L’agriculture urbaine pourrait nourrir 10 % des populations des villes

20 octobre 2018 / Julien Fosse

Les villes sont confrontées à de multiples défis environnementaux auxquels l’agriculture urbaine peut apporter des réponses utiles, et fournir une part non négligeable de leur alimentation. Mais cela implique de repenser les relations entre espaces agricoles et villes, comme l’explique l’auteur de cette tribune.

Julien Fosse est biologiste et travaille sur les questions d’agriculture et d’environnement à France stratégie. Il est l’auteur de « Les agricultures urbaines : potentiel de développement et impacts sur l’environnement et l’aménagement des territoires », une note rédigée pour La Fabrique écologique.


Les villes sont confrontées à de grands défis environnementaux, comme la dégradation de la qualité de l’air, l’augmentation des îlots de chaleur urbaine ou l’érosion de la biodiversité liée à l’artificialisation des sols. Parallèlement, les consommateurs expriment leur souhait d’accéder à une alimentation locale et durable, ce que confirment l’essor de l’agriculture biologique, le développement de circuits courts et de projets alimentaires territoriaux. Développer l’agriculture en ville apparaît comme un moyen de répondre à ces attentes sociétales et à la nécessaire transition des villes vers plus de durabilité. Mais sortir de l’effet de mode et faire changer d’échelle l’agriculture urbaine implique de lever plusieurs verrous.

L’agriculture urbaine regroupe l’ensemble des formes d’agriculture localisées en ville ou à leur périphérie, dont les produits et services sont majoritairement destinés aux villes. Elle se caractérise par sa multifonctionnalité, dans le sens où elle vise à répondre conjointement à des enjeux sociaux, environnementaux, économiques et territoriaux.

Derrière cette définition se cachent des modes de production très variés en matière d’emprise territoriale, de technicité ou d’investissements, allant des fermes « classiques » en pleine terre aux fermes « high-tech » en conteneurs. Pour y voir plus clair, une typologie peut être envisagée (cf. schéma ci-dessous), en distinguant :

  • l’agriculture urbaine « paysanne », optimisant l’utilisation du capital écologique et combinant activités de production alimentaire et de services ;
  • l’agriculture urbaine « entrepreneuriale », exclusivement tournée vers la production alimentaire et nécessitant plus de capitaux pour financer les moyens de production et l’innovation.

Les impacts de ces agricultures varient fortement, notamment pour ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre ou l’usage éventuel d’intrants chimiques (pesticides ou engrais de synthèse).

Une typologie des différents modes d’agriculture urbaine.

Chiffrer le potentiel de production alimentaire de l’agriculture urbaine reste difficile, par manque de connaissance des surfaces disponibles. Les études scientifiques convergent néanmoins : les agricultures urbaines pourraient nourrir au maximum 10 % de la population des villes.

Repenser l’espace de production agricole comme une composante pleine et entière des villes

Le toit d'AgroParisTech.

L’intérêt principal des agricultures urbaines réside dans leur capacité à recréer un lien entre les citadins et la production de leur alimentation. Ces agricultures rendent également de nombreux services environnementaux :

  • en contribuant à la végétalisation des villes, ce qui favorise la rétention des eaux pluviales, la séquestration de carbone et limite les îlots de chaleur urbaine ;
  • en favorisant le maintien de la biodiversité ordinaire ;
  • en favorisant le recyclage de déchets organiques urbains ou la cogénération d’énergies à partir de biomasse lorsque les exploitations s’intègrent dans des démarches d’économie circulaire.

Alors que les terres productives voient leurs surfaces se réduire, le développement des agricultures urbaines nécessite de préserver les espaces disponibles au cœur et en périphérie des villes, et donc de lutter contre l’étalement urbain. Il implique de repenser l’espace de production agricole comme une composante pleine et entière des villes et de leur évolution. La mise en place de conseils alimentaires locaux apparaît comme un facteur facilitant la pérennisation des systèmes alimentaires ainsi mis en place.

Développer des agricultures urbaines reposant sur des modes de production durables, contribuant à la transition écologique des villes, et accélérer le changement d’échelle de ces productions, implique notamment :

  • de renforcer les connaissances, en capitalisant et diffusant les données technico-économiques de terrain et en développant les évaluations des impacts environnementaux des systèmes d’agricultures urbaines ;
  • d’élaborer une politique volontariste en faveur d’agricultures urbaines durables, associant l’ensemble des ministères concernés et les collectivités territoriales. Cette politique doit être déclinée à l’échelle locale, en s’appuyant sur des dispositifs de gouvernance citoyenne dédiés, intégrant territoires urbains et périurbains ;
  • d’adapter les instruments de planification territoriale et les normes de construction, pour protéger les terrains agricoles ou faciliter la mise en place de toitures végétalisées ;
  • d’augmenter l’offre de formation et faciliter les démarches d’installation d’exploitants agricoles urbains ou périurbains.



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Lire aussi : L’agriculture urbaine déchirée entre business et engagement militant

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : Les parcelles d’un jardin communautaire d’agriculture urbaine à Gand (Belgique), en 2009. Wikimedia (Lamiot/CC BY-SA 4.0)
. photo : Toit de Paris Tech, à Paris (© François Grunberg/Mairie de Paris)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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