Face à Trump, Etats et société civile organisent la résistance

7 juin 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Outre-Atlantique, la résistance pro-climat s’organise : dès l’annonce par Donald Trump jeudi 1er juin du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, maires, gouverneurs, chercheurs et chefs d’entreprises sont montés au créneau pour défendre la lutte contre le changement climatique. En France, le gouvernement annonce une « feuille de route » de nouvelles actions.

Outre-Atlantique, la résistance pro-climat s’organise : dès l’annonce par Donald Trump jeudi 1er juin du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, maires, gouverneurs, chercheurs et chefs d’entreprises sont montés au créneau pour défendre la lutte contre le changement climatique.

Mardi 6 juin, 143 villes, dont Los Angeles et New York, 9 Etats (sur 51), plus de 1.000 entreprises parmi lesquelles Apple, Amazon, Facebook ou Microsoft, ont lancé l’initiative We are still in. Comprendre : « Nous sommes toujours dans l’accord de Paris ». « Nous représentons 120 millions d’étasuniens et contribuons à hauteur de 6.200 milliards de dollars à l’économie américaine », précisent les signataires dans un communiqué, soit 40% de la population du pays. Sous la houlette du milliardaire et ancien maire de New York Michael Bloomberg, ils ont publié « une lettre ouverte à la communauté internationale », réaffirmant leur volonté d’atteindre, voire de dépasser les engagements pris par les Etats-Unis lors de la signature de l’accord de Paris. Pour rappel, le second plus gros pollueur de la planète avait alors promis de réduire ses émissions de CO2 de 26 à 28 % en 2025 par rapport à 2005.

« L’annonce de l’administration Trump fragilise un des principaux piliers de la lutte contre le changement climatique, remettant ainsi en cause notre capacité à éviter les plus dangereux et coûteux effets de ce dérèglement, écrivent-ils. Nous resterons activement engagés auprès de la communauté internationale et participerons aux efforts pour maintenir le réchauffement en dessous de 2°C. » Une déclaration qui réjouit Laurence Tubiana, négociatrice en chef pendant la COP21 : « c’est très encourageant de voir ces leaders avancer alors que le gouvernement fédéral recule. La vitesse à laquelle cette coalition si diverse s’est constituée est impressionnante et nous montre la force du mouvement climatique aux Etats-Unis », indique-t-elle dans un communiqué.

Mais cette initiative fera-t-elle le poids face à la détermination climaticide de l’administration Trump ? Tim White, recteur de la California State University, veut y croire. Il s’exprimait lors d’une conférence de presse commune sur internet de plusieurs décideurs américains : « Le changement climatique est un challenge global qui se relève au niveau local. Jusqu’ici, ce sont les villes, les états, les entreprises qui ont été essentiellement responsables de la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Même sans engagement fédéral fort, notre pays peut continuer sur cette voie. »

La gouverneure de l’Oregon, Kate Brown, espère un effet d’entrainement : " En trois jours, nous avons réuni plus de 1000 personnes, dont neuf Etats, mais d’autres pourraient suivre. Il est question de notre santé, du bien-être de nos enfants, de la compétitivité de nos entreprises, ce sont des enjeux cruciaux ! » L’Oregon a dors et déjà engagé des politiques écologistes ambitieuses, en termes de développement des énergies renouvelables ou d’infrastructures cyclables. « Nous avons mis en place des normes environnementales plus strictes que celles fédérales, et chaque Etat peut faire de même : ne laissons pas Washington dire ce que nous avons à faire. »

« Cette initiative rencontre un succès impressionnant, elle fait tâche d’huile, se félicite Dan Forger, de la fondation Bloomberg. Alors que la Maison Blanche décide de se mettre hors jeu, le reste de l’Amérique entre dans l’arène ! » La fondation du milliardaire a également annoncé qu’elle fournirait au bureau de l’ONU chargé du climat les 15 milliards de dollars qui équivalent à la contribution que devaient apporter les Etats-Unis.

En revanche, pas question de remplacer les Etats-Unis lors des futures COP. Aujourd’hui, seuls les Etats peuvent être parties des négociations climats. « Ce que nous voulons, c’est agréger nos efforts, quantifier les réductions de gaz à effet de serre atteintes par l’ensemble des membres de la coalition, et les faire connaître au monde en tant que contribution nationale des Etats-Unis », explique Dan Firger. Pour le moment, les leaders du mouvement n’avancent aucun chiffre précis, espérant encore engranger de nouveaux ralliements, notamment des Etats du Midwest, restés jusqu’à présents silencieux. « Notre message au monde est simple : l’Amérique reste à vos côtés, nous sommes toujours avec vous contre le changement climatique », abonde la maire de Salt Lake City, Jackie Biskupski.

Le gouvernement français annonce une "feuille de route" pour bientôt

Emmanuel Macron, Nicolas Hulot et Jean-Yves Le Drian ont rencontré les ONG écologistes jeudi 6 juin.

Les déclarations du président américain ont également fait réagir le gouvernement français. Lors d’une rencontre ave une vingtaine de représentants d’association (WWF, Réseau action climat, CLER, FNE, Oxfam,...) et des chercheurs (Jean Jouzel, Hervé Le Treut, Amy Dahan...) mardi 6 juin, le président de la République a affirmé vouloir "agir vite" en établissant une feuille de route qui sera signée dans les deux semaines. Au programme : une discussion en cours avec Angela Merkel sur le marché de la taxe carbone pour en rehausser le prix à 30 € la tonne, des engagements sur l’interdiction des nouveaux permis de recherche sur les hydrocarbures, la rénovation énergétique des bâtiments, la fiscalité du diesel, etc. Les priorités seront établies ce mercredi 7 juin en Conseil des ministres.

"[Emmanuel Macron] à la volonté de revoir à la hausse la contribution européenne à l’accord de Paris", analyse Morgane Créach, du Réseau action climat. "C’est plutôt une bonne nouvelle, juge pour sa part Benoît Hartmann, du Cler (Comité de liaison énergies renouvelables, avec prudence : "Nous sommes des Saint-Thomas de la transition énergétique : si nous n’avons pas les deux doigts dans la prise, nous n’y croyons pas."

Une prudence d’autant plus nécessaire que, comme l’a indiqué le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, Philippe Etienne, lors d’un point presse après la rencontre avec les ONG, "la France a des engagements européens, et la négociation avec ses partenaires n’est pas toujours facile. Le critères pourraient être renforcés, mais il est encore trop tôt." La décision de M. Trump a en effet refroidi l’ardeur climatique de plusieurs Etats : mardi matin, la ministre belge de l’Environnement, a ainsi estimé qu’il serait utile d’assouplir les objectifs de réduction des émissions de son pays.

Le gouvernement français sera aussi jugé sur un enjeu concret : la taxe européenne sur les transactions financières (TTF), dont le produit pourrait financer des actions d’économies d’énergie. Or la discussion sur l’adoption de la TTF a été retirée de l’ordre du jour de la dernière réunion des ministres de Finances de l’Union européenne (Ecofin) du 22 mai, à la demande de la France.




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Lire aussi : Contre la décision de Trump, « il faut sanctionner les États-Unis »

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre, avec Hervé Kempf et Moran Kerinec.

Photos :
. chapô : De nombreuses villes et institutions états-uniennes se sont illuminées de vert pour défendre l’Accord de Paris. C40 Cities via Twitter
. We Are Still In : Dawn Zimmer vi Twitter
. 2,25 milliards : Ceres via Twitter
. Emmanuel Macron et ministres lors de la réunion avec les ONG : Oxfam France

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