Auvergne, un magasin autogéré sauve un village de la désertification

29 novembre 2017 / Élodie Horn (Reporterre)



La fermeture de la dernière épicerie du village entraînait le centre-ville de Sauxillanges vers la désertification. Mais les habitants ont refusé cette fatalité en donnant naissance à l’Alternateur, un magasin autogéré par près de 70 bénévoles.

  • Sauxillanges (Puy-de-Dôme), reportage

En plein centre de Sauxillanges, un village situé dans le Puy-de-Dôme (Auvergne), une épicerie de l’enseigne 8 à huit a fermé ses portes il y a deux ans. « C’est un peu à cause d’eux, ou grâce à eux — ça dépend du point de vue — que nous sommes là », sourit Christine, en montrant le bâtiment où trône encore l’enseigne de la franchise. Il n’a pas bougé, puisqu’il aurait dû rouvrir ses portes après des travaux de rénovation. Mais le directeur de la supérette a préféré implanter un Carrefour à l’extérieur du bourg. « Il n’y a pas de trottoir jusque là-bas, donc impossible d’y accéder sans voiture », précise la Sauxillangeoise, née il a 57 ans dans le village.

Le 8 à huit, dernière épicerie du village, a fermé ses portes il y a deux ans, laissant un grand vide au centre du bourg.

Si quelques commerces subsistent, il n’y a plus aucune épicerie dans le centre de la commune, qui était l’une des plus dynamiques du secteur dans les années 1950. « En sortant d’une réunion de l’Amap dont nous faisons partie avec deux amies, nous nous sommes dit que, sans cette épicerie, Sauxillanges devenait un village fantôme. Ce magasin permettait de faire ses courses, mais surtout de se rencontrer », raconte-t-elle.

Pour ne pas laisser mourir à petit feu le village de 1.200 habitants, un magasin citoyen, l’Alternateur, qui fonctionne grâce à la volonté de bénévoles, a ouvert le 23 septembre dernier. Christine fait partie des dix femmes qui ont permis à ce lieu de vie d’exister.

« Sauxillanges, ce n’est pas Brooklyn ! »

L’idée de magasin citoyen a été lancée lors d’ateliers où les habitants étaient invités par la municipalité à imaginer le « Sauxillanges de demain ». Mais les ateliers ont cessé et le projet n’a jamais abouti. C’est le film Food Coop, un documentaire qui présente l’expérience d’un magasin autogéré à New York, qui a remotivé les troupes. Plusieurs femmes ont souhaité créer un lieu semblable dans leur village. « Nous sommes loin de New York, où ils sont 17.000 bénévoles. Sauxillanges, ce n’est pas Brooklyn ! » plaisante Agathe, la doyenne de l’aventure, habitant depuis six ans à Sauxillanges. Elle fait partie des soixante-dix personnes qui s’activent pour faire fonctionner l’Alternateur. Organisées par binômes, elles se relaient de 9h à 12h puis de 16h30 à 19h30, tous les jours de la semaine, sauf le dimanche après-midi.

L’emploi du temps s’organise au fil des semaines. Il faut au minimum 4 bénévoles par jour pour faire tourner l’Alternateur.

Serge fait partie de l’équipe du matin, ce vendredi. Il est « démarreur », il s’occupe donc essentiellement de la caisse, tandis que Fanny est « alternacteur ». Son rôle consiste à aider les clients. Ce matin-là, ces derniers sont généralement retraités et déjà habitués au fonctionnement de la boutique. Fanny les aide à se servir en produits en vrac, alors que Serge s’occupe d’encaisser leurs achats manuellement.

En plus d’une personne en caisse, « le démarreur », un « alternacteur » est toujours présent pour conseiller les clients.

Il faudrait une centaine de personnes pour permettre à la boutique un fonctionnement optimal. En attendant, les personnes ayant le plus de temps libre font preuve de souplesse pour que le magasin puisse ouvrir tous les jours. Le concept a attiré des personnes de tous les âges. Fanny, la trentaine et jeune maman, vient régulièrement combler les périodes de creux de l’emploi du temps. Grâce à ce fonctionnement uniquement bénévole, cela ne gêne personne qu’elle porte sa fille contre elle tout en servant de la spiruline à un client.

Fanny, la trentaine et jeune maman, vient régulièrement combler les périodes de creux de l’emploi du temps.

