La Voie est libre : le festival qui réenchante les autoroutes

20 septembre 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Dimanche, à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, une partie d’autoroute sera fermée à la circulation et ouverte aux piétons. Le Festival propose ainsi une réappropriation citoyenne et festive de ce symbole de l’omniprésence de la voiture, et ouvre une réflexion sur la mobilité et les énergies renouvelables.


Préparez vos chaussures et vérifiez vos lacets : vous en aurez besoin pour fouler le bitume, ce dimanche. Alors que la grande Marche mondiale pour le climat occupera les rues parisiennes, le Festival « La voie est libre » vous proposera, à quelques kilomètres de la capitale, à Montreuil, de parcourir autrement l’asphalte.

Réappropriation citoyenne

Le concept du Festival est simple : fermer l’autoroute à la circulation pour la redonner aux piétons. Le temps d’une journée, associations, artistes et habitants du quartier investissent l’A186 et donnent à la 2x2 un tout autre visage. Les 20 000 voitures qui empruntent quotidiennement l’axe sont ainsi remplacées par des familles qui déambulent tranquillement parmi les stands associatifs et les guinguettes, tandis que les graffeurs et street artistes font du pont qui traverse l’autoroute une galerie d’art à ciel ouvert.

Une réappropriation citoyenne qui se construit autour d’une règle très stricte : sans électricité ni pétrole, tout fonctionne avec des énergies renouvelables. C’est ainsi que les manèges tournent à la force des bras tandis que le soleil alimente certaines installations musicales. Et pour le reste, il y a les vélos générateurs. La principale source d’énergie reste encore l’imagination, qui inspire d’ailleurs le thème de cette nouvelle édition : « Le sens de la bidouille ».

À l’origine : une lutte pour défendre une friche agricole

Après six ans d’existence, le concept semble séduire. Les 30 000 visiteurs de l’édition 2013 ont fait de cet événement « le plus grand éco-festival d’Ile-de-France ». À l’origine, le projet visait surtout à remettre en lumière un patrimoine local méconnu : les murs à pêche de Montreuil. À l’époque, un collectif d’habitants du quartier s’inquiète de l’avenir ce site historique d’horticulture.

« En traversant le site et en coupant le quartier en deux, on s’est rendu compte que certains de nos voisins ne connaissaient même pas le site qui se trouvait de l’autre côté de la voie, explique Cathy Lamri, une des fondatrices du Festival. Réinvestir la route, c’était un moyen de remettre en valeur cette friche agricole ».

L’idée ne plaît pas forcément à tout le monde, en témoigne ces tags retrouvés sur les pancartes cette semaine. « C’est normal qu’il y ait des automobilistes mécontents, poursuit Cathy Lamri. D’une certaine manière, c’est aussi contre ces lobbys qu’on lutte ».

« Moins on a d’autoroutes, plus on a de mobilité »

Inscrit à l’agenda de la semaine européenne de la mobilité, l’événement porte désormais un message plus global en interrogeant la place de la voiture dans les politiques d’aménagement et de transport. À l’instar du Parking Day, ce « détournement » d’une infrastructure automobile veut prouver que l’on peut penser autrement le transport urbain.

« N’ayons pas peur de la fermeture des autoroutes. La transformation de ces voies rapides en boulevard ouvre à d’autres usages de la voie. Cela réduit la vitesse et le volume des véhicules, mais cela fluidifie le transport » explique Paul Lecroart, urbaniste à l’IAU (Institut d’urbanisme d’Île-de-France). Ses travaux menés à travers le monde – de New-York à Seoul, en passant par Birmingham et plusieurs villes françaises – offrent une convergence de résultats : « Moins on a d’autoroutes, plus on a de mobilité ».

Le Festival La Voie est Libre est donc un grand coup de klaxon balancé aux imaginaires collectifs dominants. Fermer l’autoroute ne signifie pas la fin de toute circulation, en témoignent les rollers, bicyclettes et autres véhicules parfois surprenants qui impriment leur propre allure sur les 2 km de la route ainsi libérée de toute automobile.

À Montreuil, l’enjeu est d’autant plus sensible qu’un projet de transformation de cette bretelle d’autoroute en avenue pour tramway cristallise depuis plus de dix ans les débats politiques.


Retrouvez le programme complet ici.


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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : Eric Coquelin

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