L’Ukraine contrainte de brader ses minerais pour obtenir la paix ?
Des Ukrainiens vivant en Grèce manifestent à Athènes, le 23 février 2025, à la veille du troisième anniversaire de l'invasion de leur pays par la Russie. - © Aris Messinis / AFP
Des Ukrainiens vivant en Grèce manifestent à Athènes, le 23 février 2025, à la veille du troisième anniversaire de l'invasion de leur pays par la Russie. - © Aris Messinis / AFP
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L’administration Trump veut faire main basse sur les ressources stratégiques du pays fragilisé par trois ans de guerre. L’accord, dont les discussions ont démarré le 24 février, pourrait marquer un tournant dans ce conflit.
Les discussions sur un accord concernant les minerais stratégiques ukrainiens « progressent », mais Volodymyr Zelensky refuse de céder au diktat de Donald Trump. « Je ne signerai pas quelque chose qui sera payé par dix générations d’Ukrainiens », a affirmé le 23 février le président ukrainien, lors d’une conférence de presse.
Depuis une quinzaine de jours, les États-Unis font pression sur Kiev pour obtenir un accord. Washington exige 50 % des revenus générés par les ressources naturelles ukrainiennes — terres rares, métaux critiques, hydrocarbures — en remboursement du soutien accordé depuis trois ans face à l’invasion russe.
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Parallèlement, l’administration étasunienne a commencé à discuter avec la Russie sans convier l’Ukraine. Reprenant le narratif du Kremlin, Donald Trump a même réclamé de nouvelles élections en Ukraine, remettant en cause la légitimité de Volodymyr Zelensky. Selon l’agence de presse Reuters, l’administration étasunienne aurait menacé de couper l’accès de l’Ukraine à Starlink, opérateur d’internet par satellites d’Elon Musk, pour le forcer à négocier. L’infrastructure est vitale pour les communications militaires du pays.
Pas de contrepartie sécuritaire
L’initiative d’ouvrir l’accès au sous-sol de son pays, particulièrement riche en titane, lithium et graphite, vient de Volodymyr Zelensky lui-même. Conscient de l’intérêt stratégique de ses ressources cruciales pour les secteurs de la défense, mais aussi de l’énergie et de l’électronique, il proposait dans son plan de paix dévoilé à l’automne dernier d’échanger avec ses partenaires occidentaux l’exploitation de ces richesses contre des garanties de sécurité. Objectif : assurer une protection durable de l’Ukraine face à la Russie.
« Les infrastructures minières nécessitent des investissements massifs, notamment pour développer un réseau énergétique stable. Or, de nombreuses installations ukrainiennes ont été détruites. En attirant Donald Trump sur ces enjeux, Zelensky cherche à obtenir un soutien sur les questions sécuritaires et territoriales dans l’est du pays », explique à Reporterre Olivia Lazard, experte en géopolitique des ressources et chercheuse au Carnegie Center.
L’offre étasunienne n’inclut toutefois aucune contrepartie sécuritaire et impose à l’Ukraine des remboursements colossaux. En échange du soutien militaire et financier des États-Unis reçu depuis le début de l’invasion russe en février 2022 — environ 175 milliards de dollars (167 milliards d’euros), dont 70 milliards (67 milliards d’euros) ont été investis dans l’industrie de l’armement étasunienne —, Washington exige 500 milliards de dollars (478 milliards d’euros) de dédommagement. Un accord inacceptable pour l’Ukraine et que Volodymyr Zelensky a déjà refusé une première fois, provoquant la colère de Donald Trump.
Une seconde version de l’accord a été soumise le 21 février. Selon le New York Times, qui a pu la consulter, elle ne prévoit toujours pas de contrepartie sécuritaire, mais précise que les États-Unis fourniront un soutien financier à long terme pour aider l’Ukraine à se développer économiquement. Ruslan Stefanchuk, président du Parlement ukrainien, a annoncé le début des discussions le 24 février, réaffirmant l’exigence de garanties de sécurité en échange des ressources.
Anticiper les bouleversements climatiques
Pour les États-Unis, l’enjeu est important : il s’agit de diversifier ses sources d’approvisionnement en matières premières et d’alléger la mainmise de la Chine sur le secteur des minéraux critiques, où elle a investi massivement depuis vingt ans. La Russie a suivi une stratégie similaire, multipliant les accords avec des pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie centrale. Face à cette dynamique, les États-Unis et l’Europe étaient à la traîne. Bruxelles a signé en 2021 un accord de partenariat avec Kiev sur les métaux stratégiques, mais la guerre a interrompu les projets.
« Les enjeux actuels dépassent largement le simple cadre d’une guerre territoriale. Il s’agit d’un conflit qui reflète les nouvelles dynamiques impérialistes et systémiques », dit Olivia Lazard, qui estime que les ressources naturelles, l’eau, les terres agricoles et les infrastructures énergétiques sont au cœur des préoccupations géostratégiques.
Et d’ajouter : « La Russie et les États-Unis anticipent les bouleversements climatiques et leurs conséquences sur les équilibres mondiaux. L’Europe risque aujourd’hui d’être marginalisée dans les négociations en cours. Elle doit assurer une meilleure visibilité et un meilleur contrôle des chaînes d’approvisionnement, essentielles pour la défense. »
La conclusion d’un accord entre les États-Unis et l’Ukraine reste soumise à de nombreuses incertitudes. Une grande partie des ressources se trouve dans les territoires occupés par la Russie, dans l’est du pays. En outre, le potentiel d’exploitation de ces richesses reste très théorique. Une chose est sûre, le conflit redessine la carte mondiale des ressources stratégiques.