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L’Europe va discuter de nouvelles subventions pour la surpêche

5 juillet 2013 / NEF (New Economics Foundation)

Le 10 juillet, le Parlement européen discutera d’un nouveau régime de subventions à la pêche. De quoi financer de nouveaux bateaux, qui vont accroître la surexploitation des océans - et représente de surcroît un vrai gâchis économique.


Payer pour la surpêche : les subventions pour la construction de nouveaux navires risquent d’exacerber la surexploitation de nos océans.

Une étude publiée par la New Economics Foundation (nef) montre de quelle manière les contribuables européens pourraient bientôt gaspiller des millions d’euros sur de nouveaux navires de pêche – mettant ainsi davantage de navires sur nos mers déjà surexploitées grâce à de l’argent qui pourrait être mieux utilisé dans d’autres domaines.

• Jusqu’à 1,6 milliards d’euros sortis de la poche des contribuables européens – soit 25 % de l’ensemble des subventions du Fonds européen pour les affaires européennes et la pêche – pourraient être détournés pour soutenir la construction de plus de 20 000 nouveaux navires sur une période de sept ans.

• Cette même somme suffirait à couvrir :

o les salaires de 17 874 pêcheurs européens, soit 16,9 % des frais liés aux équipages de l’ensemble de la flotte communautaire au cours de la même période ;

o le coût de 75 millions de repas scolaires par an en Europe, soit suffisamment pour prendre en charge les repas scolaires de 400 000 enfants pendant sept ans.

• L’argent nécessaire au financement de nouveaux navires pourrait à la place multiplier par deux les fonds destinés à la collecte de données et aux mesures de contrôle et d’application de la législation, ces deux domaines permettant de soutenir la reconstitution des stocks de poissons.

• En France, jusqu’à 12 891 429 euros seraient ainsi dégagés chaque année pour soutenir la construction demaximum1128 nouveaux navires sur sept ans.

• Cette même somme suffirait à couvrir :

o le coût de 4 148 660 repas scolaires chaque année, soit suffisamment pour nourrir 23 707 élèves sur sept ans.

Un vote crucial qui pourrait représenter un grand pas en arrière

Le 10 juillet, la commission Pêche du Parlement européen se prononcera sur un nouveau régime de subventions, le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). L’amendement 32b du FEAMP permet de financer la construction de nouveaux navires à hauteur de maximum 80 000 euros.

De telles subventions maintiennent le cercle vicieux de la surpêche en soutenant un secteur non rentable et en surcapacité. Ce cercle vicieux ne peut être brisé que si les subventions sont plutôt utilisées pour reconstituer les stocks halieutiques et créer un approvisionnement durable et plus volumineux en poissons à la fois pour les pêcheurs et pour les consommateurs.

Il est prouvé que les aides à la construction de navires contribuent à la surcapacité et celles-ci ont été éliminées en 2004 par la réforme de la PCP de 2002. Sachant que les deux tiers des stocks halieutiques de l’UE sont actuellement surexploités, ce qui entraîne des pertes annuelles de 3,2 milliards d’euros, le fait d’autoriser les aides aux nouveaux navires représenterait un grand pas en arrière et une très mauvaise utilisation de l’argent des contribuables. Cela menacerait la reconstitution des stocks halieutiques de l’UE et prolongerait l’instabilité du secteur de la pêche.

Les consommateurs paient leurs poissons trois fois

Conséquence de l’état actuel des stocks de poissons de l’UE – dont deux sur trois produisent moins de poissons, de revenus et d’emplois que s’ils étaient gérés de façon durable –, les consommateurs européens paient leurs poissons trois fois :

• 6,6 milliards d’euros de valeur des débarquements,

• 3,2 milliards d’euros de coût de la surpêche pour la société, car des stocks de poissons appauvris génèrent moins de captures, de revenus et d’emplois que ce qu’ils pourraient produire s’ils étaient gérés durablement,

• 0,9 milliards d’euros de subventions annuelles payées par les contribuables européens.

Une somme importante

Représentant 236 millions d’euros par an, l’amendement en faveur de la construction de nouveaux navires constitue un pas important dans la mauvaise direction. La comparaison des chiffres permet de comprendre à quel point ces sommes d’argent sont exorbitantes :

• cela équivaut à 16,9 % de l’ensemble des salaires des équipages de toutes les flottes de pêche de l’UE, soit les salaires de 17 874 pêcheurs européens sur un total de 105 674.

• Au Royaume-Uni, 11 440 000 euros destinés à la construction de nouveaux navires sont mis à disposition au titre de l’amendement – un montant équivalent au coût de 4 597 037 repas scolaires, soit suffisamment pour nourrir 24 195 enfants pendant l’année.

• Les subventions peuvent être utilisées pour briser le cercle vicieux de la surpêche, et il y a suffisamment de fonds pour doubler le montant destiné aux mesures de contrôle et d’application de la législation ainsi qu’à la collecte des données –programmes qui visent à permettre la transition vers une pêche durable.

Aniol Esteban, responsable d’économie environnementale à la nef, a déclaré :
« Le choix qui se présente à nous est clair. Les subventions peuvent être utilisées pour construire de nouveaux navires et contribuer à la surcapacité, à la surpêche et à des captures moins importantes – c’est le cercle vicieux de la surpêche –, ou alors les subventions peuvent servir à financer une transition vers un secteur de la pêche rentable et durable. »

« Par le vote sur le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche le 10 juillet prochain, la commission Pêche du Parlement européen a une véritable occasion de s’assurer que les stocks halieutiques sont durables et en bon état, maintenant et pour les générations futures. »

Griffin Carpenter, modélisateur économique à la nef et auteur principal de la nouvelle étude de la nef, a indiqué :

« Ces chiffres sont incroyables. La subvention proposée menace de nous renvoyer dix ans en arrière, qui plus est à un coût exorbitant pour les contribuables de l’UE. Les fonds concernés pourraient être nettement mieux dépensés pour répondre à toute une série de problèmes dans d’autres domaines de la société ou pour soutenir les efforts de réduction de la surpêche. »

« Bien que l’on soit tenté d’apporter un financement à court terme à des flottes touchées par la surpêche, la subvention proposée ne fera qu’exacerber le problème. Il est nécessaire de réfléchir sur le long terme afin de briser le cercle vicieux de la surpêche et de mettre fin à la dépendance du secteur aux subventions. »




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Source : Courriel à Reporterre de la NEF

Lien vers l’étude en anglais

Photo : NEF

Lire aussi : Des centaines de chercheurs rappellent à François Hollande ses engagements‏ sur la surpêche

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