À Venise, les habitants se rebiffent contre le mariage de Jeff Bezos
Le 13 juin 2025, des locaux ont sorti les banderoles pour protester contre la venue du milliardaire Jeff Bezos et de Lauren Sànchez pour leur mariage. - © Andrea Pattaro / AFP
Le 13 juin 2025, des locaux ont sorti les banderoles pour protester contre la venue du milliardaire Jeff Bezos et de Lauren Sànchez pour leur mariage. - © Andrea Pattaro / AFP
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Le milliardaire Jeff Bezos, boss d’Amazon, se marie en grande pompe avec Lauren Sánchez, à Venise, du 26 au 28 juin. Des collectifs se mobilisent contre cette « exploitation » de la ville qui ploie déjà sous le tourisme.
Milan (Italie), correspondance
Jeff Bezos et la journaliste Lauren Sànchez ne se refusent rien pour leur mariage. À Venise, le patron d’Amazon réunira 250 invités pour un marathon festif de grand luxe, du 26 au 28 juin.
Les détails sont tenus secrets. Mais selon la presse italienne, plusieurs fêtes seraient prévues dans la lagune, dont une réception de bienvenue sur l’île du Lido, l’échange des alliances sur celle de San Giorgio et un bal dans la somptueuse Scuola Grande Della Misericordia. Ce bâtiment historique du XIVe siècle a été construit pour héberger une confrérie. Le couple aurait également réservé plusieurs hôtels de luxe et réquisitionné presque tous les taxis pour ses invités, dont le milliardaire Bill Gates, l’acteur Leonardo Di Caprio et la femme d’affaires Kim Kardashian.
« Cinq yachts amarrés autour du centre historique »
Une folie des grandeurs qui irrite certains Vénitiens et Vénitiennes. Samedi 28 juin, une grande manifestation « pacifique » est prévue pour tenter de perturber et retarder le plus possible l’événement. Marta Sottoriva, une enseignante de 34 ans, militante au sein du comité No space for Bezos (Pas de place pour Bezos), prévient : si une zone de sécurité est instaurée, « nous ne la respecterons pas ». Quitte à « bloquer les rues ».
« On parle de cinq yachts amarrés autour du centre historique [dont probablement celui de Jeff Bezos de 127 mètres de long]. C’est une prise d’assaut ! On a l’impression que Bezos traite Venise comme sa résidence secondaire », s’agace l’Italienne.
Immenses banderoles contre Bezos
Pour le collectif, il n’était pas question de rester les bras croisés pendant que l’un des hommes les plus riches du monde (le quatrième selon Forbes) « exploite la ville comme il a exploité des travailleurs et des territoires pour bâtir sa fortune », explique la Vénitienne.
Depuis des semaines, des militants placardent des affiches avec le visage du milliardaire sur les murs de la ville. Mi-juin, ils ont déployé d’immenses banderoles sur le pont du Rialto, puis sur la basilique San Giorgio, avec le nom de Bezos barré d’une croix rouge.
Marta Sottoriva précise que le problème n’est pas le mariage en soi. « C’est un symbole, dit-elle. L’énième gros évènement durant lequel Venise est vue comme la carte postale parfaite, sans tenir compte de ses fragilités. »
La ville subit déjà de plein fouet les conséquences de la montée des eaux, du réchauffement climatique et du tourisme de masse. Depuis des années, la lagune voit le nombre de ses habitants s’effondrer à cause du nombre de logements touristiques qui gonflent les prix du marché et poussent les résidents à migrer.
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Face à ces réalités, la ville « propose des mesures qui ne servent à rien », assène Marta Sottoriva. Dernière en date : le ticket d’entrée pour le centre historique, instauré l’an passé, dont aucune donnée publique ne permet d’évaluer l’efficacité. Pire, en soutenant les noces en grande pompe de Jeff Bezos, l’administration entretient l’idée que Venise est un territoire dont il faut tirer profit, regrette la militante.
Travail précaire et saisonnier
Le maire Luigi Brugnaro — inculpé en mai pour soupçon de corruption dans la vente de terrains vénitiens — s’est dit « fier » d’accueillir cette union. Et a assuré que l’événement respectera les « fragilités » et « l’unicité » de la ville. Quant au président de la région de la Vénétie, Luca Zaia, il a jugé « honteux » de « protester contre ceux qui apportent de la richesse » à Venise.
Là encore, pour Marta Sottoriva, l’argument ne tient pas : même si certains artisans locaux ont été sollicités, « l’économie de ces grands évènements se base sur le travail précaire, saisonnier et parfois au noir. Notre message est de dire que Venise a besoin d’autre chose, qu’elle rejette ce modèle et qu’elle rejette Bezos ».
Une position que ne partagent pas tous les Vénitiens. « Certains disent que ce mariage est une vitrine pour la ville. Comme si on en avait besoin… », sourit Matteo Secchi, président de l’association d’habitants Venessia.com.
Certes, lui aussi trouve « moche » que Venise soit « achetée par les plus riches », mais il ne voit pas de raisons de perturber ce mariage. « Tant qu’ils restent dans leur tour d’ivoire et ne nous bloquent pas, qu’ils fassent ce qu’ils veulent », dit l’hôtelier, qui se dit fatigué de ce chahut : « Ça fait plus d’un mois qu’on en parle. Basta ! »