“J’ai appris que les petits gestes ont un impact impressionnant”

Durée de lecture : 5 minutes

17 octobre 2015 / Mathieu Clavel (Reporterre)

Comment transmettre la protection de l’environnement aux jeunes ? Réunis dans les locaux de l’Association d’Education Populaire Charonne Réunion (AEPCR), une trentaine de personnes en ont discuté avec de jeunes animateurs, transformés en apprentis journalistes le temps d’un atelier média mené avec Reporterre dans le XXe arrondissement de Paris. Récit.

Menée dans le cadre du projet « Climat et quartiers populaires », une Rencontre de Reporterre s’est déroulée jeudi 15 octobre à Paris. Elle a permis de restituer le travail de reportage de jeunes animateurs sur leur quartier (publié sur Reporterre) et de réfléchir ensemble à l’éducation à l’environnement.


Tout a commencé par un round de présentation. Yahia, coordinateur de l’Association d’éducation populaire Charonne Réunion (AEPCR), rappelle que “tous les jeunes se sont impliqués, bien entourés pour une démarche intéressante”. Cette démarche, c’est une sorte de cours de journalisme prodigué aux jeunes de l’association par Emilie Massemin, journaliste de Reporterre. Le but ? Dans le contexte de la COP 21, faire réaliser par des habitants de quartiers populaires, à qui l’on ne donne jamais la parole dans les médias dominants, des articles en lien avec le réchauffement climatique.

Pour les jeunes de l’AEPCR, qui sont eux-même en contact avec les plus jeunes de leur quartier au sein de l’association, l’approche a tout de suite été pro, à en croire David : “On s’est demandé comment trouver quelque chose en rapport avec l’environnement pour plaire aux gens”. Mariamou, elle, préfère revenir sur les produits ménagers bio qu’elle a découverts. Et Clément de conclure les présentations : “Moi j’ai appris que les petits gestes, comme éteindre la lumière, ça peut avoir un impact impressionnant”.

David et Clément

Marie-Noëlle Botte, directrice de l’association les Fourmis vertes, qui promeut “l’éducologie urbaine”, est sur la même ligne que Clément : “L’important c’est de changer de direction, on peut toujours aller plus loin et faire un petit pas de plus”. Dans le public, on s’inquiète des conséquences, à savoir si ces jeunes vont continuer à s’investir pour l’écologie. Affirmatif : “Avant je jetais plein de trucs par terre. Après avoir rencontré les fourmis vertes j’ai arrêté”, répond Clément. Un point pour l’écologie. Marie va, elle, transformer l’essai au travail : “Je viens de passer mon BAFA [Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur], l’atelier m’a donné des idées pour faire des activités avec les jeunes”.

Marie-Noelle Botte promeut « l’éducologie urbaine »

Thierry Barré, qui représentait le conseil de quartier pour cette soirée d’échange, expose ses pouvoirs : “Nous sommes une interface entre les citoyens et la mairie. Tout le monde peut venir nous proposer un projet. On ira le défendre devant le maire, qui a un budget écologie, et avec lequel on peut faire des choses”. Les mentalités changent avec l’éducation, y compris chez les plus jeunes : “Je voyais une petite fille il y a peu dans le quartier qui faisait des aller-retours entre un arbre et une fontaine. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a répondu ’Mais tu ne sais pas que eux aussi ils ont soif ?’ J’ai trouvé ça drôle”.

"Ne pas se laisser embarquer par la pub"

Chris Begneux, passée par l’association Cultures en herbe, martèle la possibilité de s’engager, quels que soient les moyens, quelles que soient les populations. “On s’adressait à des personnes dévaforisées, des polyhandicapés, des malades psychiatriques. On nous disait ’Ils ont trop de problème, on ne peut pas les aider’. Mais ce sont les premiers concernés. L’alimentation change quand on est éduqué sur ces problématiques”. Avec comme figure de proue l’image d’une mère de famille seule pour élever ses quatre enfants : “Elle ne voulait plus empoisonner ses enfants avec les pesticides des légumes de supermarché. Elle a contacté Biocoop et récupère leurs invendus qu’elle partage avec ses voisins”. Mieux, avec moins. Et un message qui sonne doux : “Ne pas se laisser embarquer par la pub”.

Au moment des questions, Florence Herrero, une enseignante du XXe arrondissement, demande aux apprentis journalistes quel sens prend pour eux la lutte pour l’environnement. Ameni prend le micro : “J’ai grandi sur une terre à peu près propre. Ma génération n’a pas connu le réchauffement climatique. Je voudrais que ceux qui nous succèderont sur terre connaissent cela aussi”. Rires dans l’assistance. Si le propos n’est pas scientifiquement exact, l’altruisme est partagé. Amine : “On a de la chance de vivre en France alors qu’en Afrique ou en Asie certains pays sont beaucoup plus pollués. Tout le monde n’est pas conscient de ça, mais les petits gestes à réaliser au quotidien, ça, ça touche les gens”.

Une autre voix s’élève dans le public : “Avant je voyais des papiers partout par terre et quand je demandais aux jeunes de ramasser ils me disaient ’c’est pas moi’. Aujourd’hui je ne vois plus de papiers, c’est un signe“. Puis un monsieur pousse un coup de gueule contre “tous ces maires qui veulent leur piscine, leur patinoire. Ma génération a été dopée à la dette, mais la condition de cette dette, c’est la destruction de la planète”.

Marie : « Pas facile de faire un reportage après une journée de travail »

Hafid, un habitant du quartier interrogé en juillet, clôture cette soirée par un regret : “Quand vous avez fait cet atelier média, vous transmettiez votre message par la parole mais pas par le feeling. Vous posiez les questions en attendant qu’on vous donne les réponses”. Marie répond en évoquant la fatigue d’enchaîner une journée de travail et les reportages. Amine assume : “On posait en effet des questions pour avoir des réponses”. Et Ameni avoue : “Ça n’est pas notre métier. On avait peur d’aller poser les questions. On se refilait le bébé en disant ’vas-y toi !’ On était timides !”. C’est le métier qui rentre.


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Lire aussi : le dossier Climat et quartiers populaires

Source : Mathieu Clavel pour Reporterre

Photos : © Mathieu Clavel/Reporterre


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