L’étalement urbain résulte de l’individualisme

Durée de lecture : 3 minutes

7 mars 2011 / Eric Muscat

L’étalement urbain n’est pas du à l’augmentation de la population, mais à l’individualisation croissante du mode d’habitat.


Les espaces urbanisés ne cessent de gagner du terrain sur la nature et
les terres agricoles en France. Pour quelles raisons ? Est-ce le résultat pur et simple d’une augmentation de la population ?

Une petite étude de chiffres de l’INSEE nous permet de tirer
quelques leçons. Nous nous en tiendrons aux chiffres du logement, bien
que l’urbanisation soit également due à d’autres constructions telles
que les routes et espaces publics ou les équipements industriels et
tertiaires.

L’INSEE nous dit qu’entre 1978 et 2010, la population a augmenté de 19
%, de manière à peu près linéaire. Il nous informe également que, durant cette période de 32 ans, le nombre de personnes par logement a diminué de 21 % en passant de 2,8 personnes à 2,2. Enfin, nous apprenons que la surface moyenne des logements principaux a augmenté de 20 % en passant de 77 m2 à 92 m2.

A partir de ces chiffres, nous déduisons que durant cette période :
- le nombre de logements a augmenté de 50%
- la surface moyenne par personne a augmenté de 52 %
- et enfin que la surface totale des logements a augmenté de 80 %.

En ce qui concerne l’accroissement du nombre de logements, il est
possible de distinguer 3 périodes :
- Entre 1978 et 1991 le nombre de logements s’accroît au rythme de 1 à 1,5 % par an.
- A partir de 1992 et jusqu’au début des années 2000, un ralentissement
s’observe, avec un rythme de croissance inférieur à 1% par an.
- Mais depuis 2004 cette indicateur se porte comme un charme à des taux
oscillant autour de 1,75 %.

1 à 1,5 % par an d’augmentation de quelque chose pendant 32 ans, cela
fait bien une augmentation de 50 % à l’arrivée. Telle est la magie de la
croissance.

Actuellement, le taux d’accroissement de la population est d’environ 0,5
% par an, tandis que le taux de diminution du nombre de personnes par
logement est depuis 2002 autour de 1,1% par an.

Par conséquent on peut dire qu’aujourd’hui l’augmentation du nombre de
logements provient à 30 % de l’augmentation de la population et à 70 %
de la diminution du nombre de personnes par logement. Au cours de la période 1978 - 2010, l’influence de l’augmentation de la population dans l’augmentation du nombre de logement a fluctué entre 55 et 30 %, en décroissance régulière. Elle est actuellement au plus bas.

Jamais l’augmentation de la population n’avait eu aussi peu d’importance
qu’aujourd’hui dans l’accroissement du nombre de logements. Jamais
l’atomisation de la population en cellules de vie de plus en plus
petites n’avait autant pesé.

Notre modèle de société engendre l’individualisme et l’isolement, qui
entretient le BTP - même vert- au détriment des espaces naturels. La
construction des éco-quartiers relève d’une politique d’accompagnement
de ce modèle, qui ne chercherait qu’à en limiter les effets négatifs
sans agir sur ses causes. Un renversement de tendance dans l’évolution
du nombre de personnes par logement marquera plus surement le début
d’une véritable transition vers un modèle de société écologique que
n’importe quel niveau de performance énergétique. Cela nécessite
l’arrêt des mécanismes destructifs à l’oeuvre actuellement. Voilà à quoi
devraient s’atteler de véritables politiques écologiques et sociales.




Source : Courriel à Reporterre.

Ecouter aussi : Comment peut-on stopper l’étalement urbain ?

DOSSIER    Habitat

21 novembre 2019
Il faut décoloniser l’écologie
21 novembre 2019
Nous avons visité Milipol, le salon de la répression
20 novembre 2019
Dans sa ferme, Anita prend soin des chèvres... et des humains


Dans les mêmes dossiers       Habitat