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ReportageLow-tech

L’éventail, le rafraîchissement simple et écolo qui ringardise la clim

« Trop chaud », lit-on sur cet éventail à Marseille, le 17 juillet 2025.

Durant les chaleurs, l’éventail est une des alternatives les plus écologiques aux clim’ et miniventilateurs. Difficile, pourtant, de le trouver made in France et à un prix abordable.

Champagne-au-Mont-d’Or (Rhône), reportage

De la dentelle, des perroquets, des citrons, la tour Eiffel. Les étagères de l’atelier de Véra Pilo dans la banlieue lyonnaise regorgent d’éventails aux couleurs chatoyantes. Des modèles en bois de poirier côtoient des essences plus exotiques en bubinga et kotibé. Véra Pilo attrape l’un d’entre eux, l’ouvre et le referme avec dextérité avant de s’éventer nonchalamment. « Plutôt que de mettre la climatisation, on peut s’éventer avec un objet qui ne pollue pas », s’exclame la souriante sexagénaire.

Dans les transports en commun, aux terrasses des cafés, dans les files d’attente... L’éventail est l’accessoire low-tech par excellence pour affronter les chaleurs. Il est l’antithèse des clim’ énergivores et autres miniventilateurs portables. Une solution écologique, alors que les canicules sont plus fréquentes et intenses en raison du réchauffement climatique.

C’est la « clim’ écolo qu’il vous faut », scande même Véra Pilo, qui détient une marque d’éventails éponyme. Cette ancienne publicitaire s’est lancée dans cet accessoire durant la canicule de 2003. D’origine espagnole, elle avait l’habitude de voir sa famille en utiliser et s’étonnait qu’ils soient absents des poignets français. Depuis, la marque vend près de 30 000 éventails chaque année à partir de 33 euros. Avec trois salariés, elle affiche une croissance insolente : près de 46 % ces derniers mois.

« Avec cette canicule précoce, on entendait Shopify [une plateforme de commerce électronique] sonner toutes les deux secondes [pour des commandes] », dit Véra Pilo, qui travaille avec son mari ainsi qu’une personne aux réseaux sociaux. Mi-juillet, ils avaient déjà « dû faire du réassort des boutiques partenaires ».

La marque Véra Pilo vend près de 30 000 éventails chaque année. © Alexandre Bagdassarian / Reporterre

Elle n’est pas la seule à profiter de cet engouement. La maison Duvelleroy, fondée en 1827 et relancée en 2010, le constate également, avec 7 000 éventails vendus en 2024 contre 6 000 l’année précédente. « Je pense que cela va devenir un objet nécessaire au quotidien avec le réchauffement climatique », explique Léa Dassonville, directrice artistique de la marque.

Des créatrices plus modestes se lancent aussi sur le marché, comme Maela Tual, qui a créé Soleian en 2022. Tissus chinés, recyclés et fabriqués en Provence, l’entrepreneuse se dit « engagée pour la planète ». Installée dans les Alpilles, dans les Bouches-du-Rhône, elle a fabriqué à la main 450 éventails en 2024, vendus à partir de 45 euros. Un rythme insuffisant pour en vivre. Elle cumule donc un autre emploi d’assistante de direction. « J’ai déjà monté les tarifs, il faut pouvoir payer les charges et les taxes. Mais je veux qu’ils restent accessibles à tout le monde », témoigne Maela Tual.

Pas de production française

L’éventail made in France, à un prix abordable, reste un défi. Tous sont fabriqués en Espagne, même ceux de la maison Duvelleroy, dont les modèles du quotidien, à partir de 57 euros, sont fabriqués dans la région de Valence. Seuls les éventails les plus onéreux, à destination des maisons de luxe, sont produits dans l’Hexagone. « C’est une question de prix, mais aussi de savoir-faire qu’on ne retrouve pas en France », précise Léa Dassonville.

Michel Schmitt effectue les dernières vérifications des modèles fabriqués dans des ateliers espagnols. © Alexandre Bagdassarian / Reporterre

Véra Pilo fait également fabriquer tous ses éventails à la main en Espagne. Des entreprises familiales, avec qui elle travaille depuis une quinzaine d’années, vivent également dans la région de Valence, berceau de cet artisanat.

« Ces familles ont été très affectées par les inondations [d’octobre 2024]. L’une d’elles a même dû arrêter de travailler, elle a tout perdu », raconte Michel Schmitt, conjoint de Véra Pilo et directeur artistique. Il est persuadé que l’éventail va devenir un « objet incontournable et familier. Chacun en aura un au fond de son sac à main et pourra le dégainer quand il faudra ».

Dans l’atelier de la marque Véra Pilo. © Alexandre Bagdassarian / Reporterre

À l’origine, un accessoire prisé... par les hommes

Cet accessoire utile peut-il séduire aussi les hommes ? Michel Schmitt s’arrête un instant, pensif. Il n’utilise pas d’éventail au quotidien. Sa collection est rangée au fond d’un tiroir. « Je pense que les cordonniers sont les plus mal chaussés », s’exclame-t-il.

Véra Pilo assure que la gent masculine s’intéresse à l’objet : « La semaine dernière, un homme est arrivé en disant “Ma femme aimerait avoir un éventail”. Il a demandé à voir des modèles, a commencé à s’éventer puis en a acheté deux pour lui. » Même constat chez Duvelleroy. « Il y a un véritable engouement masculin pour l’éventail, qui n’est plus vu comme un accessoire “excentrique” », précise Léa Dassonville.

Les modèles d’éventails stockés dans l’atelier de Véra Pilo. © Alexandre Bagdassarian / Reporterre

Historiquement, l’éventail était utilisé par les hommes. « À l’époque égyptienne ainsi qu’en Extrême-Orient, ils les utilisaient comme un symbole de puissance. Puis à l’époque grecque, les femmes s’en sont emparées. C’est devenu un symbole de féminité et de séduction », explique Anne Hoguet, éventailliste et maître d’art.

Cette grande spécialiste est à l’initiative de l’inscription des savoir-faire des éventaillistes français au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2020. Seuls cinq artisans sont recensés, dont un parti au Japon. Ils travaillent principalement à la rénovation des anciens modèles et pour des marques de luxe.

Ce sont d’ailleurs les maisons de haute couture, comme Christian Dior et surtout Karl Lagerfeld, qui ont remis l’éventail sur les podiums.


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