« J’ai l’immodestie de penser que mon action est utile »

Durée de lecture : 3 minutes

20 octobre 2015 / Nicolas Hulot

Nicolas Hulot poursuit le débat sur Reporterre et répond à notre lettre ouverte. « J’assume pour ma part d’avoir toujours choisi de créer des passerelles plutôt que des fossés », écrit-il.

Cher Hervé Kempf,

L’article de Reporterre du 7 octobre « À quoi Nicolas Hulot sert-il ? » et votre lettre ouverte du 16 octobre m’incitent à vous écrire quelques lignes.

Le débat sur les différentes modalités d’action est infini. Ma conviction est que c’est par la convergence des expressions et des formes de mobilisation que nous parvenons à avancer et à gagner des combats écologistes.

Cher Hervé Kempf, nous partageons souvent les mêmes ambitions mais nous empruntons des chemins différents. Ne perdez pas de temps à les opposer. L’urgence climatique et écologique nous oblige à tout tenter et à tous agir en même temps, et de façon complémentaire. La division ou les querelles sur les moyens d’action ne servent que les ennemis de l’écologie. Chaque action et stratégie ont leur efficacité et leurs limites, les vôtres comme les nôtres, et personne n’a le monopole de l’action.

Convaincre 365 jours par an au cœur de l’appareil

J’assume pour ma part d’avoir toujours choisi de créer des passerelles plutôt que des fossés, sous des formes diverses pour élaborer des solutions et les mettre au débat.

J’ai l’immodestie de penser que mon action, et notamment depuis trois ans avec cette double-casquette qui questionnait beaucoup, est utile. Tout d’abord pour convaincre 365 jours par an au cœur de l’appareil. Mais aussi pour mettre en œuvre la contribution énergie-climat, pour relancer la taxe sur les transactions financières, pour rééquilibrer la fiscalité gasoil-essence, pour que la France prenne des initiatives sur le prix du carbone, pour faire du risque carbone et de la transition énergétique des critères stratégiques pour les investisseurs, pour promouvoir la démocratie participative, pour pousser de nouveaux engagements sur l’aide au développement, pour préparer au mieux la COP21, pour avancer sur les néonicotinoïdes, pour arrêter les tirs sur les bouquetins et tant d’autres sujets. Le bilan n’est-il pas plus mesuré que ce que vous dites ? Ce sont des avancées - certes insuffisantes - mais auxquelles nous avons contribué.

Concernant ce débat sans fin sur les atouts et limites du mécénat d’entreprise et les incohérences entre certains mécènes de la fondation Nicolas Hulot (FNH) et mes engagements ou mes propositions, j’y vois plutôt l’expression de ma liberté de parole et de pensée. Le dialogue est aussi une action nécessaire pour faire évoluer les acteurs économiques.

Dix engagements individuels

Je vous invite aussi à creuser vos réflexions trop hâtives sur l’appel #Osons, qui est un livre sur l’action, sur les actions.

Ce serait l’appel d’un homme seul ? Dès le premier jour, plus de 40 organisations, syndicats, associations, le portaient avec nous. Je ne parlerais pas assez de NDDL ? Demandez l’avis des associations ACIPA et CeDpa.

Osons se limiterait à une signature de pétition ? Vous n’avez visiblement pas encore eu le temps de lire notre livre et de découvrir nos dix engagements individuels (dont d’ailleurs sur « militer et s’engager » !) qui sont autant de moyens d’agir. Osons permet aussi de mobiliser ceux qui sont parmi les moins au fait de nos sujets, au-delà du cercle de convaincus, et en particulier chez les jeunes...

En ouvrant mon livre, vous découvrirez aussi des développements sur ma position sur les paradis fiscaux. Je ne mésestime pas les incohérences qui subsistent. Mais vous verrez que nous partageons aussi ce combat, comme tant d’autres, et cela en particulier avec mes amis Edgar Morin et Patrick Viveret - que vous citez - et qui me font l’honneur de soutenir #Osons.



Lire aussi : Nicolas Hulot, ose prendre une chaise

Source : courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photo : Nicolas Hulot à la fête de l’Huma en 2008. Wikipedia (Toutoune25/CC-BY-SA-3.0)

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