Jadot, Hamon, Mélenchon : l’enjeu, c’est la reconstruction de la gauche et de l’écologie

20 février 2017 / Noël Mamère



Noël Mamère déplore l’effacement des écologistes de la scène politique, mais se réjouit que l’écologie prenne une place importante dans le débat présidentiel. Il souhaite que Jadot rejoigne un Hamon qui se détacherait de la vieille garde du PS, pour préparer... l’après.

Noël Mamère

Noël Mamère est député écologiste.


Alors que se rapprochent les échéances présidentielle et législative, dans un contexte politique qui n’a jamais été aussi indéchiffrable et délétère, les écologistes donnent le sentiment d’assister impuissants à ce jeu de chamboule-tout annonciateur du pire. On les voit pas, on ne les entend pas, comme s’ils étaient passés sous les radars des medias et des commentateurs politiques, comme s’ils n’avaient plus rien à dire. Pourtant, ils ont un bon candidat, Yannick Jadot, qui n’est pas venu du “système” tant décrié par les Français... et par ceux qui en sont le produit !

Il est compétent, comme il l’a prouvé lors de sa récente intervention au Parlement européen dénonçant les effets néfastes du CETA, l’accord de libre- échange avec le Canada ; il sait de quoi il parle quand il traite de l’agriculture, de l’alimentation, du nucléaire et de l’énergie, des rapports Nord-Sud, de l’Europe, du lien entre injustices sociales et environnementales, de la sixième République, du revenu universel, de la légalisation contrôlée du cannabis, du droit à mourir dans la dignité... Bref, il porte les thèmes chers aux écologistes depuis des décennies, qui dessinent un projet de société à hauteur d’homme, sujet de droit et non plus objet du désir marchand des prédateurs de toutes sortes.

Force est de constater que, depuis la victoire de BenoÎt Hamon à la primaire socialiste, - maquillée en “Belle Alliance populaire” pour ne pas humilier les comparses venus chercher pitance -, victoire acquise sur les thèmes qui sont au coeur de notre projet, nous ne sommes plus seuls dans cet espace politique et qu’il va nous falloir partager si nous ne voulons pas disparaître. De Mélenchon à Hamon, nous nous sommes laissés “siphonner”, trop occupés à nos débats internes et aveuglés par notre nombril.

Coupés de la société, rejetés par une grande partie de nos traditionnels compagnons de route préférant s’investir dans des projets collectifs où la politique n’avait pas droit de cité, nous avons perdu toute capacité de produire un “récit” mobilisateur. Nous sommes restés en jachère, repliés sur nous-mêmes, sans voir qu’une bonne partie de la société, à commencer par sa jeunesse, attendait cette espérance. Elle l’a trouvée quand Benoît Hamon lui a parlé du revenu universel - qui fut défendu par André Gorz, l’un des théoriciens les plus importants de l’écologie - et, partant, d’un monde qui ne ressemblera pas à celui que nous connaissons, où des pans entiers de l’économie disparaîtront et où chacun devra pourtant trouver sa place, quel que soit son statut, qu’il ait un “travail” ou pas...

« Tout mettre en oeuvre pour écrire un récit commun avec Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon »

Dépossédés de notre projet, nous ne pouvons rester repliés sur notre Aventin en attendant des jours meilleurs. C’est maintenant qu’il faut agir et tout mettre en oeuvre pour écrire un “récit” commun avec Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Nous savons que ce dernier est très réticent, soupçonnant Hamon d’être prisonnier du vieux PS qui est en train de se mourir en pensant qu’il a raison. De notre côté, nous ne partageons pas les idées du leader de la France insoumise sur l’Europe, sur le souverainisme, sa sympathie pour Poutine, son analyse de la situation en Syrie, ses évolutions sur l’immigration...

Alors, face à l’urgence et au risque de se retrouver au deuxième tour à voter pour un candidat qui n’est pas celui de notre choix mais qui fera barrage à l’extrême droite, il n’est plus temps de barguigner. Si Benoît Hamon est prêt à se détacher de la vieille garde PS et à s’engager avec nous sur un projet de société alternatif, il ne faut pas hésiter. Car ce qui est en jeu est la reconstruction de la gauche et de l’écologie, qui ne s’arrêtera pas aux prochaines élections , mais qui prendra sans doute beaucoup plus de temps que nous le croyons tous.

C’est le “jour d’après” que tout va vraiment commencer car, pour la première fois depuis que l’écologie est devenue un acteur politique, elle trouve à ses côtés, dans la gauche “mainstream”, un vrai partenaire décidé à rompre avec les vieux schémas de la gauche productiviste. C’est en tout cas ce qu’il a dit. A nous de le prendre au mot et de saisir cette opportunité historique. Quel paradoxe tout de même : c’est au moment où nous remportons une victoire culturelle que nous accusons une grande faiblesse politique. Mais c’est dans ce moment paradoxal que l’on peut devenir grand !




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Lire aussi : Barbara Romagnan : « Nous avons à recomposer la gauche »

Source : Noël Mamère pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

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