Les rénovations énergétiques globales enfin soutenues par l’État
Rénovation énergétique de la façade d'une maison à Valence. En 2024, les aides favoriseront les rénovations dites «multi-gestes». - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Rénovation énergétique de la façade d'une maison à Valence. En 2024, les aides favoriseront les rénovations dites «multi-gestes». - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Après des années à financer des travaux au coup par coup, les nouveaux barèmes d’aides à la rénovation énergétique encouragent enfin les rénovations globales. Un revirement tardif, dans un contexte économique peu favorable.
Est-ce l’effet des actions cumulées de désobéissance civile ou une réelle prise de conscience politique ? La dernière mouture des aides à la rénovation des logements pour 2024 s’avère, au moins sur le papier, relativement ambitieuse.
Première avancée : une hausse importante du montant des travaux pris en charge pour les ménages modestes et très modestes, avec une hausse de 1,6 milliard d’euros du budget global 2024 de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), portant les financements publics pour la rénovation énergétique à 5 milliards d’euros.
C’est toujours très loin des 12 milliards nécessaires et refusés en recourant à l’article 49.3 de la Constitution il y a un an déjà, mais la trajectoire s’améliore d’année en année. Et surtout, les aides poussent enfin à la rénovation dite « multi-gestes », avec plusieurs types de travaux réalisés conjointement.
Prise en charge jusqu’à 90 % du coût des travaux
Prenons le cas maximal : un couple aux revenus très modestes — gagnant moins de 35 000 € par an — vivant à deux dans une passoire énergétique très mal isolée (étiquette G) en Île-de-France. S’il réalise une rénovation globale permettant de passer son logement en étiquette C, il pourra bénéficier d’une prise en charge jusqu’à 90 % du montant des travaux jusqu’à 70 000 € hors taxe, soit 63 000 euros d’aides potentielles.
Pour le reste des dépenses non prises en charge, il sera également possible de recourir à un éco-prêt à taux zéro pouvant aller jusqu’à 50 000 € et sur vingt ans. Pour les ménages aux revenus modestes, la prise en charge ira quant à elle jusqu’à 60 % du montant hors taxe des travaux (70 % si sortie de l’état de passoire) et tombe à 45 % pour les revenus dits moyens.
Des travaux contre les chaleurs de l’été
Pour bénéficier de ces taux, il faudra désormais réaliser au minimum deux actions de rénovation. Le trio gagnant est par exemple l’isolation des murs ou du toit, l’installation d’un système de ventilation et le changement du mode de chauffage.
Ce resserrage bienvenu arrive après des années à financer sans compter le remplacement d’un chauffage obsolète (deux tiers des aides en 2022 selon l’Anah) par des pompes à chaleur ou des poêles à bois. En 2024, le gouvernement va maintenir cette aide jusqu’à 5 000 € pour les pompes à chaleur air/eau, mais, à partir du mois de juillet, elle ne sera plus accessible aux logements classés F ou G.
Si le gouvernement veut avant tout diminuer rapidement les émissions de CO₂ du secteur du bâtiment pour tenir ses objectifs, il semble avoir enfin compris qu’installer une pompe à chaleur dans un logement plein de courants d’air n’intéresse que les revendeurs des machines au détriment des ménages précaires.
Enfin, dernière nouveauté, mise en œuvre à partir du 1ᵉʳ juin prochain : le financement de travaux spécifiques à l’amélioration du confort d’été avec un financement pour des brasseurs d’air fixes et des protections solaires des parois vitrées. Dommage d’avoir jusqu’ici financé massivement des climatiseurs réversibles (pompe à chaleur air/air).
Au départ prévu pour être généralisé dès cette année, le conseil de « Mon accompagnateur Renov » ne concernera finalement que les projets de rénovation globale, les plus précaires en bénéficiant déjà sous une autre appellation (Ma prime rénov’ sérenité).
Après les problèmes de fraude et de malfaçons liés à la certification des artisans, des interrogations subsistent sur les acteurs qui pourront réaliser cet accompagnement. Il pourrait être fait par des entreprises privées. Un problème qui, s’il n’était pas réglé, pourrait altérer encore un peu plus la confiance envers un secteur qui ne s’est toujours pas débarrassé du démarchage abusif par téléphone voire à domicile, notamment par des sociétés qui se font passer pour des organismes officiels — certaines depuis poursuivies pour « pratiques commerciales trompeuses ».
Artisans débordés et coûts en hausse
Enfin, le contexte économique est relativement peu favorable : les artisans, pas assez nombreux, sont débordés par le nombre de chantiers, et voient le coût des matières premières augmenter. Conséquence : entre le dépôt d’une demande d’aide et la réalisation concrète des travaux, les devis initiaux peuvent, si l’on n’y prend pas garde, gonfler largement.
S’y ajoutent des taux d’intérêts bancaires élevés qui, malgré l’existence de l’éco-prêt, freinent les ardeurs d’achat de maison et des projets de travaux en général. De même, la hausse du coût de la vie relègue les investissements de rénovation au second plan, même si, bien menée, elle s’avèrera bénéfique à moyen terme.