L’avenir de l’énergie éolienne : flotter en haute mer

Durée de lecture : 4 minutes

22 juillet 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Alors que la loi de transition énergétique, qui doit être adoptée finalement ce mercredi par l’Assemblée nationale, prévoit 32 % d’énergie renouvelable en France d’ici 2030, zoom sur une technologie qui pourrait permettre de réaliser cet objectif : l’éolienne flottante à axe vertical.


- Marseille, reportage

L’éolien en mer, on connaît depuis le premier parc de Vindeby, installé au Danemark en 1991 – et pionnier des 55 parcs opérationnels en Europe qui, avec 8 gigawatts aujourd’hui installés, représente plus de 90 % de la capacité mondiale.

L’éolien marin flottant n’est lui non plus pas tout à fait nouveau, après l’annonce en décembre dernier d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) doté de 150 millions d’euros, sur ce secteur d’activité au potentiel technique jugé meilleur que le « posé ».

Première mondiale

Mais l’éolien offshore flottant à axe vertical est lui tout à fait nouveau dans le monde des aérogénérateurs. A l’origine du concept, un souci de rendement optimisé : avec des pales tournant à la manière d’un tourniquet, cette éolienne peut profiter du vent dans n’importe quel direction – à la différence des éoliennes classiques qui ne fonctionnent qu’avec un vent de face.

Grâce à des pales penchées à 30° et une inclinaison possible de l’éolienne jusqu’à 15 ou 20° par l’effet de flottaison, l’objectif est d’accroître fortement la capacité de production d’énergie. « La surface balayée augmente quand l’éolienne s’incline », explique ainsi Charles Smadja, cofondateur de la société Nenuphar qui développe cette technologie.

Charles Smadja

Baptisée Vertiwind, cette turbine pourrait atteindre à terme une puissance de 5 ou 6 MW (mégawatts). Pour l’heure, un tout premier prototype est testé à terre, sur une friche du Grand port de Marseille située à Fos-sur-Mer. Ce démonstrateur à l’échelle 1/3, d’une puissance de 2 MW et pesant 200 tonnes, sert de support aux derniers ajustements avant une première mise en mer programmée pour l’année prochaine, au large des côtes – au sens propre du terme : les éoliennes ne devraient en effet pas être visibles depuis le rivage.

En haute mer

C’est un des intérêts du « flottant » : on pourra installer les éoliennes en haute mer et s’affranchir des contraintes de la bathymétrie (la science de la mesure des profondeurs et du relief de l’océan) qui imposent des fondations aux éoliennes offshore : « Nous ne sommes plus limités par le seuil de trente mètres de profondeur, donc nous pouvons aller plus loin, là où le vent souffle plus fort », dit Charles Smadja, qui souligne que le vent peut souffler jusqu’à 150 km/h au large de Fos. « Mais la production optimum se situe plutôt à une vitesse de vent de 50 km/h. »

L’autre avantage de la technologie, c’est qu’elle fait disparaître la gêne visuelle que suscitent les éoliennes et améliore l’entente avec les pêcheurs, comme l’explique Marie Viala, porte-parole de la société Nénuphar (écouter ici).

Concrètement, l’éolienne reposera donc sur un flotteur – au poids six fois supérieur à celui de l’éolienne – tandis que l’énergie produite sera réinjectée dans le réseau au moyen de câbles d’évacuation semblables aux éoliennes marines. Ces aspects logistiques constituent d’ailleurs les principaux postes d’investissement : « A la différence d’une éolienne terrestre, où l’éolienne en tant que telle représente 80 % des coûts, les flotteurs de notre éolienne et son installation concentrent 70 % des besoins économiques. Tirer un câble en mer coûte 50 millions d’euros », dit Charles Smadja.

Prototype de l’éolienne Nenuphar

Un parc-pilote en 2018

Le modèle économique reste le principal point en suspens. « Pour amortir, ce n’est pas une dizaine d’éoliennes qu’il faut, plutôt une centaine », estime le directeur de la structure. Mais difficile d’en savoir plus sur le business plan du projet. Si l’on sait que plusieurs investisseurs, parmi lesquels la Banque publique d’investissement, Idinvest et Areva, sont entrés au capital de Nenuphar, il est impossible d’en connaître la répartition ni même le montant total. « Ce n’est pas public », tranche M. Smadja. A peine confirme-t-il que le développement de cette technologie coûte « environ une centaine de millions d’euros » à cette entreprise qui emploie aujourd’hui quarante salariés.

On ne sait pas non plus si la société prévoit de participer à l’AMI (appel à manifestation d’intérêt) du Premier Ministre, attendu prochainement et qui a notamment pour but de valider la pertinence technique et économique de ces nouvelles technologies.

- Actualisation du 6 août 2015 : Cet appel d’offres vient d’être publié, le 5 août, par l’Ademe.

Une chose est sûre : un parc-pilote de treize éoliennes flottantes à axe vertical doit voir le jour en 2018 au large de Fos-sur-Mer dans le cadre d’un partenariat avec EDF Energies Nouvelles. Une « première en France », qui se donne pour objectif d’alimenter l’équivalent d’une ville de 50 000 habitants.


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Lire aussi : L’éolien offshore bénéficie aux industriels, pas à l’écologie

Source et photos : Barnabé Binctin pour Reporterre

. Photo chapô : image d’animation/capture d’écran vidéo Nenuphar Wind

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