« Flippant », « paternaliste » : Macron inquiète à gauche
Le 16 janvier 2024, le chef de l’État a annoncé une panoplie de mesures lors d'une conférence de presse, donnant à voir un projet nostalgique, voire réactionnaire, pour la jeunesse et l’école . - © Ludovic Marin / AFP
Le 16 janvier 2024, le chef de l’État a annoncé une panoplie de mesures lors d'une conférence de presse, donnant à voir un projet nostalgique, voire réactionnaire, pour la jeunesse et l’école . - © Ludovic Marin / AFP
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Lors d’une conférence de presse, Emmanuel Macron a présenté le cap de son nouveau gouvernement : à droite toute. S’il a annoncé des mesures concernant les jeunes et l’école, il n’a rien présenté de neuf sur l’écologie.
Paris, reportage
Mais en quelle année sommes-nous passés ? Lors d’une conférence de presse tenue le 16 janvier devant plus de 200 journalistes réunis à l’Élysée, Emmanuel Macron a donné la sensation d’avoir quitté le XXIe siècle. Seul derrière son bureau bleu blanc rouge, le chef de l’État n’a cessé de vanter, pendant près de 2 h 30, tantôt « l’ordre », tantôt « l’autorité », ainsi que son récent concept de « réarmement civique » – comme si nous étions à l’aube d’une mobilisation générale pour entrer en guerre. L’écologie est restée en arrière-plan : aucune annonce, les bonnes décisions ont déjà été prises, a estimé le locataire de l’Élysée.
Emmanuel Macron s’adonne rarement (seulement deux fois depuis son élection en 2017) à l’exercice de la conférence de presse. Diffusé en prime time à la place des séries télévisées habituelles, il devait être un « rendez-vous avec la nation ». Il a surtout été l’occasion pour le locataire de l’Élysée de justifier son nouveau gouvernement – « le plus resserré et le plus jeune de la Ve République » – après des semaines de crise politique due à l’adoption de la loi Immigration. Et de relancer son quinquennat, avec un « nouveau cap » encore plus conservateur.
Au fil des questions des journalistes, le chef de l’État a donc annoncé une panoplie de mesures, donnant à voir un projet nostalgique, voire réactionnaire, pour la jeunesse et l’école : l’apprentissage systématique de la Marseillaise en primaire, l’étude des « grands textes fondateurs de la nation » une heure par semaine à partir de la 5e, la généralisation de l’uniforme en 2026 « si les résultats [de l’expérimentation actuelle dans 100 établissements] sont concluants », la généralisation du Service national universel pour les élèves en classe de seconde… Emmanuel Macron a également cité de possibles restrictions ou interdictions d’utilisation des écrans aux enfants – sans donner davantage de détails.
Vers un « réarmement démographique »
Les annonces d’Emmanuel Macron se sont principalement concentrées sur les questions d’éducation, à un moment où Amélie Oudéa-Castera, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, des Sports et des Jeux olympiques, est sous le feu des critiques après avoir menti pour justifier la scolarisation de ses enfants dans le privé.
En outre, le président de la République a évoqué un « réarmement démographique » à mener, alors que les chiffres de l’Insee publiés un peu plus tôt dans la journée ont montré que les naissances ne cessent de reculer en France depuis dix ans. « Notre France sera plus forte par la relance de la natalité », a affirmé Emmanuel Macron, annonçant la création d’un « congé de naissance » mieux rémunéré mais plus court que l’actuel congé parental, et la mise en place d’un plan de lutte contre l’infertilité — attendu déjà depuis deux ans.
Même s’il a profité de son temps de parole pour tacler le Rassemblement national, le qualifiant de « parti du mensonge » et de « l’appauvrissement collectif », le chef de l’État n’a pas caché la droitisation de son projet politique et de son gouvernement. Allant jusqu’à déclamer le slogan « Pour que la France reste la France », une expression utilisée auparavant par Les Républicains et Éric Zemmour (Reconquête). Sur X (anciennement Twitter), le président des Républicains Éric Ciotti s’est réjoui de cette reprise. « Espérons que cette prise de conscience aboutisse à des actes, a-t-il écrit. Les propositions des Républicains sont sur la table et sont les seules capables d’enrayer le déclin de notre pays. »
« Un discours lunaire et paternaliste »
« Uniforme, réarmement, ordre, morale, autorité, natalité, "bon sens"... C’était un rendez-vous avec une France qui sent le renfermé », a réagi sur X Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. « Un discours de politique générale lunaire et paternaliste. Flippant, vraiment. Et ringard », a déclaré de son côté Marine Tondelier, cheffe des Écologistes, sur le réseau social.
Déni climatique
Alors que les enjeux écologiques n’avaient plus été abordés publiquement depuis la nomination de Gabriel Attal – pourtant chargé de la planification écologique, en tant que Premier ministre – et que Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, était absent de la conférence de presse, Emmanuel Macron a enfin mis la question sur la table. Sans toutefois annoncer de nouvelles mesures, se contentant de citer les projets de RER métropolitains, de leasing de véhicules électriques, et de rénovation des bâtiments. Des annonces déjà faites depuis des mois.
Interrogé par Reporterre sur sa capacité à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre – le Haut conseil pour le climat répétant chaque année, depuis 2019, que « l’action publique n’est pas suffisante pour garantir les objectifs de 2030 » – Emmanuel Macron s’est muré dans le déni, préférant rappeler que l’instance avait tout de même salué les progrès faits depuis 2017.
« Je ne vais pas vous annoncer un nouveau cap écologique, parce que je pense qu’on a pris des décisions historiques et qu’elles sont les bonnes », s’est-il vanté. Et de poursuivre : « Le temps n’est plus aux annonces, il est à faire sur le terrain », citant notamment le travail mené par le secrétariat général à la planification écologique, les COP régionales et le futur déploiement de nouveaux réacteurs nucléaires.
Il y avait encore un parfum de déni lorsque, interrogé sur les risques de submersion par la mer des villes du nord de la France, Emmanuel Macron a simplement déclaré : « On continuera à vivre à Dunkerque, à Calais. Comment ? En adaptant. (…) On va progressivement adapter nos villes, nos paysages. Il n’y a aucune fatalité. »
Le président de la République a également estimé qu’il existait toujours « trop de normes inutiles qui découragent les entrepreneurs, les industriels, les commerçants, les agriculteurs, les artisans, les maires, ceux qui font ». Autrement dit, qu’il allait falloir « supprimer des normes » et « réduire les délais ». Une déclaration qui rappelle la loi Asap (loi d’accélération et de simplification de l’action publique) de 2020, qui avait à l’époque affaibli le droit de l’environnement.
Après cette grand-messe, viendront la semaine prochaine les dernières nominations de ministres délégués et de secrétaires d’État (on ne connaît notamment pas encore le successeur de Clément Beaune, ministre délégué aux Transports), puis le discours de politique générale de Gabriel Attal. Le Premier ministre devra présenter aux parlementaires sa feuille de route, notamment sur la planification écologique. Le successeur d’Élisabeth Borne a déjà fait savoir que, comme elle, il ne sollicitera pas le vote de confiance des députés et des sénateurs. Tout un symbole.