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Océans

Norvège : explorées mais pas exploitées, les abysses arctiques en sursis

Expédition visant à étudier l’impact de l’exploitation potentielle de nodules de manganèse dans l'océan Pacifique.

Le Parlement norvégien a autorisé, le 9 janvier, l’exploration minière des fonds marins du pays en Arctique. Leur exploitation a cependant été repoussée dans l’immédiat, saluent des défenseurs de l’océan.

La Norvège fait un pas de plus vers la destruction des coraux d’eau froide, vers tubicoles et autres créatures florissant dans les abysses arctiques. Le 9 janvier, le Parlement norvégien a autorisé, à 80 voix contre 20, l’exploration minière d’une partie de son plateau continental. Le pays nordique pourrait devenir, à terme, le premier pays à exploiter ses fonds marins à une échelle industrielle.

La zone étudiée — qui s’étend de la mer de Barents à l’archipel du Svalbard, sur une surface équivalente à celle du Royaume-Uni — pourrait contenir, selon une estimation du directoire du pétrole, 45 millions de tonnes de zinc, 38 millions de tonnes de cuivre et une myriade d’autres métaux et terres rares. Les missions d’exploration autorisées par le Parlement norvégien devront déterminer si ces gisements peuvent être extraits de manière rentable.

L’exploitation minière vise entre autres ces plaines couvertes de nodules de manganèse. Geomar/CC BY 4.0/ROV-Team

Une lueur d’espoir : avant que leur exploitation ne soit définitivement autorisée, le gouvernement, dirigé par le travailliste Jonas Gahr Støre, devra réorganiser un vote. L’activiste française Anne-Sophie Roux, fer de lance de la lutte contre l’exploitation minière des abysses, parle d’une victoire « incomplète ».

« Évidemment, nous, ce que l’on demande — et ce que les scientifiques demandent — ce n’est ni exploration ni exploitation, insiste-t-elle. Mais c’est quand même un très gros pas dans la bonne direction, puisque la proposition de base était de démarrer l’exploitation là, tout de suite. On peut dire qu’on a sauvé les meubles et qu’on a gagné du temps. »

Faire pression sur le gouvernement

L’activiste a contribué, en amont du vote, au succès d’une vaste campagne internationale de mobilisation contre l’extraction minière dans les eaux profondes. Massivement partagée sur les réseaux sociaux, une pétition demandant au Premier ministre d’abandonner son projet est parvenue à recueillir près de 550 000 signatures à travers le monde.

119 parlementaires européens ont également écrit une lettre à leurs pairs norvégiens, dans laquelle ils les suppliaient de préserver les abysses des machines excavatrices. Des dizaines d’artistes, sportifs et personnalités norvégiennes et internationales ont également fait part, sur les réseaux sociaux, de leur opposition au « deep-sea mining » dans l’espoir de faire renoncer Jonas Gahr Støre à son projet.

Anne-Sophie Roux promet que les opposants continueront, dans les prochains mois, à « mettre la pression » au gouvernement norvégien : « On va utiliser tous les moyens à notre disposition pour empêcher la phase d’exploitation d’avoir lieu. »

Dégâts irréversibles

L’extraction minière pourrait considérablement — et durablement — affecter les abysses arctiques. Moins connu des scientifiques que la Lune, le fond des océans abrite des milliers d’espèces uniques. Ces dernières abandonnent en masse les zones soumises au passage des machines excavatrices, selon une étude publiée en juillet dernier dans la revue scientifique Current Biology.

En 2019, une autre équipe de chercheurs a découvert que l’écosystème d’un bassin sédimentaire situé au large du Pérou était encore en mauvaise santé, vingt-six ans après qu’on y ait simulé les effets d’une opération minière. Elle en a déduit que les fonctions de certains écosystèmes pourraient être détruites de manière « irréversible » par l’exploitation minière.

Les scientifiques craignent par ailleurs que le « deep-sea mining » perturbe le puits de carbone océanique. En raclant les grands fonds, les machines excavatrices pourraient provoquer le relâchement dans l’atmosphère d’une partie du carbone séquestré dans les profondeurs depuis des millions d’années. Elles pourraient également remettre en suspension dans la colonne d’eau des sédiments, des métaux et des toxines néfastes pour la vie marine.

Cette profusion de risques a conduit plus de 800 scientifiques et spécialistes de l’océan à exiger, dans une lettre ouverte, la mise en « pause » de l’exploitation minière des abysses. Une recommandation que le gouvernement norvégien ne semble, pour le moment, pas avoir encore tout à fait entendu.

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