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ReportageSocial

Le potager, remède à l’isolement des seniors

Monique et Michel participent à l'atelier jardinage à la résidence Gautier-Wendelen, à Paris.

À Paris, un potager a été aménagé pour les personnes âgées d’une résidence. Cultiver leurs propres légumes leur permet de sortir de l’isolement.

Paris, reportage

Ils sont déjà prêts. Devant les carrés du potager, une poignée de têtes grises attend les instructions pour planter de nouveaux légumes. Il est 11 heures en cette mi-septembre, et c’est le septième atelier de jardinage organisé dans cette unité de vie pour personnes âgées, la résidence Gautier-Wendelen, dans le XIXe arrondissement de Paris, gérée par les Petits frères des pauvres, une association pour personnes âgées. Un potager y a été installé en juin dernier.

Monique se presse pour récupérer ses gants de jardinage oubliés dans sa chambre. Résidente depuis quelques années, elle adore manipuler la terre. Cela lui rappelle l’époque où elle jardinait. « Quand j’ai su qu’on allait avoir notre propre potager, j’avais hâte d’y participer », dit-elle.

Sur un carré de terre, à quelques mètres de la rue et de l’agitation parisienne, les quelques volontaires ont pu participer au semis de graines de poireaux ou d’épinards. L’association a créé le jardin avec pour objectif de créer du lien et permettre à ses résidents de redécouvrir la nature en cultivant leurs propres légumes. L’atelier est animé par Bertille Peña Verrier, jardinière-animatrice pour Les Carottes sauvages, entreprise créatrice de jardins potagers, notamment dans des maisons de retraite.

Monique avait «  hâte de participer  » à l’atelier. © Louise Mohammedi / Reporterre

C’est au fond du jardin de la résidence Gautier-Wendelen que le potager a pu être installé. S’il n’est pas très grand, il abrite déjà quelques tomates, encore trop vertes pour être récoltées. Pour se repérer, les habitants inscrivent sur un petit morceau de bois, devant chaque rangée, le nom du légume, ainsi que sa date de plantation.

« C’est un résident qui m’a parlé de l’initiative Les Carottes sauvages, alors on s’est investi, et le projet a très vite pris », explique Fabrice Muter, directeur de la résidence. Un mois après le premier contact avec l’entreprise, le potager est né, et les ateliers ont pu démarrer. Un projet très bien accueilli : une dizaine de seniors se sont portés volontaires pour mettre la main à la terre.

« Des gens sortent de leur torpeur »

En quelques mois, seuls les radis ont réussi à pousser correctement, « mais on était déjà très fiers », se réjouit Michel, passionné de marche et résident depuis deux ans. Pour lui, cet espace est un moyen de discuter avec d’autres seniors, mais surtout de se lier à la terre. « Je n’ai jamais eu la main verte, donc je n’ai jamais vraiment jardiné. Avec ce potager, je peux donner un coup de main, j’écoute Bertille, et j’apprends », explique-t-il en coupant du romarin. À ses côtés, Monique rempote des pots avec du terreau et de la terre du potager. L’odeur de la plante de Michel lui rappelle ses vacances en Corse. « Une odeur que je n’oublierai jamais », confie-t-elle.

Jardiner ensemble crée une nouvelle occasion de se parler. « Nous sommes très isolés, mais depuis cette initiative, des gens sortent de leur torpeur. Le jardinage permet d’oublier sa misère », témoigne un résident âgé de 69 ans en bêchant un bout de terre. « Les potagers permettent aux seniors de s’investir sur un projet long. C’est très épanouissant pour eux de voir des résultats », ajoute Bertille Peña Verrier, en montrant les premières tomates. Selon elle, les ateliers autour du jardinage, organisés deux fois par mois sur chaque site où l’entreprise est intervenue, invitent les résidents à partager un moment ensemble. « Je les fais participer un maximum pour favoriser l’échange. Dans ces moments-là, on casse l’écart générationnel », sourit la jardinière.

Les Carottes sauvages ont trente-cinq autres potagers en région parisienne, toujours dans des résidences pour seniors. Philippe Rudman a lancé l’entreprise en 2019, après son retour en France : « J’ai dû venir m’occuper de mon père qui était en Ehpad. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose dans ces lieux. Quitter le domicile est difficile. Mon père aimait beaucoup jardiner et ne pouvait plus le faire. C’est comme ça que j’ai eu l’idée. »

Pour les résidents des Petits frères des pauvres, ce potager est une fierté. « Nous avons réussi à faire quelque chose de bien avec nos vieilles mains », plaisante Michel. Reste à savoir si les prochaines gelées auront des conséquences sur la pousse des légumes…

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