Energie : la Chine ralentit

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31 mai 2013 / Hervé Kempf

Un tournant : alors que la Chine voyait sa consommation d’énergie croître de 7 % par an depuis 2000 (et même 8 % en 2010), elle a fortement décéléré en 2012, avec un taux de croissance ramené à 4 %. C’est l’un des principaux enseignements du Bilan énergétique mondial 2012 publié mercredi 29 mai par Enerdata


Ce bilan montre aussi que le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) consomment plus d’électricité que les pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Canada, Italie).

Enerdata est un cabinet d’études basé à Grenoble depuis 1991. Fondé par des chercheurs du CNRS, il est devenu une référence en matière d’analyse énergétique, réalisant des études pour des grandes compagnies et des organismes gouvernementaux.

Le tableau qu’il livre pour l’énergie en 2012 montre une certaine modération de la consommation des pays du G20 (qui comptent pour 85 % du PIB mondial) : elle a augmenté de 1 % quand le PIB s’élevait de 2,1 %.

Un mouvement important est que la consommation diminue légèrement dans les pays les plus riches, tandis qu’elle augmente toujours fortement dans les pays émergents.

Découplage chinois

La Chine ralentit donc : c’est le trait le plus remarquable de l’année écoulée. La consommation d’énergie y augmente de 4 % alors que la croissance du PIB y a été de 7,8 %. Ce découplage, comme disent les spécialistes, découle d’efforts importants d’efficacité énergétique. Le gouvernement chinois a aussi interdit l’exploitation des mines de charbon d’une production inférieure à 300 000 tonnes par an. Efficacité énergétique et limitation du charbon expliquent que les émissions de gaz carbonique de la Chine progressent moins qu’avant : + 3,5 % en 2012 contre +9 % en 2011. Le pays n’en reste pas moins un dévoreur d’énergie : sa consommation électrique dépasse maintenant celle des Etats-Unis.

Si la Chine décélère, ce n’est pas le cas des autres BRICS (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud), dont la consommation énergétique continue d’augmenter rapidement. Cela découle de leur forte croissance économique, ainsi que du processus d’électrification qui l’acompagne.

Dérapage des émissions de gaz carbonique

Mauvaise nouvelle pour le climat : les émissions de CO2 dans le monde ont augmenté de +1,4 % en 2012. La décélération chinoise, mais aussi celle des Etats-Unis sont compensées par l’essor des BRICS, qui utilisent plus de charbon.

En Europe, les compagnies électriques utilisent de plus en plus le charbon exporté par les Etats-Unis, qui en ont à revendre puisque leurs propres compagnies électriques brûlent plus de gaz de schiste, dont le prix est bas, et donc moins de charbon.

Du coup, les émissions de gaz carbonique du secteur électrique européen devraient repartir à la hausse : la combustion du charbon produit en effet plus de CO2 que celle du gaz. Cependant, selon Eurostat qui l’a annoncé mercredi 29 mai, les émissions de CO2 en 2012 dans l’Union européenne ont baissé en 2,1 % en 2012 (une baisse moins importante qu’en 2011 où elle s’élevait à 4 %).

Les Etats-Unis, eux, voient leur balance énergétique transformée par l’essor du gaz de schiste. Au point que sont en projet une trentaine de terminaux gaziers, à des fins d’exportation. S’ils étaient réalisés dans les années qui viennent, cela pourrait bouleverser le marché mondial de ce combustible. Pour les producteurs américains, il s’agit de vendre sur les marchés européen et japonais, où le cours du gaz est plus élevé, et qui sont donc plus rémunérateurs. Mais ils entreraient alors en concurrence avec les autres producteurs de gaz, tels que Qatar ou la Russie, ce qui affaiblirait la position de ceux-ci.

Ces terminaux seront-ils concrétisés aux Etats-Unis ? Il faudra surmonter la résistance des populations locales, inquiètes pour l’environnement, ainsi que celle des industriels utilisateurs, tels que la chimie, qui apprécient de bénéficier d’un prix du gaz particulièrement bas.

En Europe, jugent les experts d’Enerdata, le gaz de schiste, s’il était exploité, ne devrait pas bouleverser la donne énergétique. Ils jugent que les réserves sont sans doute surestimées.

Le nucléaire dépassé par les renouvelables

Au niveau mondial, le charbon reste le principal combustible utilisé pour produire de l’électricité : il compte pour 40 % de l’électricité produite dans les pays du G20, en particulier dans les BRICS. Cependant, les pays européens utilisent plus de charbon. En effet, comme les Etats-Unis substituent le gaz à la houille dans leur centrales, du charbon à plus bas prix est exporté vers l’Europe, où il remplace en partie le gaz.
Au niveau mondial, la croissance de la demande de charbon s’est cependant ralentie (+ 2 % contre + 5 % en 2011).

Autre évolution marquante : la progression des énergies renouvelables (où l’hydraulique tient la première place), qui comptent pour près de 20 % de la production électrique du G20, loin devant le nucléaire, qui décroit et ne compte plus que pour 11 %. Cette évolution devrait se poursuivre : baisse de la part relative du nucléaire et progression des renouvelables, tirées par l’éolien et le solaire.

L’efficacité énergétique s’améliore... trop lentement

L’intensité énergétique est le rapport entre la consommation d’énergie et le PIB. Sa diminution signifie que l’économie gaspille moins l’énergie. En 2012, elle a diminué dans le monde de 1,7 %, un niveau insuffisant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans les pays européens, l’efficacité énergétique n’a pas progressé en 2012. Une raison en est le glissement du gaz vers le charbon : les centrales au charbon ont en effet un moins bon rendement énergétique que celles au gaz.

Le champion de l’efficacité énergétique est le Japon : sa consommation d’énergie a diminué malgré un rebond de la croissance économique. Cela est fortement lié à l’accident de Fukushima et à la fermeture des centrales nucléaires. Mais, du coup, il lui a fallu importer davantage de gaz, et les émissions de CO2 du Japon sont en hausse de 5,7 %.

Prix du pétrole : un scénario à 200 $ le baril

Les experts d’Enerdata tablent sur le maintien d’un prix du pétrole autour de 100 dollars le baril, « un prix qui arrange tout le monde », producteurs et consommateurs.

Ils ont bâti plusieurs scénarios selon divers jeux de paramètres. Dans l’un d’eux, qui intègre l’idée d’une déplétion totale du pétrole de la mer du Nord, le prix du baril passe à 200 dollars.

Autre tendance importante : si l’Arabie saoudite continuait sa tendance à la hausse de la consommation de gaz, elle ne pourrait plus exporter en 2030. Globalement, la consommation par les producteurs de pétrole et de gaz de leur énergie pourrait limiter les quantités exportées, donc pousser les marchés à la hausse.



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Source et photo : lemonde.fr

Lire aussi : Inde et Chine se disputent l’énergie du siècle : le charbon

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