123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ReportagePolitique

François Ruffin rêve de bâtir une « maison commune » à la gauche

Le député François Ruffin prononce un discours lors d'une réunion à Flixecourt, dans la Somme, le 31 août 2024.

François Ruffin a fait sa rentrée politique le 31 août dans la Somme. En rupture avec LFI, le député a plaidé pour la création d’une « maison commune », rassemblant au-delà des partis, sans toutefois en poser la première pierre.

Flixecourt (Somme), reportage

À Flixecourt, les longs murs de briques rouges des usines textiles Saint Frères rappellent le passé industriel de la commune, creuset de la fortune de Bernard Arnault et théâtre du documentaire Merci patron !. Face à 1 500 personnes, contraintes par une pluie battante de s’abriter dans la salle communale du Chiffon rouge, François Ruffin a fait sa rentrée politique, le samedi 31 août.

Pour le député Picardie Debout !, Flixecourt est un symbole à plus d’un titre. Bien que les maires communistes s’y succèdent depuis 1965, ses habitants ont voté majoritairement pour l’extrême droite aux dernières élections législatives, comme dans de nombreuses communes rurales françaises. Avec 33,9 % des voix au premier tour, François Ruffin n’y est arrivé que second, derrière le Rassemblement national (RN). Un lourd revers puisqu’il rassemblait 55,4 % des voix en 2022.

Faire sa rentrée à Flixecourt, c’est enfin acter sa rupture avec La France insoumise (LFI), dont il a quitté le groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Alors qu’il considère que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon tourne le dos à ce qu’il nomme « la France des bourgs », François Ruffin tient à y réaffirmer sa présence. « J’ai alerté : nous avons ici un bastion, qu’est-ce qu’on en fait ? On m’a répondu par l’abandon. C’est un choix acté, délibéré, théorisé », soutient le député.

« Gagner »

François Ruffin en est persuadé : la prochaine bataille politique opposera la gauche et l’extrême droite. Mais comment la « gagner » — terme sous lequel Picardie Debout ! a placé sa journée ?

C’est sur cette question que le député a choisi de faire plancher ses militants. Ainsi, derrière les jeux gonflables, le terrain de pétanque improvisé, ou le « Qui est-ce ? » géant à l’effigie de personnalités politiques, les débats sont sérieux, voire graves.

Lire aussi : En terres rurales, « les oubliés de la politique » prêts à choisir le RN

« Il faut dire aux ruraux des choses qui les concernent et s’adresser à leurs leaders d’opinion : les artisans, les commerçants… », suggère Guillaume, maire d’un petit village dans le Berry. « J’ai passé un de mes plus beaux 14-Juillet dans une fête organisée par Picardie Debout ! dans un bastion du RN. Les gens sont contents de nous voir, il ne faut pas croire que l’on se fera forcément jeter », soutient Lynda Idriss, vice-présidente de Picardie Debout ! et intervenante lors d’un des deux débats de la journée, intitulé : « Se faire aimer, une gauche populaire ».

Des idées, mais pas de structure nationale

François Ruffin s’est lui-même livré à l’exercice. « Si, pendant deux ans, nous avions placé les questions sociales, économiques et écologiques au cœur de notre projet, avec comme objectif de rassurer et d’apparaître comme un pôle de stabilité, je pense que nous aurions bien davantage gagné », affirme-t-il. Brièvement, le député développe ses idées en matière d’écologie. « La transformation climatique, écologique, c’est du travail. Si on veut refaire toutes les canalisations, isoler 5 millions de passoires thermiques, [...] remettre des camions sur des rails, c’est du travail. »

Mais quelle structure pour porter ce programme ? S’il loue le Nouveau Front populaire, François Ruffin lui trouve aussi des limites, comme l’incapacité à accueillir les militants qui se sont investis dans la dernière campagne des législatives. « Ce sont toujours quatre appareils [LFI, PS, Écologistes, PCF], quatre dirigeants, pas les députés, qui ne sont pas consultés, et pas les militants. [Ce qui nous manque], c’est une maison commune », suggère-t-il.

Si le député se juge, pour l’heure, dans l’incapacité de bâtir lui-même cette maison, il s’autorise tout de même à y songer… et à faire des propositions surprenantes pour penser un parti en capacité « de se faire aimer ». « Nous pourrions demander à ce que les militants aient l’obligation d’avoir un engagement auprès des gens, interdire le parachutage, imposer la parité sociale, pour que les diplômés n’écrasent pas toujours les employés ou les ouvriers… », égrène-t-il.

En attendant, les bras manquent pour bâtir cette « maison commune ». Pour preuve, si les députés Alexis Corbière, Clémentine Autain, fondateurs de L’Après, ou encore Damien Maudet (député LFI et ex-assistant parlementaire de François Ruffin), ainsi que quelques personnalités politiques comme Stéphane Troussel, président (Parti socialiste, PS) du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, ou Léon Deffontaines, tête de liste du Parti communiste français (PCF) aux élections européennes, ont fait le déplacement, l’événement est encore loin d’attirer largement les élus de gauche.

legende