Pas de concurrence avec les commerces encore en activité

L’objectif de cette épicerie citoyenne n’est pas uniquement de recréer du lien entre les habitants, mais de le faire aussi avec les producteurs, dans la mesure du possible issus de la région. « Nos produits sont à 90 % biologiques et essentiellement locaux », précise Christine, par ailleurs chargée de la gestion des stocks. « Tout ne vient pas forcément du département non plus. À cause des gelées, les fruits que nous vendons proviennent d’Ardèche », souligne la Sauxillangeoise. Ils font aussi appel à deux grossistes, mais le savon, la bière ou encore les coquillettes sont produites dans les environs.

L’Alternateur propose essentiellement des produits en vrac dans une logique écologique. Par choix, ils ne vendent ni pain, ni viande, ni café. La raison ? Ils n’ont pas souhaité faire de concurrence avec les commerces encore en activité. « Si l’un des clients réclame ce type de produits, nous le redirigeons vers la boucherie, le comptoir de thé ou à l’une des deux boulangeries du centre », explique Christine.

La part belle est faite au vrac dans la boutique, où légumes, fruits, mais aussi produits d’épicerie peuvent être emportés dans des sacs et bocaux adaptés.

L’Alternateur n’a pas non plus l’ambition de réaliser de recettes. « Nous sommes une association à but non lucratif. Nous voulons gagner de l’argent uniquement pour investir dans son bon fonctionnement. » Leur prochain achat est déjà tout trouvé, ce sera une caisse enregistreuse. Les clients peuvent aussi bien effectuer leurs règlements en euros qu’en doumes, la monnaie complémentaire du Puy-de-Dôme. Une marge de 20 à 25 % est réalisée sur la vente des produits pour pouvoir payer les charges, telles que l’électricité et le loyer.

La doume, la monnaie alternative du Puy-de-Dôme, est largement utilisée lors des transactions. L’Alternateur a d’ailleurs choisi d’être un comptoir de change de cette monnaie.

Lisa, 36 ans et chargée de la communication du magasin, confirme que le projet est parfaitement viable. « On couvre très largement nos charges. En une semaine, nous avions déjà gagné suffisamment pour les payer », précise-t-elle.

Le premier investissement prévu pour le magasin sera pour une caisse enregistreuse. Pour le moment, tous les comptes sont tenus manuellement.

Aucune aide n’a été prodiguée par la municipalité 

Une nouvelle positive pour le magasin, qui n’a démarré qu’avec peu de moyens, ceux des adhérents et des fondateurs de l’Alternateur. « Lorsque nous avons décidé de nous lancer, il y a deux mois, nous nous rendions sur le marché pour trouver des fonds », précise Agathe. 250 personnes ont adhéré à l’association, à raison de 5 euros de participation. « Cela a permis de payer l’électricité et le matériel, mais aussi de créer un petit stock de base », souligne Agathe.

Aucune aide n’a été prodiguée par la municipalité, que ce soit pour le lancement ou la recherche de locaux. Ceux investis par l’association étaient disponibles. Bien qu’un peu exigus, ils correspondaient à leurs besoins. Ils ont été séparés en deux espaces distincts, l’un est devenu la boutique et le second, un espace convivial et de rencontres.

Des ateliers et des conférences peuvent être proposés et sont ouverts à chaque adhérent.

Comme le précise Lisa, tout le monde peut accéder au magasin, mais l’Alternateur s’articule aussi au lieu de rencontres. « Ceux qui le souhaitent peuvent venir animer un atelier, une conférence ou proposer une sortie », précise-t-elle. L’objectif affiché est toujours le même, créer du contact. Pour les bénévoles qui rencontrent des personnes de tous horizons, comme pour les clients de l’Alternateur, tels que Valérie, le pari s’annonce réussi. « Je viens quasiment tous les jours pour y faire mes courses. Il y a un véritable lien entre les commerçants et le client, qui, j’imagine, existait davantage par le passé. Bien que ça demande un petit effort financier, je le fais volontiers. En tant que client, cela nous permet aussi de nous réapproprier le circuit de distribution, plutôt que de le subir », conclut-elle, tout en se servant un paquet de farine en vrac.




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Source : Élodie Horn pour Reporterre

Photos : © Élodie Horn/Reporterre

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