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L’avion Solar Impulse ouvre la voie à des technologies solaires au quotidien

27 juillet 2016 / Marc Sautelet (Reporterre)



L’avion piloté par André Borschberg et Bertrand Piccard a posé ses ailes solaires à Abou Dhabi mardi 26 juillet. Cette étape finale achève le projet fou de réaliser un tour du monde en avion sans utiliser une goutte de pétrole.

Dernière étape de son périple, le Solar Impulse 2 (SI2) a atterri sans encombre à Abou Dhabi à 2h05 heure française mardi 26 juillet. Il en était parti le 9 mars 2015. Cet avion capable de voler jour et nuit avec pour seule énergie celle du soleil boucle ainsi un tour du monde sans précédent C’est la fin d’une aventure humaine autant que technologique visant à promouvoir les énergies renouvelables.

Ce projet est né en 2003 dans les têtes de Bertrand Piccard et d’André Borschberg. Treize ans plus tard, le Solar Impulse 2 (une première version de l’avion avait réalisé les vols de test du projet) se lançait à la conquête d’un tour du globe sans utiliser une goutte de carburant, se propulsant uniquement grâce à l’énergie solaire. Piccard et Borschberg se sont relayés aux commandes du monoplace tout au long du périple.

Un voyage de plus de 42.000 kilomètres, à travers quatre continents et en 17 étapes. Pesant une tonne et demie mais aussi large qu’un Boeing 747, Solar Impulse 2 a volé à une vitesse moyenne d’environ 80 km/h grâce à des batteries qui emmagasinent l’énergie solaire captée par quelque 17.000 cellules photovoltaïques sur ses ailes. L’avion aura volé durant plus d’un an et quatre mois, cassant de nombreux records, dont le plus fameux est le plus long vol en solitaire lors de sa traversée du Pacifique entre le Japon et Hawaï.

Au-delà de la prouesse technique et technologique, on peut se poser la question de l’intérêt d’un tel projet, sachant qu’il n’y aura sans doute jamais d’avion solaire de ligne. Simple coup marketing, le Solar Impulse ? C’est la thèse avancée dans le journal belge Le Soir (accès fermé) qui reprend les propos d’un "spécialiste des énergies innovantes, qui requiert l’anonymat" : « Moins de la moitié de l’énergie qui alimente les moteurs pendant le vol provient des cellules solaires réparties sur sa surface. L’essentiel provient des batteries embarquées rechargées entre deux vols avec de l’électricité produite au sol, grâce au pétrole, au gaz, au charbon et au nucléaire. »

Pourtant cette affirmation est fausse. L’équipe de communication de Solar Impulse a confirmé par téléphone à Reporterre que "pour recharger les batteries quand l’avion est au sol, celui-ci est placé au soleil avant de décoller. Il n’est donc pas branché à une prise et il n’y a pas d’utilisation d’énergie fossile". Ceci est par ailleurs vérifié par la Fédération aéronautique internationale, dans le cadre de l’obtention des records.

Le propos d’un "spécialiste des énergies innovantes" est en fait la reprise d’un article signé par Michel Gay dans le journal en ligne Contrepoints. M. Gay se présente comme "citoyen ordinaire, abonné EDF et contribuable". On a vu mieux comme source fiable sur les énergies innovantes. Ce M. Gay fait régulièrement la promotion du gaz de schiste, du nucléaire et descend en flèche les énergies renouvelables comme étant ruineuses. Fin de la polémique.

« Les avions électriques vont se développer dans un avenir proche »

Verrons-nous pour autant d’ici peu des avions de ligne électriques et solaires ? Probablement pas, comme le confirmait un spécialiste en aéronautique mais le message est ailleurs : "Voler toute une étape avec un type d’avion complètement nouveau est déjà suffisamment compliqué, mais voler autour du globe est un véritable challenge. Plus qu’une démonstration, c’est une confirmation que ces technologies sont sûres et fiables", indique le cofondateur et pilote André Borschberg. " Il y a tellement plus de potentiel pour le monde aéronautique : même si des avions à 100% d’énergie solaire prendront du temps pour se matérialiser, les avions électriques vont se développer dans un futur proche, grâce à leurs incroyables avantages en terme d’efficacité énergétique".

« L’avenir est propre », a lancé Bertrand Piccard à son arrivée au sol. S’il est possible de réaliser un telle prouesse dans les airs, c’est au sol que réside sans doute tout l’intérêt du projet. "Les mêmes technologies utilisées sur Solar Impulse pourraient être implémentées au sol, dans nos vies quotidiennes et diviser par deux nos émissions de CO2 de manière rentable. Solar impulse est juste un commencement, il faut maintenant aller plus loin."




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Lire aussi : L’énergie solaire n’est pas toujours écologique

Source : Marc Sautelet pour Reporterre

Photo : Solar impulse

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