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Luttes

Fini le périph’ bloqué : Dernière rénovation tire sa révérence

Des militants de Dernière rénovation ont bloqué l'Arc de Triomphe à Paris, le 8 décembre 2022.

Dernière rénovation s’arrête, pour mener bataille sur autre chose que la rénovation énergétique des bâtiments. Le collectif est connu pour avoir bloqué des axes routiers ou aspergé de peinture orange des façades.

Des militants en gilet orange assis sur le bitume, bloquant le périph’ parisien. Des automobilistes excédés, qui les insultent, et tentent de rétablir la circulation. Tout ça, c’est terminé.

Le collectif Dernière rénovation a annoncé le 18 décembre mettre fin à sa campagne de désobéissance civile en vue d’une rénovation énergétique des bâtiments. « Il est temps de voir plus grand et d’être plus ambitieux, car la réalité scientifique nous oblige à passer à la vitesse supérieure », a déclaré une porte-parole lors d’une conférence de presse.

Leur prochaine cible ? Un mystère. « Nous voulons garder la main sur la communication, nous sommes dans un jeu médiatique. On ne veut pas juste un petit mot à la fin d’un article, mais une annonce forte », explique à Reporterre Simon, membre de Dernière rénovation.

Bloquer les autoroutes, Roland-Garros...

Inspiré par le militant britannique controversé Roger Hallam, le collectif s’est lancé en avril 2022 avec un objectif : faire de la rénovation énergétique des bâtiments un sujet médiatique national. Une question technique, mais incontournable dans la transition climatique : 20 % des émissions de gaz à effet de serre viennent du secteur résidentiel.

Bloquer les axes routiers a été au centre de la stratégie du collectif. Twitter/Dernière rénovation

Pour faire parler d’eux, les militants ont opté pour une stratégie séduisante et critiquée. Ils ont bloqué divers axes routiers, provoquant la colère et l’incompréhension des automobilistes qui ne voyaient pas toujours le rapport avec le sujet de la rénovation énergétique.

On se souvient aussi d’Alizée, qui s’était attachée au filet du court de tennis pendant le tournoi de Roland-Garros. Ou plus récemment des jets de peinture orange sur les façades des ministères. Des actions pour lesquelles beaucoup de militants sont aujourd’hui en procès.

Alizée, militante écologiste du collectif Dernière rénovation, s’est attachée au filet durant Roland-Garros, le 3 juin 2022. © Collectif Dernière rénovation

« Créer une pression sur le sujet »

Le collectif assure dans un communiqué avoir eu des « résultats tangibles » à la suite de ses campagnes. Il cite l’adoption à l’Assemblée nationale d’un budget de 12 milliards d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments dans le projet de loi de finances 2023. Un amendement balayé par l’utilisation du 49.3. « C’était une victoire énorme, suivie d’une désillusion qui ne fait qu’étayer la dérive autoritaire du gouvernement », poursuit Simon.

Autre avancée : les résultats de la commission d’enquête du Sénat en décembre 2022, qui reprend ses recommandations. Ou encore le coup de pouce de 1,6 milliard d’euros de MaPrimeRénov’ dans le budget 2024.

Des membres de Dernière rénovation ont aspergé de peinture les préfectures de diverses métropoles, le 22 mars 2023. Twitter/Dernière rénovation

Tout cela reste pourtant insuffisant pour une politique de rénovation ambitieuse. En 2023, seules 15 000 maisons ont perdu leur glaçante étiquette G ou F. « Il reste un manque cruel d’ambition, concède Simon. Mais notre rôle était de créer une pression sur le sujet pour que d’autres acteurs puissent s’en emparer. On leur fait confiance pour continuer à mener le combat. »

Parmi ces acteurs, la Fondation Abbé Pierre, engagée sur la question du mal-logement depuis trente ans. « Dernière rénovation a fait de ce sujet très technique un enjeu citoyen prioritaire, explique Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre. Ils ont mis un coup de projecteur utile pendant deux ans et je comprends qu’ils aillent sur d’autres causes. » D’autant qu’il n’est pas toujours facile de rester expert sur un sujet aussi technique, dont les réglementations changent très rapidement.

« Hacker les médias »

Il faut également se plier au jeu médiatique avide de nouveautés. « Quand on surprend, quand on a des nouveautés, quand on change de revendication, on a plus facilement des reprises médiatiques », poursuit Simon.

Suivre les règles de la société du spectacle permettrait de rester audible. « Pour intervenir dans le champ médiatique, il faut faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire, sinon pourquoi leur tendre le micro ? s’interroge Manuel Domergue. S’ils veulent aller plus loin, il faudrait faire des choses qui les exposeraient à des peines de prison plus lourdes. Est-ce que cela en vaut la peine ? »

Dans tous les cas, Dernière rénovation n’avait pas été conçu pour devenir une ONG traditionnelle de plaidoyer politique, comme le rappelle Franck, membre d’Extinction rebellion et ancien membre de Dernière rénovation : « C’était conçu dès le départ comme un coup médiatique plus que comme une chose qui devait être pérenne. Leur stratégie, c’était d’hacker les médias et de retenir leur attention. »

Un objectif qui semble réussi. « En 600 jours d’existence, le nombre d’articles de presse sur le sujet a doublé », assure Simon. Reste à convertir cela en résultats politiques.

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