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ReportageEau

En Bretagne, l’État veut tuer dans l’œuf une décision importante sur les pesticides

Manifestation de soutien au schéma d’aménagement et de gestion de l’eau du bassin de la Vilaine (Sage Vilaine), considéré comme l’un des plus importants de France, le 13 mars 2026.

Le Sage n’est toujours pas signé et c’est encore une victoire pour les syndicats pro-pesticides. Voilà près d’un an qu’ils freinent la révision de la gestion de l’eau en Bretagne. L’État les soutient et joue la montre.

Pont-Péan (Ille-et-Vilaine), reportage

Malgré la pluie battante, des militants ont courageusement déployé une banderole devant la mairie de Pont-Péan, où a eu lieu une nouvelle réunion de la commission de l’eau de la Vilaine, vendredi 13 mars. « Dans l’eau, des poissons, pas du poison », pouvait-on lire dessus. Le slogan a été repris en chœur par plusieurs personnes. Des parapluies multicolores se mêlaient aux nombreux drapeaux bariolés. On y repérait celui de la Confédération paysanne, du Collectif de soutien aux victimes de pesticides de l’Ouest et d’Eau et rivières de Bretagne.

Tous ces collectifs ont bravé l’impitoyable météo bretonne pour venir manifester leur soutien au nouveau schéma d’aménagement et de gestion de l’eau du bassin de la Vilaine (Sage Vilaine), considéré comme l’un des plus importants de France. Ce document — en révision depuis trois ans au sein de la commission locale de l’eau (CLE) — vise à améliorer la qualité de l’eau dans un bassin versant où moins de 6 % des masses d’eau de surface sont en bon état écologique. La faute à une agriculture intensive gourmande en pesticides.

Le gouvernement joue la montre

Résultat de la réunion ? Le Sage n’a toujours pas été adopté, à cause de l’absence des services de l’État sans lesquels une validation est impossible. « On a un règlement capable de répondre à de nombreux problèmes écologiques et l’État nous empêche de le voter. L’État est complètement en faute », déplore Ludovic Brossard, vice-président de la collectivité Eau du bassin rennais et membre de la CLE. Une fois encore, l’adoption du Sage est reportée... Cette fois jusqu’à septembre prochain.

Depuis début 2026, le gouvernement court-circuite les travaux de la CLE, et joue la montre pour repousser l’adoption du schéma d’aménagement dans un contexte de crise agricole.

Un manifestant porte une mini-pancarte en soutien à la commission locale de l’eau sur son parapluie. © Quentin Vernault / Reporterre

Sur place, les échanges étaient parfois tendus entre le camp des pro et les anti-Sage, séparés par un cordon policier. Est-ce l’effet dissuasif de la pluie ou bien le sentiment que la victoire est proche pour eux ? Cette fois-ci, la FDSEA, les Jeunes agriculteurs et la Coordination rurale sont venus en petit nombre, et sans leurs tracteurs.

Le Sage en question propose notamment d’interdire les herbicides de maïs sur les parcelles à forte pente jouxtant les aires de captage d’eau potable — soit 1,4 % des surfaces comprises dans le schéma de gestion.

Lire aussi : Des herbicides interdits près des captages d’eau en Ille-et-Vilaine, une première en France

Si peu restrictive soit-elle, cette disposition provoque l’ire des syndicats agricoles productivistes (FDSEA, JA et CR) qui tentent depuis près d’un an d’empêcher la validation du nouveau Sage.

En décembre dernier, ils avaient bloqué une réunion de la CLE, et en janvier, ils avaient perturbé les débats en intervenant à plusieurs reprises.

C’est pourquoi Michel Demolder, président de la CLE Vilaine et maire de Pont-Péan, a décidé cette fois-ci que les débats se passeraient à huis clos, contrairement à l’esprit démocratique de la CLE.

Le schéma d’aménagement et de gestion de l’eau du bassin de la Vilaine (Sage Vilaine) est l’un des plus importants de France. © Quentin Vernault / Reporterre

Un État jugé « irresponsable »

L’attitude de l’État — et notamment son absence lors de cette réunion — irrite au plus haut point les associations environnementales : « L’État est irresponsable. Aujourd’hui, on est là pour dire au préfet et au gouvernement qu’ils ne peuvent pas balayer d’un revers de main trois ans de travail exemplaire de la démocratie locale sur un sujet si crucial que l’eau », a lâché un militant d’Eau et rivières de Bretagne au micro sous la pluie, pendant que la réunion se déroulait entre les murs de la mairie.

Voilà de longs mois que l’État freine sciemment un règlement bénéfique à l’environnement et la santé humaine. D’abord, en annonçant un moratoire sur les décisions locales liées à l’eau, et maintenant, à travers une lettre envoyée par les préfets de Bretagne et de Loire-Atlantique, dans laquelle ils demandent à la CLE un délai supplémentaire, estimant que le projet n’est pas mûr.

« Vous serez jugés ! Jugés pour nous avoir empoisonnés ! »

Récemment, 35 scientifiques rennais ont pris position dans une tribune pour réaffirmer la nécessité de limiter les pesticides dans l’eau, et dénoncer le « blocage d’un processus démocratique ».

Le Sage propose d’interdire les herbicides de maïs sur les parcelles à forte pente jouxtant les aires de captage d’eau potable, ce qui déclenche la colère de l’agro-industrie. © Quentin Vernault / Reporterre

« Vous serez jugés ! Jugés pour nous avoir empoisonnés ! » a hurlé Grégory, un paysan membre de la Confédération paysanne, presque en pleurs, face à un cadre de la FDSEA, à l’issue de la réunion. « Je ne me sens absolument pas responsable, rétorquait Christian Mochet, ancien VP de la FDSEA 35. On n’a jamais été pour les pesticides, notre démarche est de réduire, pas d’interdire. »

D’autres élus de la CLE comme Pascal Hervé, le « monsieur eau » de Rennes Métropole, ont laissé exploser leur colère : « l’État a choisi la défense des intérêts privés de l’agrochimie et ne prend pas la défense des intérêts publics de la population. Il y a 1 250 000 habitants sur le bassin de la Vilaine. Ils ont le droit d’exiger une eau potable à leur robinet. C’est une exigence sanitaire, alimentaire. »

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