« Inadmissible ! » L’énorme incinérateur d’Ivry, très polluant, n’est toujours pas arrêté
Syctom, le plus gros centre d'incineration de déchets d'Europe, à Ivry-sur-Seine. - © Corinne Simon / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Syctom, le plus gros centre d'incineration de déchets d'Europe, à Ivry-sur-Seine. - © Corinne Simon / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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La mise en service de l’incinérateur d’ordures ménagères, censé remplacer la vieillissante usine d’Ivry-Paris-13, a encore été retardée. Les riverains, qui dénoncent la pollution liée à cette infrastructure, ne décolèrent pas.
La nouvelle unité de valorisation énergétique (UVE) prévue pour remplacer le vieil incinérateur d’ordures ménagères d’Ivry-Paris 13 sera-t-elle un jour fonctionnelle ? À l’origine prévue pour 2023, puis pour 2024 et fin 2025, sa mise en service a (encore) pris du retard : celle-ci aura finalement lieu « au plus tard le 30 septembre 2026 », a annoncé le Syctom — le service public de traitement des déchets ménagers en Île-de-France — le 11 décembre 2025.
Alors que Le Parisien révélait le 15 décembre que ce nouveau calendrier était dû à un incident survenu le 6 octobre lors d’une phase d’essais du nouvel incinérateur [1], le collectif de riverains Réduire, Réutiliser, Recycler (3R), qui dénonce régulièrement la pollution au monoxyde de carbone, aux dioxines et aux dioxines de soufre liée à l’usine actuelle, ne décolère pas.
Cours d’écoles pollués aux métaux lourds
« Nous faisons partie du bureau de la commission de suivi de site chargée de surveiller l’usine, et pourtant nous avons été informés de cet énième accident par la presse ! Ce manque de transparence est inadmissible et renforce l’inquiétude des nombreux riverains vivant à proximité », dit à Reporterre Mathilde Rousseau, coprésidente du collectif 3R, pour qui la prolongation du vieil incinérateur pendant encore dix mois est un « scandale ».
Construit en 1969, celui-ci est exploité dans une zone située à cheval entre le 13ᵉ arrondissement de Paris et Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) depuis près de soixante ans. Ce, alors même qu’un avis de l’Autorité environnementale émis en 2018 affirme que « la durée normale d’exploitation de ce type d’installation est de l’ordre de quarante ans » et que les incidents et alertes sur la pollution engendrée par cette usine se sont multipliés ces dernières années.
Comme le racontait Reporterre en avril 2025, une étude a établi que les cours de certaines écoles d’Ivry-sur-Seine étaient polluées aux métaux lourds en raison des rejets de l’incinérateur, qui est le plus grand d’Europe. De même, en septembre 2025, notre journal soulignait la présence de PFAS — des polluants éternels toxiques pour les humains — dans les filtres d’aération d’écoles situées à côté de ce site traitant chaque année 700 000 tonnes de déchets émises par 1,5 million d’habitants.
Lire aussi : Les écoliers exposés aux PFAS autour de l’incinérateur d’Ivry
Dans une enquête publiée le 6 janvier, Le Monde a en outre révélé comment plusieurs « dépassements » de concentration en dioxines — des polluants organiques persistants classés cancérogènes pour les humains par le Centre international de recherche sur le cancer — imputables au four 2 de l’infrastructure avaient été identifiés en 2024 et 2025.
Dépassement des normes de dioxines et de monoxyde de carbone
« C’est via “Le Monde” que nous avons appris que l’accident du 24 septembre 2025 avait mené à un dépassement des normes de dioxines et de monoxyde de carbone dans le four numéro 2, mais aussi qu’un accident d’exploitation ayant mené à des émissions atmosphériques non conformes avait eu lieu le 1ᵉʳ novembre 2025 », s’indigne Mathilde Rousseau, dont le collectif a lancé une pétition pour demander la fermeture définitive de ce « four 2 vétuste et dysfonctionnel ».
« Alors qu’il est prévu que le nouvel incinérateur ait une capacité de traitement des déchets de 350 000 tonnes, la fermeture du four 2 permettrait en outre de respecter dès à présent cet engagement, lequel, encore une fois, était censé devenir effectif dès 2023 », ajoute-t-elle, appelant à ce que « le principe de précaution soit appliqué afin de protéger la santé des populations vivant autour ».
Contacté par Reporterre, le Syctom n’a pas donné suite — dans un entretien donné au Parisien en décembre 2025, son président évoquait une « usine très performante » restant « complètement dans les normes environnementales en vigueur ».
Une usine si performante qu’un arrêt du four 2 (du 9 janvier au 7 février) a été exigé par un arrêté préfectoral — 11,68 millions d’euros hors taxe de travaux de « gros entretien réparation » sont déjà programmés pour 2026, cette somme incombant aux 81 communes membres du Syctom. Le but de cette opération selon la préfecture du Val-de-Marne : réaliser un « contrôle approfondi » des équipements.
Le four 1, quant à lui, a connu une coupure d’alimentation dans la nuit du 8 au 9 janvier en raison d’un défaut sur le réseau électrique causé par la tempête Goretti. « Par mesure de sécurité, des fumées ont été évacuées dans l’atmosphère pendant quarante-quatre minutes au total », a écrit dans un communiqué le Syctom, sans préciser la nature des fumées en question.