Hollande au secours d’une ruralité qui sort du déclin

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15 septembre 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Grand défilé gouvernemental dans les rues de Vesoul. Lundi 14 septembre, François Hollande s’est rendu, accompagné de douze ministres, au chevet de la « ruralité ». Mais les mesures annoncées ne convainquent pas. Pourtant, les études démographiques montrent que les campagnes ne déclinent plus.

« Nous sommes aujourd’hui lundi en Haute-Saône pour montrer notre attachement aux territoires ruraux. La ruralité, c’est un signe de modernité et une chance pour la France. » Quelques mots à l’entrée d’une fabrique de meubles made in France, un bain de foule dans les rues vésuliennes, et un « comité interministériel aux ruralités ». François Hollande a sorti le grand jeu.

La journée a tout d’une « opération séduction », à quelques mois des élections régionales qui s’annoncent douloureuses pour le pouvoir socialiste. Mais le Président de la République se défend de toute stratégie électorale. Il s’agit avant tout d’apporter « des réponses et une vision à ces territoires ruraux, leur dire que non seulement ils ont de l’avenir, mais que la France a besoin d’eux. » Il en veut pour preuve ses 21 mesures « en faveur du développement rural ».

Les mesures annoncées :

Santé. 700 médecins généralistes seront formés à l’aide médicale d’urgence pour permettre qu’« aucun habitant ne soit à plus de trente minutes d’un service d’urgence d’ici 2017 ». L’installation des médecins en milieu rural sera aussi favorisée.
Numérique. Plus de trois milliards d’euros ont été dégagés pour le très haut débit. Avant la fin de l’année, tous les départements auront été inclus dans ce plan.
Transports. Des aides seront adoptées pour « préserver les stations services indépendantes », et des bornes de recharge électriques devraient être installées tous les cinquante kilomètres.
Simplification. Hollande a également annoncé « une nouvelle vague de simplification dans trois domaines en zones rurales : la gestion des bâtiments publics, l’organisation des activités sportives et le fonctionnement des collectivités locales ».

« Aller contre l’idée que les campagnes sont archaïques »

« Ce n’est pas une annonce conjoncturelle pré-électorale qui va changer des années de politiques qui ont déconstruit l’économie rurale », s’agace Jean-Claude Balbot. Éleveur bovin dans le Finistère, il est un des administrateurs de la Fédération nationale des Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et milieu rural). « Les campagnes s’appauvrissent, les habitants se sentent isolés, et tout ce qu’on nous propose, c’est une nouvelle pompe à essence et de la 4G ! »

Jean-Claude Balbot refuse pour autant de considérer nos campagnes comme des espaces condamnés à la désertification. « Il y a de plus en plus de jeunes qui veulent s’installer loin des villes devenues inhabitables », constate-t-il. « Il faut les soutenir, et aller contre cette idée largement répandue que les campagnes sont archaïques. »

L’agriculture, « poutre maîtresse de la ruralité »

Pour lui, la survie – et la renaissance - des espaces ruraux passe par un changement radical des politiques agricoles, « poutres maîtresses de la ruralité ». « Il faut faciliter l’installation de petites fermes, non dépendantes des aides publiques », précise-t-il. « Les fermes doivent être moins spécialisées, avec plusieurs activités, comme l’accueil paysan ou les fermes pédagogiques. »

Un constat partagé par la Confédération paysanne, réunie lundi matin à Vesoul en marge de la visite présidentielle. Pour son porte-parole, Laurent Pinatel, « la ruralité, ce sont les paysans, c’est tous les services publics qu’on est en train de détruire massivement. » Il a ensuite rappelé que la solution ne passait pas par une enveloppe de quelques milliards d’euros supplémentaires, mais par une meilleure répartition des aides aux agriculteurs : « Arrêtons de balancer du fric dans les agricultures qui s’industrialisent de plus en plus, et on arrivera à trouver des solutions pour la ruralité. »

Réunion avec, de gauche à droite, Laurent Pinatel, Stéphane Le Foll, François Hollande, Manuel Valls

Faire fleurir les milliers d’initiatives

Du côté des Foyers ruraux, on pense que la solution passe également par la culture. « Un couple de jeunes ne s’installe durablement en milieu rural que s’il peut y trouver un emploi, un logement, une école, et peut-être surtout, s’il y trouve de la vie », peut-on lire sur leur site. « Il n’y a pas que l’entrée économique », nous confirme Denis Perrot, animateur à la confédération nationale des Foyers ruraux. « Il y a sur le terrain des milliers d’associations qui maintiennent la vie et le lien dans les villages, par la culture et par les arts notamment. » Cinéma itinérant, « bibliobus », ou sensibilisation au patrimoine local sont autant d’initiatives citoyennes en faveur du développement rural.

Rassemblement de la Confédération paysanne

Signe que les temps – et les mentalités – changent, l’Insee constate un ralentissement de l’exode rural : « La population des espaces ruraux français augmente à nouveau et compte 11,1 millions d’habitants en 2007, retrouvant, en volume, son niveau du début des années 1960. » On compte ainsi près de 75 000 habitants supplémentaires chaque année entre 1999 et 2007. 





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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : Confédération paysanne

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