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Reportage — Étalement urbain

Jeux olympiques 2024 : le refus prend de l’ampleur

Samedi 6 février, plus de vingt collectifs se sont retrouvés devant l’Hôtel de Ville de Paris pour protester contre les projets d’aménagements des Jeux olympiques 2024.

  • Paris, reportage

« On s’en fout des Jeux olympiques. » Hamid, sous son parapluie noir, est révolté. Mais aujourd’hui il n’est pas là pour réclamer l’annulation des JO 2024 organisés à Paris mais pour alerter sur leurs conséquences. Il est venu en tant que membre de la Fédération des conseils de parents d’élèves du 93 (FCPE 93), pour demander l’abandon de la construction d’un nouvel échangeur autoroutier à proximité du groupe scolaire Pleyel-Anatole France à Saint-Denis. Ce projet, validé par la justice, permettra de desservir le futur « Village des Athlètes ». Il craint, avec de nombreux autres parents d’élèves, une dégradation de la qualité de l’air et un impact sur la santé de leurs enfants. « Un aménagement pensé pour les investisseurs, pas pour les gens » lance-t-il avec un regard noir. C’est pour cela que ce Dionysien a répondu à l’appel du collectif Saccage 2024. Comme beaucoup d’autres riverains de Seine-Saint-Denis, il est directement impacté par ces projets olympiques titanesques.

Hamid prend la parole devant la foule pour parler du projet d’échangeur autoroutier à Saint-Denis.

« Dire simplement qu’on est contre les Jeux olympiques c’est dédouaner nos élus, dit-il. Ce sont eux qui valident ce genre de projets. On est en train de sacrifier nos enfants et des territoires entiers. Personne ne nous écoute ! Ni les élus, ni la justice, on a l’impression que ces projets auront lieu coûte que coûte. »

« Les Jeux olympiques les plus écologiques, c’est ceux qui n’auront pas lieu »

Un peu plus loin, une tonnelle blanche protège une dizaine de personnes de la pluie battante. Un troc de plantes est organisé en dessous. « Des potirons, pas du béton » peut-on lire sur une pancarte accrochée à l’une des grilles de l’Hôtel de Ville. Plus loin, Dolorès, membre du collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, s’affaire à distribuer des branches de lauriers. Cette plante, symbole des Jeux olympiques, est désormais leur symbole. Celui de la résistance et de la lutte pour préserver leur cadre de vie. « On est ici pour alerter sur la construction d’un centre aquatique qui menace les jardins ouvriers des Vertus, à Aubervilliers, dit-elle. Nous, on n’est pas contre les JO. On est contre le fait que ces jeux olympiques saccagent des espaces boisés, des corridors écologiques et des jardins vivriers. C’est un mépris terrible de se dire que pour une quinzaine de jours de compétition, on va bétonner 10.000 m² de jardins ».

Dolorès, du collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers.

Sous la même tonnelle, des boissons chaudes sont proposées aux militants en cette journée froide et humide. La musique enjouée et dynamique de la fanfare Zephyr, présente pour l’occasion, réchauffe l’ambiance. Certains élus font leur apparition dans l’après-midi malgré la pluie qui redouble d’intensité.

Danielle Simonnet, conseillère municipale du 20e arrondissement de Pariset membre de la France Insoumise, est catégorique : « Les Jeux olympiques les plus écologiques, c’est ceux qui n’auront pas lieu. Les conséquences des jeux sur le 93 sont antisociales et anti-écologiques. On nous impose des équipements qui ne seront pas utiles par la suite. J’ai l’impression que ce sera plus la fête des sponsors que la fête des sports. »

Danielle Simonnet, conseillère municipale du 20e arrondissement de Paris.

Une prise de parole est organisée sous la grande tonnelle, et les collectifs se relaient pour parler de leurs luttes. Valérie est membre du collectif pour la défense du parc Georges Valbon et de l’Aire des Vents à Dugny, menacés par la construction d’un « village-médias » destiné à accueillir les journalistes du monde entier : « On ne se positionne pas contre les JO, mais sur le fait que le Grand Paris utilise les JO pour entériner, pour la première fois de son histoire, la vente d’un parc public. On ne peut pas urbaniser et bétonner ce genre d’espace. On nous promet des compensations, de replanter des forêts, mais qui seront effectives en 2050, 2060. On fait quoi en attendant ? »

Vendredi 5 février, la cour administrative d’appel de Paris a rejeté le recours en référé déposé par un collectif regroupant le Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE 93), le Collectif pour le Triangle de Gonesse et une dizaine d’usagers du parc de l’Aire des vents, situé à Dugny. Mais les militants promettent de continuer le combat juridique.

De nombreuses banderoles sont déployées sur la place. Celle de la fédération Saccage 2024 est la plus imposante. D’autres habillent également le parvis de l’Hôtel de Ville : celles des collectifs Non aux JO, Youth for Climate, Extinction Rebellion, mais également celle de la Quadrature du Net. Un membre de celle-ci, Arthur, tient la banderole avec un ami. « L’année dernière Gérald Darmanin a dévoilé son Livre blanc de la sécurité intérieure. C’est la projection à long terme des projets sécuritaires et technologiques du gouvernement, dit-il. Avec les Jeux olympiques 2024, l’objectif est clairement affiché : en faire la vitrine internationale de l’industrie militaire et sécuritaire française. L’apothéose de la « mise à niveau technologique » de notre police avec la reconnaissance faciale, l’utilisation de drones, ou encore l’utilisation par la police de caméra type GoPro. Les JO ont toujours été un formidable outil de propagande politique et militaire. »

Arthur, de la Quadrature du Net.

L’année dernière, à l’occasion du Toxic Tour, les collectifs s’étaient déjà mobilisés sur les lieux menacés par ces projets d’aménagements à Saint-Denis, Dugny ou Aubervilliers. C’était la première fois, ce samedi, qu’ils se donnaient rendez-vous en plein cœur de la capitale. Tous promettent d’accentuer la lutte et de se retrouver rapidement pour d’autres mobilisations. « On ne s’est jamais contentés d’être de simples opposants. On propose des alternatives, mais elles ne sont jamais écoutées », conclut Hamid.


  • Notre reportage en images

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