Colère des agriculteurs : dans la Drôme, JA et FNSEA en profitent pour faire passer leurs revendications
Des agriculteurs mobilisés positionnent des ballots de paille sur un point de blocage à une sortie de l'autoroute A7, le 6 janvier dans la Drôme (illustration). - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Des agriculteurs mobilisés positionnent des ballots de paille sur un point de blocage à une sortie de l'autoroute A7, le 6 janvier dans la Drôme (illustration). - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Alors que la signature du Mercosur mobilise les agriculteurs partout en France, les syndicats productivistes profitent de l’occasion pour obtenir un assouplissement des règles sur l’utilisation de l’eau.
Tain-l’Hermitage (Drôme), reportage
« Avant de parler de Paris, on va d’abord balayer devant notre porte », annonce Jean-Philippe Banc, mercredi 7 janvier au soir, en guise d’introduction depuis Tain-l’Hermitage. À quelques mètres de la sortie n° 13 de l’autoroute A7, au milieu du rond-point, le représentant Jeunes agriculteurs (JA) du secteur lance les échanges de la soirée, face à une assemblée (presque exclusivement masculine) d’une cinquantaine d’agriculteurs.
Le Mercosur ? « C’est ce qui nous mobilise parce que c’est une aberration, mais ce n’est pas nous qui allons changer les choses d’ici », glisse Jean-Philippe en aparté. Pour l’agriculteur de 38 ans, c’est d’abord « sur les sujets locaux qu’il faut travailler ». En l’occurrence, au nord de la Drôme, l’irrigation et la préservation du foncier agricole.
Les municipales en ligne de mire
Entre les murs en bottes de paille, sous une bâche noire tirée pour l’occasion, six maires des communes voisines ont été conviés par les Jeunes agriculteurs, pour un échange à bâtons rompus, mercredi soir. À deux mois des élections municipales, chacun tente de tirer son épingle du jeu.
Les édiles assurent être acquis aux agriculteurs « incompris » et « maltraités », tandis que les syndicalistes incitent leurs sympathisants à rejoindre des listes, à l’heure où les agriculteurs « se font de plus en plus rares au sein des conseils municipaux ».
Comme souvent, l’eau est au cœur des discussions. Dans la Drôme, 25 % des surfaces agricoles sont irriguées, contre moins de 7 % au niveau national, et la répartition de la ressource reste objet de friction. Au nord du département, la diminution des autorisations de prélèvements dans les prochaines années a provoqué une levée de boucliers au cours des derniers mois.
« Avant, avec 2, 3 hectares de maïs irrigué, on en avait assez pour nos 160 chèvres, maintenant il nous faut au moins le double », raconte Alexis, éleveur caprin à Châteauneuf-de-Galaure, en se réchauffant les mains près du brasero. Dans l’assemblée, la plupart des agriculteurs présents sont arboriculteurs, céréaliers ou maraîchers, des cultures pour lesquelles les niveaux de rendements dépendent, en partie, de l’irrigation.
Or sur le territoire, c’est la nappe phréatique de la molasse du Bas Dauphiné qui fournit l’eau. Une ressource fragilisée par les stations de pompage agricoles. Dans l’assemblée, chacun y va de son analyse : « Les sondes sont obsolètes, il faut mettre à jour l’étude environnementale », postule un arboriculteur.
« En France, on a l’impression qu’il ne faut plus jamais rien toucher »
Un autre considère que les études sont scientifiquement très faibles. « L’eau disponible dans la nappe est extrêmement importante », ajoute-t-il. Certains pensent aussi aux alternatives, telles que des retenues collinaires ou l’usage de l’eau du Rhône, « mais les paysans qui l’utilisent déjà ne voudront pas réduire leurs prélèvements », reconnaissent-ils.
« Les sujets sont techniques, il faut se mettre autour de la table, discuter et avoir de l’ambition, résume Jean-Philippe Banc, micro en main. En France, on a l’impression qu’il ne faut plus jamais rien toucher, mais il y a quand même des générations avant nous qui se sont bagarrées et qui ont fait des choses… Les gens qui les ont critiqués sont bien contents d’en profiter aujourd’hui ! »
Après trois jours de mobilisation, les Jeunes agriculteurs et la Fédération d’exploitants agricoles de la Drôme célèbrent leurs « victoires ». La suspension de la taxe sur les engrais à Bruxelles, bien sûr, mais surtout les engagements obtenus par la préfecture.
La veille, la représentante de l’État, Marie-Aimée Gaspari, s’était rendue ce même rond-point pour annoncer plusieurs mesures en faveur des agriculteurs : davantage de tirs face au loup, ainsi que de nouvelles discussions autour de la question de l’eau dès les prochaines semaines.
Ces promesses font écho à la lettre du Premier ministre annonçant la multiplication par trois du fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles. « On va pouvoir utiliser les décrets de la loi Duplomb et trouver des financements pour faire une étude d’impact socioéconomique avant de continuer à baisser les volumes », résume Vladimir Gauthier, président des JA de la Drôme.
Un peu plus loin, le représentant syndical du canton assure que ces annonces calment en partie la colère agricole. « Les agriculteurs pourront aussi faire des aménagements, comme les haies, pour réinfiltrer l’eau dans la nappe, nuance-t-il en réajustant sa cotte sous son épais manteau. Mais l’écologie sans économie, ce n’est pas possible ! »