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Agriculture

Exporter au lieu de nourrir, le « scandale » de l’agriculture française

Tracteur labourant des chaumes de colza en France, fin 2024. Le pays est le principal exportateur européen de graines de colza.

Première surface agricole de l’UE, la France peine à nourrir sa population : elle préfère exporter, dénonce un rapport de Terre de liens. Un « scandale » orchestré par l’agro-industrie.

« Un scandale made in France. » Voilà comment l’association Terre de liens résume l’usage des terres agricoles en France. Dans un rapport sur la souveraineté alimentaire, publié le 17 février, elle décortique les paradoxes de l’agriculture française en se penchant sur les usages des terres agricoles. Verdict : la France a beau être la première surface agricole de l’Union européenne, elle compte 11 millions de personnes en précarité alimentaire (17 % de sa population). Pire, elle doit importer un tiers de ses fruits et légumes pour répondre à sa consommation.

Selon l’association, qui reprend les données du bureau d’études Solagro, 43 % des terres agricoles sont actuellement dédiées à l’exportation. Avec ses 28 millions d’hectares de surfaces agricoles utiles (SAU), le pays dispose pourtant de suffisamment de terres pour subvenir à ses besoins. Or, « plus de la moitié des surfaces céréalières, fruitières et maraîchères, et un quart des surfaces d’élevage produisent finalement pour l’exportation », détaille Terre de liens. En contrepartie, la part des terres consacrée à nourrir la population française est réduite à 2 100 m2 par habitant, là où 4 000 m2 seraient nécessaires.

Une alimentation « accro aux importations »

En parallèle, la France doit importer toujours plus de denrées alimentaires destinées à la grande distribution ou à l’industrie de la transformation. « Depuis vingt ans, nos importations ont doublé. On importe un tiers des fruits et légumes qui sont consommés en France, un tiers de la volaille, un quart de la viande de porc, tous ces produits que nous savons produire en France », dénonce Coline Sovran, coautrice du rapport de Terre de liens.

L’association appelle le gouvernement « à mettre en cohérence la production agricole avec les besoins alimentaires », alors qu’est actuellement en débat la loi d’orientation agricole censée répondre à la colère des agriculteurs et que 16 % des Français déclarent ne pas avoir assez à manger [1].

Lire aussi : La « souveraineté alimentaire », une revendication paysanne détournée par l’agro-industrie

La structure, qui a fait de la préservation des terres agricoles son combat, estime que la souveraineté alimentaire passera par la reterritorialisation des filières. Elle plaide pour que les collectivités locales disposent d’une compétence « alimentaire », afin que soit inscrite dans leurs missions la réinstallation d’infrastructures de transformation à échelle locale : meuniers pour les farines, moulins pour les huiles, abattoirs de proximité pour la viande, etc.

Une agriculture transformée

70 % de la production agricole est en effet destinée à être transformée. « Même si les terres agricoles ne leur appartiennent pas, les agro-industriels, qui achètent les matières premières et les transforment, influencent la vocation des terres agricoles », pointe Coline Sovran.

L’association dénonce le rôle de la Politique agricole commune (PAC) dans l’industrialisation de l’agriculture. En subventionnant les fermes en proportion de leur surface, elle a contribué à leur agrandissement pour répondre aux exigences de l’agro-industrie. De quoi rendre encore plus dépendants les agriculteurs de leurs acheteurs et transformateurs.

« Les agriculteurs sont également dépendants des coopératives », dit Noël Michot, producteur de blé et maraîcher dans la plaine de l’Aunis, venu témoigner lors d’une conférence de presse, le 11 février. « Elles leur disent quelles cultures mettre en place pour assurer leur écoulement. »

Ce paysan a vu son territoire se « céréaliser » pour répondre aux attentes des coopératives tournées vers l’exportation avec le port de la Palisse, à La Rochelle. « Aujourd’hui, avec des tonnes de matières premières à écouler, les agriculteurs ne peuvent plus faire de la vente en direct pour la consommation locale. »

Coûts cachés

Le modèle agricole industriel est aussi fortement dépendant des importations d’engrais de synthèse, de semences, de pesticides ou encore de pétrole, consommés massivement par les agriculteurs pour rester compétitifs sur le marché international, observe Terre de liens. La foncière déplore que « ces coûts cachés » ne soient pas pris en compte dans le calcul du solde commercial sur les produits agroalimentaires (la différence entre les exportations et importations), évalué à 5,3 milliards d’euros en 2023 par le ministère de l’Économie.

« La France consomme chaque année 8,5 millions de tonnes d’engrais minéraux, pour un coût estimé à 5,7 milliards. Ces engrais sont fabriqués à partir de minerais et de gaz qui viennent principalement de pays situés hors de l’UE (Russie, Maroc, Algérie, Égypte) », écrit Terre de liens.

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